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Le Brésil dit non à Trump
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Le Brésil dit non à Trump
En arrachant un quatrième mandat à l’extrême droite, Luiz Inácio Lula da Silva inflige, à bien des égards, un revers symbolique à Donald Trump et rappelle que, dans une Amérique latine tentée par le virage conservateur, la souveraineté nationale et la mémoire sociale peuvent encore mobiliser les électeurs. Lula, donné perdant, arrivé derrière le fiston Flávio Bolsonaro au premier tour, a renversé les pronostics pour gagner avec 51,79 % des suffrages. Face à lui, le fils de Jair Bolsonaro a recueilli 48,21 %. Le Brésil a échappé, de justesse, au retour du bolsonarisme. L’enjeu, selon nous, dépasse la confrontation entre deux hommes brésiliens : c’est aussi et surtout une défaite du trumpisme.
Donald Trump avait fait du clan Bolsonaro un allié stratégique dans son ambition de consolider une internationale conservatrice en Amérique latine. Après les avancées de dirigeants de droite dans plusieurs pays de la région (notamment l’Argentine, le Chili, l’Équateur et le Salvador), une victoire de Flávio Bolsonaro aurait renforcé cette dynamique. Elle aurait également rapproché Brasília d’une administration américaine dont les pressions commerciales et les prises de position contre des responsables brésiliens avaient nourri un sentiment de défiance nationale. Le résultat peut donc être interprété comme un revers pour Washington, DC. Parce qu’une majorité de Brésiliens a refusé de confier le pouvoir à un candidat associé à la Maison-Blanche. Dans une démocratie souveraine, cette nuance compte. Le soutien d’une puissance étrangère peut devenir un handicap lorsqu’il donne à un adversaire l’occasion de se présenter comme le défenseur de l’indépendance nationale.
C’est ici que Lula a trouvé l’un de ses ressorts les plus puissants. Ancien ouvrier métallurgiste, syndicaliste devenu président, il incarne une trajectoire qui parle à ceux qui se sentent oubliés par les élites. Sa force tient moins à une promesse de rupture qu’à une familiarité politique : celle d’un dirigeant dont le parcours personnel se confond, pour une partie de la population, avec l’ascension sociale du Brésil populaire. Lula est devenu une figure paternelle, un genre de protecteur dont on connaît les défauts, sans oublier ce qu’il représente. La mémoire des politiques sociales de ses premiers mandats, la réduction de la pauvreté et l’accès élargi à la consommation ont laissé une empreinte durable. Pour ses partisans, il reste celui qui a donné une place à ceux qui n’en avaient guère. Pour certains électeurs centristes, il a aussi représenté, face au risque d’un retour de l’extrême droite, un choix de stabilité institutionnelle.
Cette dimension affective ne suffit pourtant pas à expliquer le scrutin. La défense de la démocratie a pesé dans une campagne marquée par les attaques répétées de Jair Bolsonaro contre le système électoral et par l’assaut de ses partisans contre les institutions de Brasília, le 8 janvier 2023. La perspective d’une continuité dynastique a ravivé les inquiétudes. Le refus de Flávio Bolsonaro de reconnaître sa défaite et sa demande d’annulation du scrutin prolongent cette confrontation autour des règles démocratiques. Le vote fut aussi social, économique et identitaire. L’inflation, l’emploi, la sécurité et les inégalités restent des préoccupations majeures. Prétendre que le Brésil a basculé à gauche serait une erreur : près d’un électeur sur deux a choisi Flávio Bolsonaro. Le pays demeure profondément polarisé.
Le contraste avec une partie de l’Amérique latine reste néanmoins saisissant. La région n’obéit pas à une trajectoire idéologique unique. Les alternances se succèdent, les électeurs sanctionnent les gouvernements en place et les promesses de fermeté séduisent dans des sociétés confrontées à l’insécurité. Mais le Brésil, par son poids démographique, économique et diplomatique, occupe une place singulière. Membre des BRICS, partenaire majeur de la Chine et acteur incontournable des négociations climatiques, il dispose d’une marge de manœuvre que peu de pays latino-américains peuvent revendiquer à la même échelle.
Une victoire de Flávio Bolsonaro aurait pu rapprocher cette puissance du projet géopolitique de Trump. Celle de Lula préserve une diplomatie plus autonome, sans garantir pour autant une rupture avec Washington ni une adhésion automatique de Brasília à Beijing. Le Brésil entend rester un acteur, non un satellite.
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Que fera Lula de ce mandat arraché dans des circonstances aussi serrées ? La victoire lui donne une légitimité, pas nécessairement un chèque en blanc. Il devra répondre aux attentes sociales, composer avec un Parlement où les conservateurs conservent une influence considérable et gouverner un pays qui ne partage ni les mêmes peurs ni les mêmes espoirs.
L’élection brésilienne rappelle finalement une vérité que les stratèges de Washington, DC, feraient bien de méditer : l’influence ne se décrète pas et les peuples ne sont pas des pièces sur un échiquier. En faisant de Lula le rempart contre le retour de la famille Bolsonaro, une majorité de Brésiliens a défendu à la fois une certaine idée de la justice sociale, de la démocratie et de la souveraineté.
Le trumpisme vient de subir un revers. Mais la bataille qui l’oppose aux démocraties latino-américaines n’est pas terminée. Lula a gagné du temps pour le Brésil ; il lui reste à démontrer que la protection promise peut se traduire en résultats et que la démocratie est capable de répondre aux inquiétudes qui nourrissent ses adversaires.
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Lula n’est pas le seul à contrarier Donald Trump. Le 3 novembre, les élections de mi-mandat pourraient transformer un revers brésilien en contrainte intérieure. Les démocrates convoitent la Chambre des représentants ; le Sénat reste plus difficile à conquérir. Si Trump perd les deux, il gouvernera moins librement : enquêtes, blocages budgétaires et nominations contestées pourraient entraver la seconde moitié de son mandat. Le verdict portera aussi sur le coût de la vie, l’immigration et sa gouvernance. Lula a fait barrage au trumpisme au Brésil ; les urnes américaines diront si celui-ci peut être contenu chez lui. En perdant le Congrès, Trump pourrait perdre avec lui cette illusion du pouvoir en roue libre, sans frein, sans contrepoids...
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