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« Boeing nous copie »
Air Mauritius tarde à annoncer son choix. L?attente doit paraître longue...
Choisir un avion n?est pas facile, il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte. C?est ce que font toutes les compagnies aériennes. Air Mauritius ne fait que choisir consciencieusement. C?est une décision qui affectera non seulement la compagnie et sa profitabilité, mais aussi le pays et son économie dans les quinze années à venir.
Quels sont les facteurs qui influencent la décision?
Chaque avion a un rôle spécifique. La première chose est de déterminer quelle est la meilleure taille pour l?avion, en tenant compte du nombre de passagers transportés et des routes desservies. Ce qui est un très bon appareil pour une desserte peut ne pas l?être pour une autre. Maurice, Londres et Paris sont les deux dessertes principales, mais il y a aussi l?Inde, l?Australie. Le choix des long-courriers est donc très important. Pour une petite compagnie comme Air Mauritius, l?avion doit être très flexible dans ses opérations. Airbus a réussi dans les dernières années cette flexibilité grâce au cockpit commun. Cela permet au pilote de manoeuvrer tous les Airbus avec un minimum de formation supplémentaire.
Air Mauritius est une petite compagnie. Les efforts pour décrocher un contrat auprès d?elle sont-ils aussi importants que pour les gros clients ?
Nous avons deux fois plus de clients que Boeing. C?est parce que nous nous sommes concentrés sur les petites compagnies comme Sri Lankan Airways ou Air Mauritius, tout en continuant à travailler avec les très grosses pointures comme Cathay Pacific, Singapore Airlines ou Air France. La stratégie d?Airbus est de privilégier la clientèle de base. Air Mauritius a été une cliente précieuse et loyale.
Air Mauritius est très méticuleuse sur son choix, n?hésitant pas à demander des compléments d?information. Cela complique-t-il votre tâche ?
Pour un Aircraft Salesman, il n?y a pas de différence entre vendre un avion à Air Mauritius ou à une autre compagnie qui possède une centaine d?appareils. Elles analysent leurs besoins de la même manière. La seule différence, ce sont les réseaux de dessertes. Air Mauritius doit être plus prudente car elle a un réseau très précis. Elle est en train de faire un boulot très professionnel, et si elle doit prendre encore un mois pour se décider, cela ne fait rien.
Croyez-vous que le constructeur que choisira Air Mauritius sera bien parti pour remporter le contrat de renouvellement de toute sa flotte ?
Quand on parle de petites compagnies, la commonality est importante. Une compagnie ne peut pas vraiment se permettre d?avoir différents types d?avions. Tous les avions sont bons, il n?y a pas grandes différences de coûts d?opération, etc. Les différences existent, en revanche, quand on réagit en termes de commonality. Quand une compagnie a une flotte d?A340, elle a toutes les pièces détachées et les connaissances des ingénieurs. Alors introduire un nouveau type d?appareil, cela revient très cher.
On peut acheter des moteurs en Amérique et les avions en Europe et vice-versa. Qu?en pensez-vous ?
C?est une idée ! Mais je crois qu?il faut choisir un avion et un moteur qui soient tous deux bons pour la compagnie.
De toute manière, n?importe quel avion Airbus est fabriqué à 60 % en Europe et à 40 % aux États-Unis. À Toulouse, nous avons des collaborateurs qui proviennent de près de 40 pays différents.
On parle beaucoup d?« offset », sorte de compensation, qui permettrait à Maurice de bénéficier de certains contrats commerciaux avec le constructeur qui sera choisi?
Airbus a commencé ces discussions à Maurice. C?était notre idée à l?origine. Boeing a réalisé qu?il attirera l?attention en nous copiant. Boeing nous copie mais n?est pas très bon sur le système de l?offset. Notre système est conçu pour faire avancer les choses.
Quels seraient les projets mis en place grâce à l?« offset »...
Il y a deux types d?offset. Le direct qui consiste à construire directement certaines pièces dans le pays acheteur.
Ce n?est pas une option dans le cas de Maurice. Nous songeons plutôt à un modèle basé sur une contrepartie commerciale. Certains projets, qui sont encore confidentiels, ont attiré l?attention du gouvernement mauricien. Un avis a été donné sur les sept ou huit projets que nous avons soumis. Nous avons maintenant trois ou quatre projets qui seraient vraiment très significatifs pour l?économie locale. Nous sommes très forts sur le plan offset. Nous ne les relions pas nécessairement avec le deal que nous offrons à Air Mauritius. Elle ne va pas payer plus d?argent pour les avions à cause du programme d?offset. Cela se passe entre Airbus et le gouvernement comme un add-on à notre proposition.
Pensez-vous qu?Airbus remportera ce contrat?
Je suis payé pour être confiant, c?est mon job !
Propos recueillis par Rabin BHUJUN
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