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L’extrême droite face au mur

31 octobre 2026, 08:13

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Le 3 novembre, les élections de mi-mandat américaines nous diront si Donald Trump peut continuer à gouverner comme si sa victoire de 2024 lui avait donné carte blanche. À quelques jours du scrutin, les démocrates devancent les républicains d’environ huit points dans les moyennes nationales du vote pour le Congrès. La Chambre des représentants paraît à leur portée ; le Sénat reste une bataille autrement plus incertaine.

Pour Trump, l’enjeu dépasse la conquête de quelques sièges. Une Chambre hostile pourrait enquêter sur son administration, entraver ses projets budgétaires et transformer la seconde moitié de son mandat en bras de fer permanent. Le président joue donc son va-tout : mobiliser sa base, imposer l’immigration et la sécurité au centre du débat et présenter toute résistance comme une entreprise de sabotage. Mais l’économie, le coût de la vie et la confiance dans les institutions peuvent ramener les électeurs à une question moins idéologique : leur quotidien s’est-il amélioré ?

Les événements de cette semaine offrent un aperçu des limites du mouvement MAGA. Au Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva a battu Flávio Bolsonaro, candidat de la droite radicale et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro. Cette victoire ne constitue pas un plébiscite pour la gauche. Elle traduit aussi le rejet d’une dynastie politique contestée, dans un pays toujours confronté à la criminalité, aux difficultés économiques et à la défiance envers ses dirigeants.

Lula devra composer avec un Parlement conservateur. Il a remporté la présidence, pas les moyens de gouverner seul. La démocratie produit parfois ces majorités inconfortables : un électorat peut préférer un candidat sans adhérer à l’ensemble de son programme.

La réaction de Washington, DC, est tout aussi révélatrice. Trump a accueilli favorablement l’arrivée de Flávio Bolsonaro aux États-Unis, où celui-ci s’est réfugié après sa défaite, et a publiquement mis en doute le résultat électoral sans apporter de preuve de fraude. Rien ne permet d’affirmer que Trump a organisé sa fuite. Mais son attitude illustre la solidarité politique qui unit une partie de la droite nationaliste internationale, y compris lorsque ses alliés contestent une défaite dans les urnes.

En Israël, les législatives du 27 octobre ont également débouché sur une impasse. Le bloc de Benyamin Netanyahou est crédité de 53 sièges, contre 48 pour celui de Gadi Eisenkot, tandis que les partis arabes en obtiennent 19, selon les résultats partiels disponibles le 29 octobre. Aucun camp n’atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner seul. La participation des citoyens arabes israéliens leur confère un poids décisif dans les négociations. Netanyahou n’est pas battu, mais sa capacité à constituer une majorité dépend désormais d’équilibres politiques difficiles.

Le parallèle avec la France de Marine Le Pen nous semble aussi instructif. La droite radicale prospère sur les inquiétudes relatives à l’immigration, à la sécurité et à l’identité nationale. Les violences urbaines peuvent nourrir ce discours, surtout lorsque les commerçants réclament protection et sanctions. Mais il y a un saut entre condamner les casseurs et rendre les étrangers collectivement responsables des désordres. La nationalité des auteurs doit être établie ; elle ne saurait être déduite d’images virales ou d’affirmations partisanes.

La progression de ces mouvements ne prouve pas que le racisme recule lorsqu’ils perdent une élection. Elle révèle plutôt des sociétés traversées par des aspirations contradictoires : ordre et liberté, souveraineté et coopération, protection sociale et ouverture, identité nationale et pluralisme. Les électeurs peuvent sanctionner un dirigeant sans renoncer aux idées qui l’ont porté.

C’est le paradoxe de la droite radicale : elle séduit en promettant de simplifier un monde anxiogène, mais se heurte à la complexité des sociétés et aux contraintes du pouvoir. Trump, Netanyahou, Bolsonaro et Le Pen ne forment pas un bloc homogène. Ils partagent néanmoins une politique de la confrontation, dans laquelle les adversaires deviennent parfois des ennemis et les contre-pouvoirs des obstacles.

Les midterms diront si cette stratégie conserve son efficacité aux États-Unis. Le Brésil et Israël rappellent déjà une vérité moins spectaculaire : gagner une élection ne signifie pas obtenir un mandat illimité. Et perdre ne signifie pas disparaître. La bataille autour de la démocratie, de l’identité et de l’autorité ne fait que changer de terrain.

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