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Ciné : Improvisez, improvisez
Cela se passe sur le tournage de «Gladiator». Russell Crowe, légèrement caractériel, est prié de dire sa réplique : «J’aurai ma vengeance, dans cette vie ou dans la prochaine.» Première prise, ratée. Deuxième prise, ratée. Vingt-cinquième prise, ratée. Ridley Scott, le metteur en scène, est patient. Crowe, beaucoup moins. Exaspéré, il tente d’improviser, et estime que «cette réplique, c’est de la merde». Une demi journée et quelques centaines de milliers de dollars s’écoulent.
Finalement, le comédien s’écrie : «Je suis le plus grand acteur du monde, et même la merde, je peux la rendre géniale», puis fait marche arrière et dit sa réplique telle qu’elle est dans le scénario. C’est en boîte.
Modeste et fier de l’être? Certes. Mais Russell Crowe a eu tort de ne pas persévérer. Car certaines répliques célèbres ont été dûment improvisées. Ainsi, (…) quand Robert de Niro se regarde dans un miroir dans «Taxi Driver» et balance : «You’re talking to me ?» c’est de la pure improvisation. Dans le scénario, l’indication était plus simple : «Johnny se parle dans le miroir.» Quand Marlon Brando dit la sublime réplique de «Sur les quais» : «I coulda been a contender», c’est de l’invention totale.
Budd Schulberg, le scénariste, n’a jamais écrit cette ligne. Et le monologue de Rutger Hauer le répliquant, à la fi n de «Blade Runner» ? Vous vous souvenez ? «Tous ces instants seront perdus à jamais, comme des larmes sous la pluie»…
Improvisation. Mais la plus belle réplique, on la doit à Tino Rossi. Oui, à Tino Rossi. Celui-ci était toujours immobile en chantant, planté comme un piquet. Le metteur en scène s’approche de lui, demande : «Monsieur Rossi, auriez-vous la gentillesse de bouger vos mains, un peu ?» Réponse de l’artiste : «Ah, s’il faut faire le cascadeur, en plus !» Malheureusement, la réplique a été coupée.
Par François Forestier
© Le Nouvel Observateur
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