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Ciment : le marché libéralisé pour désamorcer les critiques de la Competition Commission
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Ciment : le marché libéralisé pour désamorcer les critiques de la Competition Commission
Le gouvernement a court-circuité la Competition Commission of Mauritius (CCM) en décidant, le 8 avril dernier,  de libéraliser le marché du ciment. Il a donc aboli le contrôle des prix et les restrictions à l’importation et à l’exportation.
Sans cela, le gouvernement, et en particulier le ministère du Commerce et la State Trading Corporation, auraient essuyé des critiques sévères de la CCM les accusant de ne pas respecter  les lois sur la compétition et de fausser le marché du ciment.
C’est le 7 avril que la CCM a complété son enquête sur le marché du ciment, une enquête initiée en juillet 2010. Elle a rendu publiques ses conclusions le 12 avril, comme prévu.  Mais entre-temps, le gouvernement a décidé en quatrième vitesse de libéraliser le marché du ciment quatre jours plus tôt, soit le 8 avril.
Ainsi, les critiques de la CCM à l’encontre du gouvernement et de la STC publiées le 12 avril concernant le marché du ciment sont tombées un peu à plat. A tel point que cela a incité la CCM à publier un « addendum » à son rapport pour féliciter le gouvernement de sa décision de libéraliser le marché du ciment.
En agissant à la onzième heure, le gouvernement récolte ainsi des louanges au lieu d’une volée de bois vert. Ce subterfuge gouvernemental n’est pas sans rappeler la baisse du prix de l’essence annoncée alors que l’opposition comptait en faire son cheval de bataille à l’Assemblée nationale.
Mais que dit la CCM de si embarrassant pour contraindre le gouvernement à agir aussi vite  avant pour désamorcer le tir ? A commencer par une évidence : dans un marché compétitif, le contrôle des prix n’est pas justifié et le prix du ciment doit être déterminé par les forces de la demande et l’approvisionnement.
Toutefois, la CCM reconnaît que dans un marché hautement concentré, avec seulement deux opérateurs privés, Holcim et Lafarge, il y a des risques de collusion, dans un marché libéralisé. Mondialement, il y a eu beaucoup d’enquêtes sur des cartels éventuels dans cette industrie.
Toutefois, cet argument ne devrait plus tenir la route longtemps, car le gouvernement a déjà accordé la permission à deux nouveaux opérateurs, Binani Ciment et Oriental Group (Mauritius), qui souhaitent fabriquer et exporter du ciment. La Mauritius Chemical Fertilizerrs Industries (MCFI) est parait-il, également en lice. Avec cet éclatement programmé du marché, il n’y a plus d’argument pour le contrôle des prix, soutient la CCM.
Mais est-ce que le contrôle des prix doit être enlevé maintenant, alors qu’il n’y a toujours que deux opérateurs, ou faut-il attendre l’arrivée de la concurrence pour le faire ? En principe, Maurice est dotée maintenant d’un arsenal légal et institutionnel, avec la création de la CCM, pour lutter et punir les collusions et cartels. La CCM se propose de creuser la question lors des auditions à la suite de la publication de son enquête.
Et qu’en est-il du rôle de la STC en tant qu’importateur de ciment à Maurice ? La STC importe 50% du ciment à Maurice et la différence est importée par Holcim et Lafarge. Maurice consomme environ 650 000 tonnes de ciment par an. Mais c’est la STC qui prédétermine chaque année la quantité de ciment qui devra être importée globalement pour le pays.
La STC argue que son intervention est nécessaire pour obtenir un prix de référence du ciment pour empêcher tout abus de la part des opérateurs privés et pour garantir un approvisionnement continu en ciment à Maurice.
La CCM rétorque qu’il y a maintenant d’autres moyens pour la STC de se tenir au courant de l’évolution du prix du ciment. Un suivi constant des cours mondiaux et des prix CIF obtenus par les importateurs locaux devrait suffire à la STC pour qu’elle puisse obtenir un prix de référence.
De plus, la STC n’a pas la capacité pour distribuer ou stocker le ciment qu’elle importe, et compte sur les opérateurs privés pour le faire. Est-ce qu’elle est vraiment utile pour l’approvisionnement du pays dans ces conditions ? La libéralisation du marché, des prix et de l’importation  permettrait de créer les conditions suffisantes pour que les opérateurs augmentent leurs capacités physiques d’importation et de stockage. C’est le vrai moyen pour assurer l’approvisionnement du pays, estime la CCM.
 
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