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« Aujourd?hui, pour un oui pour un non,on agresse quelqu?un »
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« Aujourd?hui, pour un oui pour un non,on agresse quelqu?un »
Comment définissez-vous le mot « crime » ? Y a-t-il de nouvelles formes de crimalité actuellement ?
On parle de crime ou de délit lorsque les règles établies par la majorité sont ignorées ou niées par une personne ou par un groupe de personnes. Par exemple, les vols, les effractions et les agressions constituent des formes de crime. Il existe de nouveaux types de criminalité, liés à la technologie. Par exemple, on parle de Maurice comme d?une « cyber île ». Mais le pays est aussi le théâtre d?un nouveau type d?escroquerie. En effet, dans plusieurs pays, les gens font confiance aux opérateurs de télévente, mais certaines personnes mal intentionnées en profitent pour vendre? des produits fictifs ! Cela s?est produit en Tunisie, en Ecosse, ou encore au Canada. Avec l?émergence des entreprises de télévente, Maurice ne sera pas épargnée dans quelques années.
Quel est votre constat du taux de criminalité actuel ?
Nous évoluons dans un climat d?indiscipline sociale extrême. Il n?y a pas de hausse de criminalité en termes de quantité, mais la nature même du crime devient plus grave et la situation empire de jour en jour. Aujourd?hui, pour un oui pour un non, on agresse quelqu?un. Si un accident se produit, le ton monte, on incendie ou on lapide les voitures. Et ces agissements sont banalisés. Il faut aussi savoir que sur cinq délits, seulement deux font l?objet d?une plainte à la police. La raison est simple. Imaginons quelqu?un qui se rend à son travail. En route, quelqu?un l?agresse et lui vole sa chaîne. Qu?est-ce qui a alors le plus d?importance ? Porter plainte à la police ou arriver à l?heure au travail ? En général, on va se ruer au boulot et négliger ce dont on vient d?être victime.
Vous présidez la Ligue contre le crime, une ONG. Qu?est-ce qui a favorisé sa création et dans quel but ?
Avec la création de cette ligue, lancée le 14 mars, nous voulons faire reculer la criminalité à Maurice. Notre action s?articule autour de quatre grands axes.
Tout d?abord, nous souhaitons militer pour la prévention, et ce, grâce à une ligne ouverte, le 800.52.52 qui permet aux gens disposant de renseignements sur des délits de les communiquer en toute confidentialité. Une campagne de sensibilisation aura bientôt lieu.
Puis, nous envisageons de proposer que des amendements soient apportés aux lois et que d?une nouvelle législation soit votée.
Nous sommes aussi en faveur de la création d?un ministère de l?Intérieur à part entière, avec un ministre de tutelle pour exercer un contrôle total sur le territoire. Un ministère pour analyser les données en termes de conditionnement social de l?individu, d?évolution de la famille mauricienne, de niveau de vie. On doit pouvoir mesurer l?influence de la désorganisation sociale sur le comportement criminel. À Maurice, nous avons de nombreuses infrastructures ? postes de police, bureau central des statistiques? mais il y a des lacunes à combler.
Par exemple, nous souhaitons la création d?un comit interministériel pour étudier des mesures contre la récidive chez les criminels.
Comment vont fonctionner cette organisation et son financement ?
La Ligue contre le crime comprend douze membres qui travaillent directement sur le terrain pour recueillir des informations auprès des habitants de diverses régions. Nous disposons d?un bureau à la place Margéot, Rose-Hill, ouvert du lundi au vendredi de 9 à 16 heures, et le samedi jusqu?à midi, avec une hotline qui nous permet de vérifier l?authenticité des informations.
Puis nous officialisons les choses avec la police qui va mener une enquête. Nous essayons ensuite d?en connaître les retombées et de les communiquer aux personnes qui ont porté plainte. Nous aiderons ceux qui ne connaissent pas les moyens qui sont à leur disposition en cas de délit. Et nous préparons des rapports sur des infractions liées aux terrains vagues, à la discrimination et au non-respect du code de la route. Le financement se fera par le parrainage de firmes privées.
Les jeunes apparaissent de plus en plus dans les délits. Comment prévenir cette délinquance précoce ?
Je constate qu?il y a plus de jeunes délinquants et surtout de jeunes mendiants. Pour certains, on pourra les réhabiliter.
Mais pour d?autres, nous ferons face à des difficultés énormes. Je crois qu?il faut favoriser la prévention, aller dans les zones sensibles. Et tâcher d?encadrer ces jeunes, créer des ouvertures pour eux. Il faut aussi que les jeunes connaissent leurs droits. On pourrait les responsabiliser, les mettre face à leurs devoirs de citoyen. Il faut aussi analyser les causes derrière un comportement déviant. Exemple, une mauvaise influence dans la famille.
Pensez-vous que la prison puisse résoudre la criminalité ? Comment contrer les risques de récidive ?
L?incarcération ne suffit pas. C?est facile d?enfermer quelqu?un, mais on sait bien qu?à sa sortie de prison, les risques de récidive sont réels. Il faut une vraie politique d?intégration et d?insertion sociale.
Par exemple, la Ligue va contacter des entreprises, des centres de formation pour qu?ils embauchent ou dispensent des cours. Le but, c?est que pour chaque promotion d?une quinzaine d?étudiants, on accepte de former un prisonnier réhabilité. On peut aussi demander le concours des Citizen Advice Bureaux. Il s?agit de se mettre à leur écoute et de mieux les canaliser.
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