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À la croisée des intelligences

7 décembre 2025, 08:45

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À la croisée des intelligences

Jeudi dernier, au Technopole de Côte-d’Or, sous les projecteurs, avec Nooha, Shoaib, Dishka et Kavish, lors du panel «Voice of the Future on AI», on avait ce regard particulier de la jeune génération, à la fois fascinée par l’IA et inquiète de ce qu’elle pourrait lui voler. Une question flottait dans l’air : «Est-ce que l’IA va nous aider à apprendre… ou nous rendre inutiles ?»

Ce n’était pas un débat théorique. C’était nos vies. L’IA est déjà dans nos révisions, nos brouillons, nos travaux de recherche et de rédaction. Ce que j’ai entendu, ce n’est pas une génération qui cherche à tricher. C’est une génération sous pression : des notes, des deadlines, des parents, d’un système éducatif qui peine à suivre le rythme.

Alors oui, l’IA devient votre tuteur permanent, un professeur fantôme qui ne se lasse jamais. Et parfois, un piège.

L’un de vous l’a dit dans un souffle : «Parfois, on ne sait plus où finit notre pensée et où commence celle de l’IA.»

Voilà le vrai danger. Pas la machine qui rédige un paragraphe : la machine qui commence à penser à votre place.

Les chercheurs du MIT le répètent : une IA utilisée sans garde-fous affaiblit l’effort cognitif. Elle anesthésie l’esprit critique. À force de lui déléguer vos brouillons, vos idées, vos contradictions, vous risquez de perdre ce qui fait de vous des citoyens : la capacité de penser contre, de penser autrement, de penser tout court.

Mais je vous ai aussi entendu dire autre chose. Que vous utilisez l’IA pour comprendre, explorer, vérifier, contrevérifier. Que vous cherchez à faire mieux, pas à faire moins. La frontière entre aide et dépendance est fine. Trop fine pour que notre système éducatif continue de naviguer à vue.

Car il y a un autre danger, plus silencieux : l’inégalité cognitive. L’un de vos camarades l’a formulé avec une justesse imparable : «Cette révolution avantage ceux qui savent écrire et poser de bonnes questions.»

L’IA récompense ceux qui maîtrisent le langage. Elle marginalise ceux qui peinent à structurer leur pensée. Ce n’est pas un égalisateur, c’est un amplificateur. Celui qui pose une question précise obtient une réponse puissante. Celui qui pose une question vague obtient un brouillard.

Voilà pourquoi l’école, l’université, les enseignants doivent entrer en scène. Et vite.

Interdire l’IA ? Illusoire.

Vous me l’avez dit en face : «Certains profs interdisent, d’autres tolèrent, d’autres encouragent. On ne sait plus à quelle porte frapper.» Ce flou est dangereux. Il crée de la frustration, du contournement et une forme de résignation. Les études le confirment ailleurs : les étudiants veulent des règles claires, pas du flicage. Ils veulent comprendre, pas être surveillés.

C’est pourquoi je crois qu’il nous faut un pacte pédagogique. Clair. Moderne. Applicable.

Oui, tu peux utiliser l’IA pour apprendre. Non, tu ne peux pas lui déléguer ton intelligence. Oui, l’IA doit être enseignée, démontée, questionnée. Non, le copier-coller ne deviendra jamais de l’apprentissage.

À Maurice, cette grammaire commence à peine. Le ministre Kaviraj Sukon promet un module d’initiation à l’IA dès janvier. Le ministre Avinash Ramtohul parle d’une stratégie nationale, d’une AI Unit, d’ambition régionale. Très bien. Mais je vais être direct : aucune stratégie ne vaudra quoi que ce soit si on ne vous met pas au centre.

Pas comme risques à gérer. Comme partenaires à écouter. Parce que demain, ce ne seront ni les ministres ni les éditorialistes qui construiront les applications cruciales. Ce seront vous : le chercheur qui cartographiera les maladies, l’ingénieure qui protègera nos océans, l’enseignante qui personnalisera l’apprentissage de ses élèves.

Je l’ai dit sur scène. Je le répète ici.

L’IA n’est ni un dieu ni un démon. C’est un miroir. Elle amplifie ce que vous lui donnez. Votre curiosité comme votre paresse, vos doutes comme vos ambitions.

Alors faisons un pacte : nos jeunes s’engagent à ne jamais laisser l’IA penser à leur place. Et nous, adultes, enseignants, journalistes, décideurs, nous nous engageons à ne jamais les laisser seuls avec elle.

Parce que l’avenir de l’IA à Maurice ne sera pas écrit par des machines. Il sera écrit par de jeunes Mauriciens qui auront appris à se tenir debout devant elles.

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