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«Décryptage» de la conférence de Paul Bérenger

34 minutes, un intervenant, tout un feuilleton

13 janvier 2026, 06:00

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Décryptage spécial de la conférence de presse de Paul Bérenger, animé par le journaliste Stewelderson Casimir, avec Nad Sivaramen, directeur des publications de La Sentinelle, comme invité. Hier soir, après sa publication, la vidéo avait déjà été vue plus de 17 000 fois en une heure.

Quels sont les points essentiels à retenir de cette prise de parole de Paul Bérenger, au cours de laquelle il est longuement revenu sur les désaccords qu’il y avait entre Navin Ramgoolam et lui ?

Pendant ces 34 minutes, ce que beaucoup ont retenu, c’est qu’il n’y avait qu’un seul intervenant : Paul Bérenger. La presse s’était rendue à cette conférence dans l’attente de réponses précises, mais elle est repartie avec des éléments partiels. La question centrale demeure entière : la décision de quitter – ou non – le Conseil des ministres sera-t-elle prise samedi par le Comité central ? Paul Bérenger a certes laissé entendre que la situation pouvait encore évoluer d’ici là. Il est également intéressant de noter que l’essentiel du «noyau dur» du Comité central était déjà présent au Bureau politique. La question reste posée : Paul Bérenger était-il entouré d’une équipe solidaire ou percevait-on des signes de désolidarisation par rapport à ses propos ? À ce stade, l’incertitude demeure : Paul Bérenger quittera-t-il, ou non, le gouvernement ? Cela devient comme un feuilleton après celui de novembre et de nouveau hier.

Paul Bérenger a également fait mention de certaines presses. Qu’en retenir ?

J’ai perçu un Paul Bérenger relativement offensif à l’égard d’un titre, voire d’un journal en particulier. D’un point de vue académique et en tant que praticien de la presse, il convient toutefois de rappeler qu’il existe plusieurs écoles de journalisme. Il a lui-même été formé dans une école de journalisme en France, dont les valeurs sont respectables et reconnues. Mais d’autres traditions journalistiques coexistent, notamment en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, en Afrique, en Inde, en Asie, au Japon ou encore en Chine. Il est également possible que ce qui était enseigné sur les bancs de l’université en 1968 ait évolué en 2025. Le contexte médiatique a profondément changé : l’intelligence artificielle fait désormais partie des outils de production, l’information se diffuse en direct, en temps réel. Là où il fallait autrefois attendre cinq à dix heures pour lire un compte rendu dans la presse écrite, les contenus sont aujourd’hui produits et diffusés simultanément sur plusieurs supports.

Paul Bérenger quittera-t-il le gouvernement ou choisira-t-il de rester au Parlement en tant que simple «backbencher» ?

Restons factuels, comme on l’enseigne dans les écoles de journalisme. Paul Bérenger a consacré une part importante de son intervention à expliquer, au regard des lois de la République, la nécessité de limiter le nombre de ministres à un maximum de 25. Il a ainsi indiqué que le Premier ministre aurait évoqué qu’il y avait déjà «un» plus «24 ministres». C’est dans ce contexte que, plutôt que de retirer un ministre en poste, il se serait proposé – malgré lui, selon ses propos – comme éventuel ministre des Finances. Or, tout le monde sait que Navin Ramgoolam a opposé un refus à cette éventualité, cette option ne correspondant pas aux termes de l’accord conclu avant le scrutin soldé par le 60-0. Le ministère des Finances devait, dès l’origine, revenir au Parti travailliste. Dès lors, invoquer aujourd’hui cet argument apparaît comme une manière de noyer le poisson et d’éluder le véritable enjeu : une lutte de pouvoir et de répartition des prérogatives premiers ministériels.

Pourquoi autant d’hésitation, justement, du côté de Paul Bérenger ?

Il faut saluer un membre de la presse qui a posé une question kare-kare à Paul Bérenger. Il lui a demandé s’il comptait rester au gouvernement coûte que coûte afin que la réforme électorale puisse aboutir. En réponse, Paul Bérenger a précisé que «coûte que coûte» signifie, selon lui, fermer les yeux sur des dysfonctionnements et de profondes notes de désaccord. Sur ce point, il s’est montré particulièrement subtil. Il n’a pas répondu de manière frontale, préférant jouer sur les nuances en distinguant soigneusement celles-ci des désaccords de fond. Il a notamment évoqué le fait qu’il se situe aujourd’hui sur un terrain d’analyse politique plus récent. Il a toutefois affirmé que la situation est appelée à évoluer d’ici la réunion du Comité central prévue ce samedi.

Est-ce une véritable évolution ou simplement une manière de gagner du temps ?

Au regard des critiques et des jeux de on et de off de Paul Bérenger, il apparaît que de nombreux Mauriciens, qui ont massivement voté lors du 60-0, se disent lassés de ce feuilleton à rebondissements. Un feuilleton dans lequel Paul Bérenger semble désormais imposer son propre tempo – lundi, samedi, puis de nouveau lundi – au risque d’accentuer l’impression d’une crise politique prolongée et déconnectée des attentes populaires.

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