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Les indignés du Facebook

4 septembre 2011, 20:00

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Comme quoi, il ne faut pas désespérer de notre jeunesse. Bien qu’un étudiant en première année de Droit ait avoué n’avoir jamais entendu de sa vie le mot «transfuge». Pourtant, il y a eu un paquet depuis 1968 ! Quoi qu’il en soit, cette jeunesse a réussi le tour de force de se mobiliser en quelques semaines sur «Facebook» pour une opération de grande envergure le 11 septembre prochain afin, dit-elle, de combattre la corruption, entre autres. A l’heure où ces lignes sont écrites, le nombre a nettement dépassé, semble-t-il, les espérances des organisateurs. Si tout ce beau monde descend sur Port-Louis le 11 septembre prochain, les jeunes «facebookeurs» pourront se flatter, après, d’avoir fait nettement mieux que n’importe quel parti politique en termes d’affluence entre deux élections. Et surtout sans transport gratuit, rhum et «briani !» Le contraire n’est pas toutefois pas à écarter.

Cette mobilisation est un signe des temps. Il ne faut pas être expert en sémiologie pour savoir qu’elle correspond aux aspirations profondes de notre jeunesse, écœurée non seulement par la corruption qui ne cesse de gangréner notre pays, mais par toutes les injustices que favorise un pouvoir public laxiste, quand il n’est pas le complice ou même le coupable. Depuis les dernières élections, les scandales se sont succédé comme pour signifier que certains élus et leurs proches estiment qu’ils peuvent spolier, piller, surtout notre patrimoine, en toute impunité, sans qu’ils aient des comptes à rendre à qui que ce soit. A voir avec quelle arrogance ils opèrent, on a le sentiment qu’ils sont les propriétaires du pays par droit divin pour disposer de nos terres, coloniser nos plages, accaparer nos îles, pour caser leurs proches bref pour que ceux-ci fassent main basse sur les bourses et les meilleurs postes. Le gouvernement devrait s’inquiéter de ce mouvement jeune.

Dès lors, faut-il s’étonner que notre jeunesse, pas encore polluée, s’indigne et se révolte ? Logiquement, elle aurait dû occuper le terrain politique, rallier l’opposition pour faire entendre sa voix. Pourquoi elle ne l’a pas fait jusqu’ici est un autre signe. Et il est révélateur. Parce que cette jeunesse ne se reconnaît plus dans cette opposition, danseuse du ventre, capable de toutes les contorsions pour des accommodements indignes afin de contracter des alliances avec ceux qu’elle a conspués pas plus tard qu’hier et qu’elle tente désespérément de blanchir aujourd’hui tout en laissant une porte ouverte, pour demain, à ceux qui sont responsables de la situation actuelle.

L’opposition a intérêt à prendre acte. Les indignés du «Facebook» veulent se libérer de toute tutelle. Pour assumer seuls leur colère, leur indignation et son expression le 11 septembre prochain. A la manière de leurs pairs tunisiens qui ont commencé la révolution sur Internet pour chasser du pouvoir un dictateur tout en évitant d’être récupérés par les extrémistes. Il faudrait que nos indignés ici lisent le livre de cette blogueuse tunisienne de 27 ans, Lina Ben Mhenni, pour éviter les pièges et les débordements qu’un mouvement spontané tend et provoque habituellement.

Les indignés et les révoltés du FB doivent savoir qu’une manif de cette ampleur se prépare dans ses moindres détails. Ils ne vont pas le 11 septembre prochain à un pique-nique ou à un rallye scout. A priori, après l’obtention des autorisations nécessaires, il faut surtout qu’ils assurent eux-mêmes le service d’ordre pour qu’aucun débordement et qu’aucune provocation ne viennent perturber la sérénité de l’événement. Il faut faire comprendre aux têtes brûlées que ce n’est pas une révolution mais tout juste un premier mouvement d’humeur.

Sur ce plan, les organisateurs ont tout intérêt à travailler étroitement avec la police pour éviter justement que des infiltrés payés ne viennent encourager des actes de vandalisme. Le moindre incident doit être photographié pour que les coupables assument seuls leurs responsabilités. Les organisateurs doivent veiller au grain que l’alcool soit interdit pendant la manif et que seuls les slogans déterminés à l’avance soient autorisés. Sinon, ce serait la cacophonie avec chacun son agenda. Ce qui est susceptible de pervertir les objectifs de ce mouvement que certains ne manqueront pas de tenter de récupérer.

Comme c’est la dernière semaine de la ligne droite avant le Jour-J, il est grand temps que les organisateurs quittent le virtuel pour affronter les médias pour donner un ou des visages à ce mouvement et afin de mieux expliquer son sens et les modalités de son déroulement. Car ce n’est pas tout le monde qui a accès à Internet.

Aucun mouvement de cette envergure ne peut fonctionner sans leaders. Faute d’un leader, il n’est pas exclu qu’un collège en assume le leadership pour que cette opération, lancée sur FB et qui a pris une telle ampleur se déroule dans le calme. Une foule anonyme vociférante sans mot d’ordre est dangereuse, souvent incontrôlable et surtout capable de tous les excès pour peu qu’un abruti commence à balancer des pierres dans une vitrine. On a vu ces débordements orchestrés et perpétrés par des casseurs dans beaucoup de manifs en Europe ces temps derniers.

Ce qu’on souhaite c’est que la télévision ne balance pas, avec délectation, les images d’un naufrage dimanche soir.

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