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Fabien Pelous : « Chaque match est une tranche de vie »

9 novembre 2009, 00:00

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Fabien Pelous : « Chaque match est une tranche de vie »

L’ancien capitaine des Bleus et du Stade Toulousain ne pousse plus en mêlée. Mais, à presque 36 ans, son quotidien épouse encore les contours d’un ballon ovale. Il vient de publier son autobiographie, « 118 vies »*. Interview.

Pourquoi avez-vous titré votre autobiographie, « 118 vies » ?

En référence à ma carrière en équipe de France. J’ai porté 118 fois le maillot des Bleus. Et je considère chacune de ces rencontres internationales comme une tranche de vie, bien distincte, très différentes les uns des autres.

Deux mi-temps de quarante minutes suffisent donc à construire toute une tranche de vie ?

Non. Chaque match a son histoire, mais cette histoire ne se résume pas aux quatre-vingt minutes passées sur le terrain. Elle commence au début de la semaine, quand nous sommes regroupés, tous les joueurs de l’équipe. Les groupes sont différents, les hommes sont différents. Et la semaine est différente. Quand j’essaye de me souvenir d’un match de l’équipe de France, je me rappelle de toute la semaine. La façon dont l’équipe s’est préparée, mentalement, au combat du week-end.

C’est spécifique au rugby ?

Je crois, oui. Au rugby, ce qui compte le plus, c’est l’engagement physique. Et pour cela, une équipe doit se mettre, tout au long de la semaine, dans des dispositions mentales très particulières. Ne plus penser au futur, à l’après match, mais concentrer toute son énergie, toutes ses pensées, sur les quatre-vingt minutes de jeu. Penser au combat. A rien d’autre.

Au combat ?

Oui. Le rugby reste un sport de combat. Un gagne terrain où la finalité sera toujours d’aller écraser le ballon derrière la ligne adverse.

Ces 118 tranches de vie n’ont pas toutes la même saveur ?

Non, bien sûr. Certaines sont insipides. On les oublies souvent assez rapidement. D’autres, les plus belles, ont un goût très particulier. Pas toujours à cause du résultat, mais parfois par la façon dont la rencontre a été préparée.

Vous avez un exemple ?

La demi-finale de la Coupe du Monde 1999, gagnée contre les All Blacks, à Twickenham. Certains évènements nous avaient amenés à nous refermer sur nous-mêmes, comme dans une bulle, insensible aux pronostics et aux analyses des uns et des autres. Une phrase du manager de l’époque, Jo Maso, notamment. Il nous avait dit de jouer pour le fun. Pour la Fédération, l’objectif était d’atteindre la demi-finale. Mais cette phrase nous avait révoltés. Nous nous sommes construits, pendant toute la semaine, jusqu’à finalement remporter la victoire.

L’issue d’une rencontre peut donc parfois se deviner à la façon dont l’équipe traverse la semaine ?

Parfois, c’est vrai, l’état d’esprit du groupe, construit jour après jour, peut inverser le cours d’une rencontre. Mais ça ne marche pas à tous les coups. Il faut trouver le bon levier. Et il n’est pas toujours le même.

C’est le rôle du capitaine, que vous avez tenu à 42 reprises en équipe de France ?

Oui. Le capitaine doit s’occuper de l’état mental du joueur et de l’équipe. Moi, j’ai toujours essayé de configurer les joueurs dans une dynamique de combat. Les préparer à mouiller le maillot.

A l’inverse de la victoire contre les All Blacks en 1999, la Coupe du Monde 2007 en France fait-elle partie de ces tranches de vie à oublier ?

Non. Nous étions partis pour devenir champions du monde, nous avons échoué. Mais je ne garde pas un mauvais souvenir de cette Coupe du Monde. Le groupe l’a bien vécue. A mes yeux, elle n’a pas été un échec. Peut-être que notre destin n’était tout simplement pas d’être champions du monde.

Vous avez raconté votre vie dans cette autobiographie. C’est un exercice difficile ?

Non, je n’ai pas trouvé. On raconte ce qu’on veut (rires). Il y a le filtre de la mémoire. J’ai même pris un certain plaisir à faire remonter à la surface certains souvenirs, mon enfance, mes débuts dans le rugby, lorsque nous étions encore naïfs, poussés par notre seule passion du jeu et du terrain.

A la différence de beaucoup de vos contemporains, vous n’avez jamais tenté l’aventure d’un exil à l’étranger. Pourquoi ?

Pour un joueur français, s’expatrier revient le plus souvent à aller jouer en Angleterre. Mais je n’ai jamais été tenté, car je sais que le rugby et la vie y sont très comparables à la France. Et j’avais la chance, à Toulouse, d’évoluer dans un club et une ville où j’avais à peu près tout ce que je voulais. J’aurais pu avoir un meilleur salaire en Angleterre, mais je n’ai pas été motivé par l’argent. Aujourd’hui, malgré tout, j’ai un petit regret de n’avoir jamais joué et vécu dans un pays de l’hémisphère sud, Australie, Afrique du Sud ou Nouvelle-Zélande. Mais les clubs y sont presque complètement fermés aux joueurs européens.

Aujourd’hui, quelle genre de vie menez-vous, depuis votre retraite sportive ?

Je multiplie les activités, toutes liées au rugby. Je suis consultant pour Canal +, au commentaire des rencontres. Je suis membre du comité directeur de la Fédération. Je siège au sein d’une commission de l’IRB, la Fédération internationale de rugby. Et je prépare une formation de manager de club professionnel à l’université de Limoges. Je gravite donc toujours dans le milieu du rugby, où je suis le plus connu et le plus crédible. Mais sans avoir la pression du résultat. Je peux ainsi prendre de la hauteur.

Le terrain vous manque ?

Pas du tout. Je me suis créé des tas d’activités, j’ai ainsi l’esprit très occupé. Et je découvre un aspect de la vie que je ne connaissais pas : être libre le week-end.

Depuis votre poste de commentateur, votre vision du rugby a-t-elle beaucoup changé ?

Oui. Quand j’étais joueur, je me préoccupais seulement des aspects techniques et tactiques du jeu. Maintenant, je suis plus attaché à la notion de spectacle.

Et alors ?

Alors, pour l’instant, je suis un peu resté sur ma faim. Les premiers matchs que j’ai commentés étaient, sur ce plan là, très insipides. Du coup, mon commentaire est resté assez plat, voire monocorde. Je suis comme un toréador, j’attends avec impatience que le combat commence pour pouvoir donner de la voix.

Propos recueillis par Alain Mercier pour www.lexpress.mu
*Fabien Pelous, « 118 vies ». Editions Prolongations.


 

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