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Le coup de gueule d’Henri Favory

10 décembre 2009, 00:00

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Le coup de gueule d’Henri Favory

Henri Favory, dramaturge mauricien, estime qu’il revient aux artistes, entre autres, d’éliminer l’indifférence au sein de la société.

Revenant sur l’incident provoqué par les autorités mauriciennes sur l’interdiction faite à un moine tibétain de transiter par Maurice, Henri Favory s’étonne de l’indifférence des Mauriciens. Pour rappel, ce moine tibétain, réfugié politique en Inde, a dû modifier son trajet, en octobre dernier, vers l’île de la Réunion en raison du refus des autorités mauriciennes de lui délivrer un laissez- passer de transit.

Invité par l’association France-Tibet-Réunion et An Grèn Koulér pour participer à des ateliers d’écriture, le Vénérable Bagdro a finalement pu accomplir le voyage en transitant par Paris. Ce qui lui a demandé quatre fois plus de temps, dont deux nuits d’avion et le double du prix du billet initial. Ce n’est pas tant les inconvénients pratiques qui interpellent Henri Favory. Il se dit scandalisé par une décision qui a affectée l’image de Maurice.

L’homme de théâtre, présent à la Réunion dans le cadre des mêmes activités, témoigne des conséquences que cette décision des autorités mauriciennes a provoquées. «J’ai eu l’occasion de discuter avec le moine Bagdro et je m’explique mal la décision du gouvernement mauricien.

 Il faut savoir qu’à cause de nous, le programme avait pris du retard à la Réunion. Il nous faut dénoncer la manière de faire du gouvernement qui a imposé cette interdiction. C’est l’île Maurice entière qui porte cette responsabilité», assure Henri Favory.

Ce dernier rappelle, qu’en d’autres époques, les artistes étaient pleinement engagés au sein de la société. Dans les années 1970 notamment, la prise de conscience sociale et politique a pris une grande dimension grâce aux artistes. D’ailleurs, on les appelait les «artistes engagés». Un engagement qui avait tout son sens. Car il n’y a pas mieux que l’art pour dire une société. Pour mettre en mots, en musiques ou dans d’autres formes ce que les gens ressentent mais n’arrivent pas à exprimer.

L’artiste promène son miroir sur la route et décrit ce qu’il voit. Aujourd’hui, même si les artistes continuent à s’engager et à être, quelque part, grâce à leurs différents modes d’expression, le reflet de la société, ils ont une prise moins directe sur cette société. Pour preuve, l’apathie générale face à ce qui est arrivé à ce moine tibétain.

«Un Etat souverain doit pouvoir conserver sa souveraineté et défendre ses principes. Il ne peut pas se soucier uniquement des relations diplomatiques et économiques qui existent avec d’autres pays. Cette décision a entamé les bonnes relations qui existent entre l’île de la Réunion et Maurice», ajoute le dramaturge. «La branche locale d’Amnesty International a déjà pris position sur cette affaire et je joins mon indignation à celle de cet organisme. Cependant, je déplore l’immobilité des Mauriciens, peut-être qu’ils ne sont pas assez informés?» s’interroge-t-il.

C’est pourquoi Henri Favory compte sur l’influence des artistes pour alerter l’opinion publique et pour faire bouger les choses. «Un grand concert sera organisé par Amnesty International le 11 décembre prochain au Conservatoire François Mitterrand à Quatre-Bornes.

 Ce sera, là, une occasion à ne pas rater pour les artistes de s’engager dans le combat. Je dis bien s’engager dans le combat et non pas dans les coups bas», précise l’artiste qui égratigne au passage les rivalités qui existent entre artistes.

Henri Favory ne veut faire la leçon à personne. Mais il ne veut pas non se réfugier dans le silence. «A travers les époques, je me suis engagé à travers mes pièces de théâtre. D’autres l’ont fait aussi à travers d’autres modes d’expression. Mais aujourd’hui, la société est devenue complexe. D’où l’importance d’une action réfléchie. Cela aussi relève de notre mission d’artiste», fait-il ressortir.

La société mauricienne ne fonctionne, en effet, plus comme elle le faisait dans les années 1970. Mais, il n’en demeure pas moins que les droits des citoyens ne sont pas toujours respectés. A ce titre, il y a tant d’autres combats à mener. Au moment où se tient le sommet de Copenhague sur le climat, c’est toute une pression qui doit, par exemple, être exercée sur les gouvernements afin de les responsabiliser sur le réchauffement climatique de la planète.
 
Dans la course au développement, ajoute Henri Favory, on a eu tendance à oublier certaines choses. La réinvention du modèle social s’impose, même si le système économique commande un mode de fonctionnement qui fait fi des intérêts écologiques, culturels et autres. Pour le dramaturge, face à une société politique et économique obsédée par la réussite, des valeurs humaines essentielles se perdent. C’est en cela aussi que la participation des artistes est fondamentale.

Henri Favory ne veut pas que les artistes deviennent complices de par leur silence. Il invite tout le monde à regarder la société sans les fards que d’autres essaient de lui passer dessus. A ce chapitre, il met l’accent sur la misère des gens. Misère culturelle aussi, engendrée par un mode de développement de l’enfant où c’est le bachotage qui prime.

«L’art et le sport sont des disciplines qui peuvent aider la société à se responsabiliser.

Mais ils ne font pas parties des priorités de nos décideurs politiques et économiques. Il faut œuvrer à faire changer cette mentalité. Il y va de l’avenir de nos enfants. Il y va de l’âme de la société mauricienne», conclut le dramaturge.

(Ndlr: Cet article est paru dans le supplément Dime de l’express quotidien.)

 

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