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Les enfants africains encore et toujours abusés
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Les enfants africains encore et toujours abusés
En se basant uniquement sur sa taille, on pourrait penser que Joao Sebastiao, Mozambicain de 12 ans, est un adulte. Et c’est aussi ce que semble penser son père. Cependant, quand on apprend l’âge du garçon, il est clair que c’est encore un enfant qui a besoin de jouer avec ses semblables plutôt que de se voir confier des tâches convenant davantage à un adulte. De plus, pour tout jeune, apprendre de ses erreurs fait partie du processus de grandir. 
Cependant, au début du mois de juin, le père de Joao, vigile à Maputo, capitale du Mozambique, a envoyé son fils au marché, pour acheter du poisson et des tomates en lui confiant la somme de 200 Meticais (environ Rs 238). En chemin, le garçon a rencontré des amis et ils ont joué ensemble. Et sans s’en rendre compte, Joao a perdu l’argent que son père lui avait remis.
En rentrant à la maison les mains vides et en avouant à son père qu’il avait perdu l’argent, Joao a reçu la punition de sa vie. Son père, qui est un ancien militaire, l’a attaché et avec l’aide d’un tuyau d’arrosage, il l’a fessé et battu sur les jambes jusqu’au sang.
Même après cet acte brutal, le père n’a pas pris la peine d’emmener son fils à l’hôpital pour qu’il y reçoive un traitement. Il a laissé ce soin aux voisins qui ont emmené l’enfant à la clinique la plus proche et ce dernier a ensuite été transféré à l’hôpital central.
La mère de l’enfant, par crainte de son mari, ne s’y est rendue que trois heures plus tard, après que la police ait appréhendé son époux. La répercussion vraisemblable pour cet abus sévère sera le paiement d’une amende ou celle d’une caution.
Cette situation n’est toutefois pas le propre du Mozambique. On la retrouve sur tout le continent africain où les abus sur les enfants, souvent déguisés en actes de discipline, continuent à être répandus. En Afrique du Sud par exemple, plus de 70 000 crimes sur les enfants sont annuellement rapportés aux autorités, les crimes les plus courants étant l’agression et les coups et blessures aggravés.
Bien que dans le monde entier, les enfants devraient considérer le mois de juin comme leur mois, beaucoup d’entre eux seront confrontés à des abus qui affecteront leur vie pour toujours. En sus d’agressions physiques, il y a les viols, le travail forcé pour un salaire de misère, le trafic humain et la relégation dans des bordels.
Le facteur le plus dérangeant est que la plupart de ces enfants souffriront entre les mains de parents proches et éloignés. Selon une étude du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), sur 200 enfants tanzaniens qui vivent dans les rues de Dar es Salaam, 62% d’entre eux ont évoqué comme raison principale de leur fugue les querelles familiales, avec la cruauté de beaux-pères et de belles-mères et les abus.
L’étude poursuit en disant qu’en 2002, il y a eu au moins 150 millions de filles et 73 millions de garçons dans le monde qui ont été contraints à avoir des relations sexuelles ou ont subi une autre forme de violence sexuelle. La violence sexuelle et celle basée sur le genre étaient courantes dans les rues, dans les écoles, au sein des communautés et sur les lieux de travail. Sur 55 000 cas de viols rapportés entre 2004 et 2005 en Afrique du Sud, les survivants de 40% de ces cas avaient moins de 18 ans.
Non seulement l’abus constitue une violation des droits humains et est illégale, mais il peut aussi laisser des séquelles physiques et émotionnelles qui perdurent sur les jeunes et même entraîner la mort. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les plus forts taux d’homicides chez les enfants de moins de cinq ans ont lieu dans les pays d’Afrique subsaharienne et en Amérique du Nord. Les causes les plus fréquentes de ces décès sont des blessures à la tête ou aux organes internes. Les autres causes sont la suffocation intentionnelle, le secouement et plus rarement l’étouffement et les coups.
Les Mozambicains ne sont pas en reste. La grande majorité d’enfants mozambicains qui sont maltraités par leurs parents ou leurs tuteurs, souffriront en silence car leurs cas ne seront jamais rapportés publiquement. La recherche montre que la violence domestique dans ce pays est sous-rapportée et que le manque de pouvoir des enfants à la maison favorise cette situation.
En dépit du fait que le Mozambique et la plupart des pays de l’Afrique australe aient signé la Convention sur les droits de l’Enfant en 1994 et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’Enfant en 1998, rien n’a vraiment évolué dans le paysage.
Les officiels du gouvernement et les pontes du secteur privé assisteront aux évènements dédiés aux enfants durant ce mois de juin mais oublieront le thème de cette journée dès qu’ils auront tourné le dos. Plusieurs de ces personnes bien en vue dans la société regagneront leur domicile et frapperont leurs enfants malchanceux parce que ces derniers auront oublié d’arroser les fleurs, parce qu’ils sont rentrés tard à la maison après avoir joué avec d’autres enfants et pour n’avoir pas accompli des tâches que les adultes ne voudraient pas faire.
L’UNICEF fait aussi remarquer que la pauvreté grandissante et l’épidémie du VIH/SIDA vulnérabilisent davantage les enfants mozambicains. «Quatre millions d’enfants sur dix millions d’enfants et d’adolescents de moins de 18 ans sont considérés vulnérables. Plusieurs d’entre eux se retrouvent à travailler dans des situations exploitantes», estime ce rapport figurant sur le site de cette instance des Nations Unies.
Alors que le gouvernement mozambicain a ratifié les conventions qui tiennent compte des droits des enfants, cela prendra du temps avant que les enfants puissent vraiment jouir de leur liberté. Tout comme Joao, tandis que l’on célèbre la Journée de l’Enfant Africain, plusieurs enfants se verront toujours confier des responsabilités qui ne relèvent pas de leur âge et seront victimes d’abus.
Dans plusieurs marchés, il y aura toujours des truands veillant au grain pour subtiliser de l’argent aux enfants. Et pourtant, les plus grands dangers pour ces enfants ne se trouvent pas à l’extérieur mais à l’intérieur de leur propre maison où leurs droits, leur liberté et leur sécurité seront violés par ces mêmes personnes qui étaient censées les protéger.
Fred Katere est un correspondant étranger basé à Maputo au Mozambique. Cet article fait partie du service de commentaires et d’opinions de Gender Links.   
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