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AFRINIC : un nouveau conseil d’administration élu sous la supervision de la Commission électorale

14 septembre 2025, 06:00

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AFRINIC : un nouveau conseil d’administration élu sous la supervision de la Commission électorale

Quelques-uns des candidats aux élections.

Les élections du conseil d’administration de l’African Network Information Centre (AFRINIC) se sont achevées à 20 heures le vendredi 12 septembre avec la proclamation des résultats. Huit sièges étaient en jeu, représentant les différentes régions du continent et deux postes non régionaux. Voici les nouveaux élus :

Siège 1 (Afrique du Nord) : Abdelaziz Hilali

Siège 2 (Afrique de l’Ouest) : Emmanuel Adewale Adedokun

Siège 3 (Océan Indien) : Kaleem Ahmed Usmani

Siège 4 (Afrique centrale) : Prof. Kayemba Laurent Ntumba

Siège 5 (Afrique australe) : Carla Sanderson

Siège 6 (Afrique de l’Est) : Fiona Asonga

Siège 7 (Non-régional) : Benjamin Mark Roberts

Siège 8 (Non-régional) : Ajao Adewole David

Selon les chiffres communiqués, 581 membres étaient inscrits. Parmi eux, 548 ont complété leur enregistrement biométrique, tandis que 33 ne l’ont pas finalisé. Au total, 484 votes ont été effectivement exprimés.

Ces élections sont le fruit d’une décision de la Cour suprême. Dans une ordonnance datée du 5 septembre, dans l’affaire opposant Cloud Innovation Ltd à Mᵉ Gowtamsingh Dabee (Receiver d’AFRINIC) et autres, la Cour suprême, via le juge Lutchmeeparsad Aujayeb, a tranché : le Receiver doit procéder aux élections du conseil d’administration en présence du Commissaire électoral de Maurice, chargé d’«assurer que le processus électoral se déroule de manière libre et équitable, dans l’intérêt d’AFRINIC et de l’ensemble de ses membres».

Le lendemain, soit le 6 septembre, un communiqué signé «By Order of The Receiver» est venu préciser les modalités. Il indique que référence est faite à l’ordonnance de la Cour suprême du 5 septembre. En vertu de cette décision, le Receiver procède avec le processus électoral en présence du Commissaire électoral, Irfan Rahman, qui a supervisé l’élection du mercredi 10 au vendredi 12 septembre. Ce même jour, une réunion de consultation a eu lieu entre le Receiver, les membres de l’Election Committee et le Commissaire électoral.

Dans la foulée, le Nomination Committee (NomCom) a publié, le 9 septembre, la liste finale des candidats en lice pour les huit sièges du conseil d’administration. Le 10 septembre, AFRINIC a précisé qu’il n’y aurait pas d’élection pour le siège de l’Afrique du Nord, puisqu’un seul candidat avait été retenu. Celui-ci, soit Abdelaziz Hilali, a donc été déclaré élu automatiquement à la clôture du scrutin.

Irfan Rahman s’est rendu dans les locaux d’AFRINIC dans la matinée du mercredi 10 septembre pour constater les préparatifs.

Des élections annulées en juin

Cette décision intervient après l’échec du précédent scrutin prévu en juin de cette année. Entre le 16 et le 23 juin, les membres devaient élire en ligne de nouveaux administrateurs, mais le jour même de la clôture, des anomalies ont été découvertes : certains membres ont constaté que des votes avaient été exprimés à leur insu. Ces soupçons de fraude ont conduit à l’annulation pure et simple du processus. Le Receiver, Mᵉ Gowtamsingh Dabee, avait lui-même saisi la Cour pour obtenir un report, estimant que l’intégrité du vote n’était pas garantie. Cette volte-face avait provoqué une onde de choc au sein de la communauté Internet africaine.

La crise électorale d’AFRINIC avait attiré l’attention bien au-delà de Maurice. L’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN), l’organisme mondial de régulation de l’Internet, avait insisté en juin sur la nécessité d’une transparence totale, en particulier sur les listes électorales et la composition du comité de nomination. Des voix locales, dont le ministère des TIC, avaient également dénoncé des failles dans le processus.

Lors des élections, des rumeurs de piratage du système électoral en ligne circulaient parmi la communauté africaine et AFRINIC a publié un communiqué le 11 septembre pour rassurer ses parties prenantes : l’organisation a fermement démenti les rumeurs de piratage de son site officiel, affirmant que ses plateformes demeurent sûres et que toutes les opérations de vote se déroulent sur des systèmes sécurisés.

Ces évènements s’ajoutent à un climat déjà tendu. Depuis 2024, AFRINIC est placé en receivership, conséquence de batailles judiciaires avec Cloud Innovation Ltd, une société basée aux Seychelles. Le gouvernement mauricien avait, en juillet dernier, enclenché une enquête officielle sous la Companies Act et nommé un inspecteur spécial, en la personne du juge Nicolas OhsanBellepeau, qui s’est finalement récusé, démarche qui a suscité des accusations d’ingérence entre l’exécutif et le judiciaire.

Le scrutin de septembre 2025 est donc loin d’être une simple formalité. Pour AFRINIC, il s’agit d’un test crucial pour restaurer sa crédibilité et démontrer sa capacité à mener un processus démocratique transparent. L’implication directe du Commissaire électoral, ordonnée par la Cour, vise à rassurer les parties prenantes et les observateurs internationaux. Mais l’enjeu dépasse l’organisation ellemême. En tant qu’unique registre Internet régional pour l’Afrique, AFRINIC joue un rôle stratégique dans l’allocation des adresses IP. Toute instabilité de sa gouvernance affecte potentiellement l’ensemble du continent et rejaillit sur la réputation de Maurice, pays hôte de l’organisation.

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Les batailles judiciaires autour d’AFRINIC

Avant ce nouveau scrutin, AFRINIC a été confronté à plusieurs recours judiciaires visant à contester la légitimité du Receiver et le déroulement des élections. Par exemple, en juin 2025, la Tanzanian Internet Service Providers Association (TISPA) avait saisi la Cour suprême de Maurice pour obtenir une injonction visant à retarder le vote prévu à la mi-juin, contestant le droit de certains membres inscrits après septembre 2023 à participer au scrutin. Cette injonction avait temporairement suspendu le processus électoral.

Dans la foulée, la TISPA avait introduit une nouvelle requête, demandant la nomination d’un administrateur judiciaire conjoint à AFRINIC et une injonction empêchant le Receiver de conduire le scrutin. Ces demandes ont été rejetées par la Cour, confirmant la responsabilité du Receiver pour organiser le vote. Ces recours reflètent les tensions entre différentes associations africaines de fournisseurs d’accès à Internet et la société Cloud Innovation Ltd, ainsi que sur l’intégrité de certaines parties prenantes d’AFRINIC.

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La plainte de Benjamin Eshun

En ce début de semaine, Benjamin Eshun, ancien président du conseil d’administration d’AFRINIC, s’est rendu à la Financial Crimes Commission (FCC) pour porter plainte. Assisté d’un avocat du barreau mauricien, il a décrit un système électoral entaché d’irrégularités : une élection interne organisée en une seule fois, au lieu d’un renouvellement progressif sur trois ans, et menée exclusivement en ligne. Selon lui, certains électeurs auraient multiplié les votes par procuration, parfois plus d’une centaine, en contradiction flagrante avec les statuts de l’organisation.

L’ex-président a également mis en avant un possible conflit d’intérêts concernant le Receiver, Me Gowtamsingh Dabee, et Cloud Innovation Ltd. Dans sa déposition, il affirme que le Receiver aurait facilité l’accès comme membre d’AFRINIC à Cloud Innovation Ltd. Allégations fortement rejetées par Me Gowtamsingh Dabee, qui les qualifie de fausses. Il explique que la polémique naît sans doute du fait qu’il siège comme administrateur non exécutif d’AAA Global Services Ltd, une société de gestion d’entreprises qui avait autrefois Cloud Innovation Ltd parmi ses clients tout en insistant sur le fait que son parcours professionnel témoigne d’une intégrité irréprochable. Par ailleurs, les différentes actions intentées pour contester sa mission de Receiver et bloquer l’organisation des élections d’AFRINIC ont été rejetées par la Cour suprême.

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