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Reeaz Chuttoo : «La colère des travailleurs ne se limite plus à la pension»
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Reeaz Chuttoo : «La colère des travailleurs ne se limite plus à la pension»
Reeaz Chuttoo, président de la CTSP et membre de la Platform Komun Syndikal.
Après le 11 juillet, les syndicats retournent dans la rue. Ce samedi 31 octobre, la Platform Komun Syndikal appelle à une nouvelle mobilisation à Port-Louis pour faire entendre la colère des travailleurs. Pension universelle à 60 ans, licenciements, démantèlement de l’État-providence, exode des talents : les revendications dépassent désormais la seule question des retraites. Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) et membre de la plateforme, l’heure est venue de tirer la sonnette d’alarme.
Quel est le principal message que la plateforme syndicale veut faire passer à travers cette marche?
La mobilisation doit se poursuivre car les enjeux dépassent désormais la seule question de la pension de vieillesse. Cette mobilisation avait permis d’obtenir un assouplissement, mais d’autres dangers se profilent. Nous sommes notamment préoccupés par l’introduction du National Pension and Provident Fund qui, selon nous, risque de remettre en question le système actuel de contribution au Portable Retirement Gratuity Fund. Beaucoup de travailleurs pourraient, à terme, ne pas retrouver leur lump sum au moment de la retraite.
On nous parle d’une meilleure protection sociale et d’une pension permettant de vivre après la retraite. Mais la question fondamentale demeure : qui va financer cette protection ? Ce sont les travailleurs eux-mêmes. Il y a également la question de l’ouverture accrue du marché du travail aux travailleurs étrangers. Beaucoup ne mesurent pas encore les conséquences de cette politique. Nous risquons d’affaiblir la négociation collective, qui demeure pourtant un mécanisme essentiel pour assurer une meilleure répartition des richesses.
La colère est réelle dans le pays. Mais nous devons la canaliser de manière civile et responsable. Il faut faire entendre notre voix sans violence et éviter que la frustration ne débouche sur l’anarchie. Nous sommes également face à ce que nous considérons comme un désengagement progressif de l’État et à l’adoption d’une orientation ultralibérale. Les travailleurs étrangers peuvent être moins coûteux pour certains employeurs, surtout lorsqu’ils sont sous-classifiés ou moins bien protégés. À cela s’ajoutent les défis liés au changement climatique et, demain, à l’intelligence artificielle. Des milliers d’emplois, y compris deswhite-collar jobs, pourraient être transformés ou disparaître. Il faut donc avoir des discussions franches sur le modèle économique et social que nous voulons pour Maurice.
Cette marche doit ainsi servir à maintenir la pression, mais aussi à ouvrir un véritable débat sur l’avenir des travailleurs, des jeunes et de la protection sociale. Nous avons besoin d’une mobilisation qui reste ciblée, organisée et pacifique.
Qu’attendez-vous concrètement du gouvernement à l’issue de cette mobilisation ?
Nous demandons au gouvernement de mettre en place de véritables structures de dialogue où les syndicats pourront échanger de manière transparente et directe avec ceux qui prennent les décisions. Des comités ministériels et des assises ont été organisés, mais nous avons le sentiment qu’ils servent parfois de paravent et qu’il n’existe pas suffisamment d’espaces pour discuter des problèmes réels. Dans le secteur de l’éducation, par exemple, la situation est préoccupante et les syndicats attendent toujours un véritable dialogue. Nous demandons simplement à être écoutés. Le Premier ministre ne peut pas décider seul de tout.
Au-delà de cette marche, quelles actions envisagez-vous pour faire avancer vos revendications ?
Nous allons poursuivre la mobilisation sur plusieurs fronts. En novembre, le comité d’experts du Bureau international du travail doit se prononcer sur une série de violations alléguées de conventions ratifiées par Maurice. Nous entrerons ainsi dans une forme de confrontation intellectuelle avec des documents et des propositions concrètes, comme les white papers déjà soumis sur la pension. Notre objectif est de permettre aux décideurs et à la population de mesurer les conséquences des choix actuels. Il faut aussi éviter que les frustrations sociales ne soient réduites à la seule question de la criminalité. Le risque de tensions liées à la présence croissante de travailleurs étrangers existe et doit être abordé lucidement.
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