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« Air Mauritius a du souci à se faire »
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« Air Mauritius a du souci à se faire »
« Le tiers-monde », « Conçu par un aveugle ! »? Les critiques des voyageurs se multiplient contre l?aéroport, où vous avez longtemps travaillé. Pourquoi Plaisance craque ?
À cause du manque de planification. L?organisa-tion d?un aéroport, ça se prévoit sur trente ans, pas sur cinq. À Plaisance, et je sais de quoi je parle, on gère au jour le jour. En période creuse, ça passe. En période de pointe, c?est la pagaille. Normal : l?aérogare peut accueillir 750 passagers, pas 1 200 comme ces jours-ci. En réalité, cela fait vingt ans que Plaisance est inadapté. Aux arrivées, souvent, c?est pire, mais c?est moins visible.
J?ai testé la file de départ pour Paris : ça se bouscule, ça bougonne, bref, ça redevient français sitôt les vacances finies?
Je les comprends, ils ont raison de râler ! J?étais à Heathrow en plein rush de fin d?année. La file est longue, mais on avance. Ce qui est rageant, chez nous, c?est que les autorités restent les bras croisés en attendant le prochain incident. Mais enfin ! Si demain j?apprends que je reçois dix clients au lieu de deux, je m?adapte, je m?assure d?un minimum de confort, non ?
Si, si. Mais comment faites-vous ?
Un agrandissement est prévu, mais ça prendra au moins trois ans. En attendant, que fait-on ?
Ça tombe bien, c?est ce que je vous demande?
La salle de départ est saturée parce qu?il y a trop de services. Quand vous entrez, tout de suite, vous avez le contrôle des bagages, il y en a quatre, dont deux pour les voyageurs en classe économique.
Ces deux-là n?ont rien à faire ici, déplaçons-les après la zone d?enregistrement. Ce serait plus logique, et ça permettrait de gagner de la place.
En parlant de place, en reste-t-il dans le ciel mauricien ? Faut-il libéraliser davantage ?
Oui. La libéralisation a fait beaucoup de bien, mais elle a été prudente. Des destinations comme l?Inde ou l?Australie restent la chasse gardée d?Air Mauritius, c?est malheureux.
« La pire menace pour le transporteur national n?est pas la concurrence, mais l?amateurisme »
Malheureux pour votre chiffre d?affaires ?
Pour les consommateurs aussi : un monopole n?est jamais à leur avantage.
Pensez-vous qu?Air Mauritius bloque le processus de libéralisation ?
Plus maintenant. Quoiqu?il semblerait qu?Air Mauritius ait tout fait pour que Catovair ne décolle pas.
Peine perdue : après son « mariage » avec Air Austral, l?ex-Catovair pourrait bientôt reprendre ses activités. Risque-t-elle d?affaiblir Air Mauritius ?
Si cette compagnie, rebaptisée Air des Mascareignes, s?insère durablement, oui, Air Mauritius a du souci à se faire. Elle aura alors un concurrent sérieux sur la liaison Maurice-Réunion. Il faut savoir que ce marché, c?est 120 000 passagers par an. Vu que sa capacité de croissance n?est pas énorme, Air Mascarei-gnes grignotera forcément une part du gâteau d?Air Mauritius. Ceci dit, la compagnie nationale a tort de refuser la compétition. À l?heure de la globalisation, le business 100 % mauricien, c?est fini.
On ne se bat pas contre la concurrence, on fait avec, on s?adapte? Vous voulez connaître le fond de ma pensée ?
Vous êtes un peu là pour ça, non ?
La pire menace pour le transporteur national n?est pas la concurrence, mais l?amateurisme. C?est là qu?il y a le plus de souci à se faire. L?ingérence politique détruit cette compagnie. Chaque nouveau gouvernement installe ses princes, coupe des têtes, en couronne d?autres, parfois dans le même mandat. Des tas de gens n?ont rien à faire là-bas, ils prennent la place de personnes réellement compétentes. Air Mauritius aurait pu être un modèle de compagnie, quel gâchis, tout est pourri par la politique. Vous avez vu, la Cour suprême a annulé cette semaine quatre nominations de la Public Service Commission?
Et alors ?
Ça m?amuserait beaucoup que ces mêmes juges se penchent sur le cas de la compagnie aérienne nationale : des décisions seraient renversées tous les jours ! Les nominations politiques découragent ceux qui ont envie de s?investir dans leur travail.
Et à côté de ça, trop de personnes ne sont pas à la hauteur de leur poste.
Vous l?étiez, vous, avant de vous faire éjecter en 1987 ?
Pourquoi cette question ?
Parce que vous deviez me donner le fond de votre pensée, et non pas régler vos comptes.
Quels comptes ? Sir Harry Tirvengadum, c?est vrai, m?a licencié en 1987. Mais nous ne sommes pas fâchés, on s?est réconciliés il y a bien longtemps. Je ne le remercierai jamais assez de m?avoir mis dehors, il m?a rendu un immense service. Grâce à ça, j?ai créé l?année suivante ma première entreprise. Vous voyez, je n?ai aucun compte à régler. J?ai simplement un regret, celui d?avoir accepté en 1979 de retourner à Air Mauritius. J?étais chez Rogers, Amédée Maingard est venu me chercher pour prendre la direction du personnel d?Air Mauritius. J?ai réfléchi pendant trois mois avant d?accepter, ça reste la plus mauvaise décision de ma vie.
On a compris qu?Harry Tirven-gadum était resté votre ami. Mais est-ce que la tournure de son procès vous a choqué ?
? Oui, et je ne souhaite pas en dire davantage. Ma femme va encore me dire que je parle trop.
Sans mettre votre ménage en péril, je veux simplement savoir ce qui vous choque.
Ce qui me choque, c?est la puissance de l?argent. Cela permet de s?entourer d?hommes de lois ultra- compétents avec qui tout est possible.
Terminons avec un questionnaire « Y a-t-il un pilote ? ». À l?aéroport ?
Bien sûr que non. Mais des imposteurs, ça, il y en a.
Y a-t-il un pilote à la promotion du tourisme à Rodrigues ?
Non, enfin, pas à Ro-drigues. Vous en vo-yez, vous, des initiati-ves rodriguaises ? Il faut qu?ils se bou-
gent un peu là-bas. Ils ont voulu l?autonomie, eh bien, qu?ils fassent des efforts au lieu d?attendre que ça tombe tout cuit.
Y a-t-il un pilote chez les Soobagrah ?
Oui, mon épouse. C?est ma tour de contrôle.
Y a-t-il un pilote à la police du Tourisme ?
Oui, ils font beaucoup d?efforts pour préserver la destination.
BIO EXPRESS
● Né le 7 juin 1947 à Bel-Ombre.
● Marié, père de trois filles.
● Président de l?Association des agences réceptives.
● Homme de tourisme « multicasquettes », il dirige une agence de voyages, un tour-opérateur et un complexe hôtelier.
● Ex-directeur des ressources humaines chez Air Mauritius.
●l Signe particulier : cet adepte de la méditation a rencontré sa femme à Plaisance.
Tous deux travaillaient? pour Air Mauritius. Il était Telex Officer, elle était hôtesse au sol.
SES DIMANCHES
« C?est le seul jour où je peux faire la grasse matinée ? jusqu?à 7 h 30 ? et prendre un bon petit-déjeuner avec mon épouse. Le matin, c?est jardinage, je m?occupe de mes fleurs. L?après-midi est consacrée à la famille.
Et elle est nombreuse : nous avons, ma femme et moi, dix-huit frères et s?urs ! »
SES 5 DATES
■ 1959. Rencontre Jay Narain Roy, son maître à penser.
■ 1964. Orphelin de père à 17 ans.
■ 1974. Mariage avec Lekrani Hanoomansing.
■ 1975. Diplômé en ressources humaines à l?UoM.
■ 1988. Crée sa première agence de voyages.
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