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Vols dans les hôtels: quand des employés ternissent l''image du pays
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Vols dans les hôtels: quand des employés ternissent l''image du pays
Le meurtre d’une jeune mariée irlandaise (photo) en lune de miel au Legends vient de lever le voile sur les vols dans les hôtels de classe. Le phénomène s’amplifie depuis ces dernières années et implique  des employés qui veulent émuler les clients.
Maurice vit une semaine sombre depuis lundi après-midi. Le meurtre de l’ancienne reine de beauté irlandaise Michaela Harte, de surcroît fille chérie d’un entraîneur de football réputé, en pleine lune de miel, au Legends, à Grand Gaube, vient de lever le voile sur des pratiques peu ragoûtantes qui ont cours dans des établissements hôteliers.
Du jour au lendemain, l’image paradisiaque de l’île, réputée pour être parmi les meilleures destinations pour les nouveaux mariés, vient d’être écornée. Voler les touristes est une pratique relativement courante chez certains employés d’hôtels.
Quand les soupçons ne peuvent être étayés, des établissements préfèrent alors se séparer des indélicats afin que leur réputation ne soit pas entachée.
Cette fois, un vol banal a viré au  meurtre sordide. Sur toutes les chaînes d’infos du monde, la nouvelle passe en boucle : Michaela Harte était partie récupérer un biscuit, afin d’accompagner son thé, dans la chambre 1025, quand elle a surpris ses meurtriers.
Ignorant les habitudes de la mariée, le valet de chambre Avinash Treebhowon et son superviseur Sandip Moonea, avaient investi la chambre pour se servir parmi ses effets personnels. Le couple étant alors au restaurant. Quand Michaela Hart les a pris sur les faits, Sandip Moonea l’a étranglée alors que son complice l’a immobilisée par les pieds.
« Mo honté… Je suis atterré quand je vois le père de la victime en pleurs sur les images de la BBC. Tout ceux qui savent que je viens de Maurice ne cessent de me demander comment cela a bien pu arriver chez nous », lâche Sen Ramsamy. A Dubaï où il a pris de l’emploi, l’ancien directeur de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim) estime qu’il faut impérativement une formation adéquate aux employés d’hôtels.
Côtoyant le luxe et l’opulence, les salariés veulent absolument émuler les clients. Ils commencent par mettre la main sur des menus objets. Récemment, la police criminelle de Trou-aux-Biches était tombée sur un cas pour le moins insolite. Un employé de l’hôtel Vérandah se rendait chaque jour dans la chambre d’une cliente et lui piquait un billet de banque. Elle a pu le coincer grâce à un billet marqué.
Le petit voleur peut toutefois se transformer en meurtrier du jour au lendemain. Tout le monde se rappelle du meurtre atroce du milliardaire indien Mujeeb Mir le 31 janvier 2005. Résidant dans un campement grand luxe à Cap-Malheureux, il a été la cible de Prabakar Takar, dit Boulon, 19 ans, ex-employé du Paradise Cove reconverti en vigile pour le compte de la Gray Security Ltd après des soupçons de vol portés contre lui.
Au lieu de veiller au bien-être de l’héritier d’un empire de tapis persans, Boulon avait  rameuté ses amis, le chauffeur de taxi Navin Koonjul, le jardinier Rajiv Mungrah et le maître d’hôtel Rajiah Dookee, pour essayer le détrousser la victime de ses « millions ». Quand ils avaient  fini par mettre la main sur ses cartes de crédit, ils l’avaient  emmené dans un champ de canne à Grand-Baie pour le massacrer : ils l’ont roué de coups, lapidé, passé une voiture sur son corps  avant de le brûler vif.
Le malheureux n’est mort que bien plus tard,  après d’atroces souffrances. Son père, Abdul Rashid Mir, confiera à l’express-dimanche son fils  s’était installé dans l’île en 1996, et qu’il disait toujours que « Mauritius was the safest place in the world ».
Depuis, les faits divers ont été marqués de plusieurs  vols au préjudice de clients d’hôtels cinq étoiles.  En septembre 2007, Jean Suzanne, grand patron d’Infinity et conseiller au Bureau du Premier ministre,  s’est fait  dépossédé d’une montre Jaiger Lecoultre (valant Rs 900 000) au Shanti Ananda.
Dans cette affaire, une enquête de la CID de Chemin Grenier devait démasquer le vigile Kreshan Ramanah. Il avait  fait intervenir un ancien jardinier de l’établissement, Jerico Teeluck, après qu’il ait fait un « inventaire » des biens des clients.
Avec un dénommé Papayah, ils avaient volé des téléphones portables à des touristes.  Jusqu’ici, les hôteliers se targuaient d’être au top au niveau de la sécurité. Ils regardaient de haut le « secteur informel » où le client préférait louer chez l’habitant. Des cas sordides ont bien failli déraper dans certaines villas et autres bungalows, tel que l’agression d’un couple coréen en lune de miel à Belle-Mare en août 2008. Le mari battu à coups de gourdin, sa belle s’en sort  avec une peur au ventre, ils ont préféré quitter le pays en quatrième vitesse au lieu de porter plainte.
Cette année-là, les autorités se sont ruées dans les brancards, brandissant un classement du très sérieux quotidien britannique Telegraph des destinations à éviter après le meurtre d’un couple anglais, Catherine et Benjamin Mullany, en lune de miel à Antigua.
Depuis, Maurice est peu amène à divulguer les chiffres d’attaques et de vols contre les touristes. En mars 2008, le Premier ministre révélait qu’en l’espace d’un an, à compter de mars 2007, cinq agressions, un viol et 805 cas de vols avaient été répertoriés contre des touristes.
Les vols concernaient pour la majeure partie de sacs laissés sur la plage. Ceux dans les hôtels sont peu répercutés car souvent le client pense avoir égaré un bien en faisant ses valises. Dans d’autres cas, la police soupçonne les touristes d’avoir fait une fausse déclaration pour toucher leurs primes d’assurance. Des employés d’hôtels conscients de ces lacunes ont ainsi commencé à avoir la main longue.
Du coffre de la chambre emporté par un employé de la maintenance en passant par un groupe d’employés regroupés en bande pour passer les clients au peigne fin, la police criminelle du Nord en voit des vertes et des pas murs. Rien qu’à la fin de l’année écoulée, la CID de Trou-aux-Biches a démantelé un « gang » de douze voleurs au sein du personnel de l’hôtel Véranda.
Dans la même région, un interrogatoire serré d’une poignée d’employés de  l’hôtel Méridien a permis de voir une chute dans le nombre de vols rapportés entre novembre et décembre. A 15 heures ce vendredi 14 janvier, soit quatre jours après le meurtre de la chambre 1025, l’Ahrim préfère se taire, indiquant qu’un communiqué est en phase d’ébauche sur cette « crise » qu’est l’affaire Harte.
Sen Ramsamy, l’ancien patron de l’Ahrim,  estime pour sa part, que le Mauricien doit faire un retour aux sources. Sa gentillesse légendaire vient de prendre un sérieux coup avec le drame au Legends. « Le vol dans les hôtels est une chose quotidienne. Il faut responsabiliser l’employé. Si notre réputation est gâchée, c’est leur avenir qui est en jeu », affirme-t-il.  Il met également une couche sur la mentalité de certains Mauriciens à vouloir « tout avoir » sans efforts.
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