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Kronik KC Ranzé

Ainsi va le monde ? Vraiment ?

24 août 2025, 07:00

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Ainsi va le monde ? Vraiment ?

Comment justifier 50 % de tarifs sur les produits indiens destinés au marché américain, notamment parce que l’Inde achète 20 % des combustibles fossiles russes, alors que le même traitement n’est réservé ni à la Chine (37 % des ventes de combustibles fossiles russes), ni à l’Union européenne (7 %) ou à la Turquie (6 %) ? Où est la cohérence ?

Qui plus est, il faut savoir que grâce à ce que l’on appelle le refining loophole (*), les États qui imposent des sanctions sur la Russie ont le droit d’importer des produits pétroliers raffinés ailleurs, en pays tiers, à partir du brut russe ! C’est ainsi que 6 raffineries en Inde et en Turquie exportent pour plus de 6 milliards d’euros de produits raffinés vers les pays qui sanctionnent la Russie ! Ces exportations génèrent ainsi 3,9 milliards d’euros de revenus fiscaux pour le Kremlin, ce qui aide, bien sûr, à continuer sa guerre en Ukraine… Le monde est compliqué ? Ce qui est certain c’est que la logique est battue en brèche et que l’hypocrisie règne !

Comment réconcilier l’Ukraine qui ne veut, logiquement, céder aucun territoire et qui veut, souverainement, se rapprocher de l’Europe et de l’OTAN, avec la Russie qui veut faire de l’Ukraine une Biélorussie bis avec un autre Loukachenko à la botte ? En cédant des territoires, dont des positions de défense renforcée au Donbass ? En concédant que les «garanties» de sécurité des Européens et de Trump vont cette fois-ci mieux compter qu’en 1994, dans l’accord de Budapest, qui garantissait déjà «l’intégrité territoriale et les frontières de l’Ukraine» dans le sillage de leur renonciation de l’arme nucléaire ? Les garants à cette époque-là n’étaient pas bien différents. Les ÉtatsUnis, la Grande-Bretagne et… la Russie ! La Russie qui veut d’ailleurs, cette fois encore, être une garante des frontières ukrainiennes. Ça promet !

Comment espérer une solution à deux États, palestinien et israélien, quand l’Israël de Netanyahu veut occuper Gaza, envisage d’évacuer ses habitants terrorisés vers le Soudan du Sud et que ses ministres d’extrême droite ont permis, ces jours-ci, de nouvelles implantations de colonies juives en Cisjordanie, dans la zone E1 (**) de manière à la couper en deux ? L’idée de Smotrich et de Ben-Gvir, ces illuminés qui pensent que le «Grand Israël» leur a été donné par Dieu lui-même, est que les pays qui veulent reconnaître l’État palestinien en septembre lors de la prochaine assemblée générale des Nations unies (France, Australie, Canada, GrandeBretagne, …) n’auront ainsi… aucun État palestinien (ni actuel ni même potentiel) à reconnaître.

Comment alors croire qu’il y a une solution possible au problème des Kurdes ou des Arméniens, des Rohingyas ou des Tibétains, si ce sera toujours la loi du plus fort qui exigera, canon pointé, que «les autres» soient soit évacués, soit écrasés, soit totalement assimilés ? Tout comme au temps des peaux-rouges ou des aborigènes, quoi… Quel progrès !

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Herbert Simon est un prix Nobel d’économie et un lauréat du prix Turing, l’équivalent informatique du Nobel. En 1971 déjà, il expliquait (et prédisait) les conséquences d’une technologie qui remplacerait un environnement de rareté par un environnement de surabondance. Élaborant sur le foisonnement de l’information et de ses sources, il notait avec perspicacité que la multiplication des informations disponibles menait directement à la rareté de quelque chose d’autre : dans ce cas, la rareté de ce que le trop d’information consomme. Il se référait au temps disponible, à notre capacité à prêter attention et à rester concentré ; des commodités de plus en plus précieuses avec, en plus maintenant, l’avènement de l’IA.

Dans un article passionnant, Zeynep Tufekci, dans le New York Times, explique les menaces grandissantes de l’IA pour nos sociétés, entre autres, ses capacités à nous tromper, sa destruction graduelle de la crédibilité des preuves photo, audio et vidéo en cour de justice, les limites de nos facultés intellectuelles pour repérer les travaux de l’IA et les risques décuplés de mainmise d’autocrates sur cette technologie pour nous contrôler tout à fait…

Elle rappelle que la seule manière de vérifier l’authenticité de ce que l’on n’a pas vécu soi-même, c’est de dépendre d’une «source crédible». Mais c’est quoi une source crédible ? Les autorités publiques, demande-t-elle ? La désinformation sur la science et les vaccins par exemple dépend aujourd’hui de Robert F. Kennedy jr ! Qui authentifierait qu’une détection d’héroïne retrouvée chez moi est incontestable et pas du planting ? La Special Striking Force ? J’ai compté sur ma page YouTube l’autre soir, au moins sept propositions portant des titres qui avaient de quoi m’allécher (je suppose grâce à l’algorithme de service…), utilisant parfois le faux masque d’un journal ou d’une chaîne télé crédible mais dont le contenu était soit délibérément faux, soit largement tiré par les cheveux ! C’était de la propagande plutôt que de l’information, tentant de se cacher derrière un vernis de label crédible…

Il nous faudra dépendre de plus en plus sur les détecteurs informatiques de Deep Fake ? Une petite virée sur Google laisse comprendre que cela coûte très cher et que seuls les clients aux poches profondes (grosses compagnies, département de la défense, police,…) peuvent se permettre ces budgets pour le moment, c.-à-d. qu’une fois encore, l’argent dictera la qualité du service. Pourrait-on envisager un guichet Deep Fake au bureau du Directeur des poursuite publique par exemple ou ailleurs et où tout citoyen mauricien pourrait venir chercher un certificat d’authenticité, pour un paiement relativement accessible ? Pas vraisemblable, probablement, le fabricant de détecteurs de Deep Fake qui préfère maximiser ses profits plutôt que de protéger le bien commun, ayant probablement déjà pensé aux dangers d’une telle mutualisation. Faisons confiance aux légendaires contrats légaux américains !

Fait troublant : lu dans Wired, le weekend de 3 couples humain/chatbot, «sérieusement amoureux de leurs compagnons». On n’en connaît pas toutes les conséquences à ce stade, mais, grâce à Kindroid ou Replika, la baisse de natalité me paraît probable…

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Le rapport du Land Drainage Authority sur les zones inondables a enfin été rendu public ! Avec le rapport des 12 dialysés morts pendant la pandémie de Covid, cela fait un début de transparence. Il reste pourtant tout à faire pour établir que ce gouvernement, contrairement à son prédécesseur, pratique vraiment la transparence plutôt que de seulement la prôner. Car il reste alors à publier le rapport Wakashio, l’accord secret avec l’Inde sur Agaléga, l’accord qui sera finalement signé avec les Britanniques sur les Chagos, les contrats d’approvisionnement du pays pour le pétrole et le riz, le dossier Silver Bank, le rapport des experts américains sur les tables d’écoute valant Rs 5 milliards – comme révélé par le PM au Parlement, les contrats (y compris comparatifs) d’affrètement de bateaux pour le transport du pétrole, les conclusions d’enquête sur les dossiers abusifs de la MIC, l’arnaque Star Knitwear vendue tactiquement à un client sud-africain, les sequelles de l’évaluation frauduleuse d’AHL permettant de pomper 25 milliards du MIC, les conclusions d’enquête sur les scandales Pack n Blister et Molnupiravir, le rapport d’enquête judiciaire sur Kistnen – qui a fuité certes, mais qui n’a jamais été publié officiellement, les conclusions, s’il y en a, des agents de Scotland Yard venus diligenter certaines enquêtes jusqu’ici coincées, la mise sur pied d’un Appointments Committee qui aurait injecté de la transparence dans les nominations de l’État, le vote d’un Freedom of Information Act qui aurait, enfin, tenté de mettre fin à l’opacité de fait, qui protège tant de coquins…

Et puisque c’est le gouvernement du changement lui-même, qui évoquait dans son manifeste, son exigence et sa promesse de «gouverner dans la transparence», comment ne pas questionner toute la farandole opaque sur la récente nomination des Senior Counsels, par exemple, empiétant sur le contre-pouvoir qu’est le judiciaire ? Autant ce nouveau gouvernement déclare ne pas vouloir ressembler à l’ancien, de tels épisodes suggèrent le contraire, soit l’irrésistible tentation d’imposer sa volonté, envers et contre tous, quand on détient le pouvoir exécutif. Ce faisant, ce gouvernement risque gros ! Car le bon peuple qui choisissait d’oublier les gâteries de l’ancien gouvernement pour l’évacuer, 60-0, au motif de ses gabegies et de sa non-transparence, va raisonner à l’identique.

Que l’on ne se trompe pas : la population va se concentrer et plutôt se souvenir des dérapages et encore une fois grogner et voter contre ! Cessez donc de vous tirer dans les pattes !

(*) CREA l December 2024 — Monthly analysis of Russian fossil fuel exports and sanctions

(**) BBC l Israeli settlement plans will 'bury' idea of Palestinian state, minister says

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