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Conférence de presse du MSM
Pravind Jugnauth accuse le gouvernement d’avoir falsifié les chiffres pour justifier ses mesures
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Conférence de presse du MSM
Pravind Jugnauth accuse le gouvernement d’avoir falsifié les chiffres pour justifier ses mesures
■ Lors de sa conférence de presse, hier, le leader orange a vivement critiqué la gestion économique du gouvernement et dénoncé une manipulation présumée des chiffres du PIB entre 2022 et 2024.
Le leader du Mouvement socialiste militant (MSM), Pravind Jugnauth, a lancé une virulente attaque contre le gouvernement de Navin Ramgoolam, hier, lors d’une conférence de presse consacrée à la situation économique et aux comptes nationaux. S’appuyant sur les révisions des chiffres du produit intérieur brut (PIB) pour les années 2022 à 2024, il accuse le gouvernement d’avoir utilisé le document State of the Economy pour justifier des mesures qu’il juge pénalisantes pour la population. Il a également dénoncé la gestion de la crise de l’eau qui frappe actuellement plusieurs régions du pays.
Avant d’aborder la situation économique, Pravind Jugnauth a tenu à revenir sur la crise de l’eau qui touche plusieurs localités de Maurice. Selon lui, cette situation était prévisible depuis plusieurs mois et le gouvernement n’aurait pas pris les dispositions nécessaires pour en limiter les conséquences. «Personne ne contrôle la quantité de pluie qui tombe, mais gouverner, c’est prévoir.» L’ancien Premier ministre a rappelé que les prévisions météorologiques annonçaient déjà un déficit pluviométrique. Les autorités auraient donc dû agir plus tôt par une campagne nationale de sensibilisation à l’économie d’eau.
Pravind Jugnauth a également critiqué les déplacements à l’étranger de plusieurs membres du gouvernement en pleine crise. Il a notamment évoqué le séjour du Premier ministre, Navin Ramgoolam, à Londres, l’absence du ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden, ainsi que le déplacement du ministre des Infrastructures nationales, Ajay Gunness, en Inde avec une délégation. «Voilà comment un gouvernement dirige un pays lorsqu’il y a une crise», a-t-il lancé, dénonçant une «irresponsabilité totale».
Pour Pravind Jugnauth, le comité de crise aurait dû être présidé par le Premier ministre lui-même, afin de démontrer son engagement face aux difficultés rencontrées par la population. Il a également reproché au gouvernement son manque de communication et de sensibilisation. «Voilà où l’inaction et l’incompétence de ce gouvernement nous ont menés. Ils ne connaissent pas la souffrance de la population», a-t-il affirmé.
Le «State of the Economy» au cœur des accusations
Abordant ensuite le principal sujet de sa conférence de presse, Pravind Jugnauth a accusé l’Alliance du changement d’avoir trompé la population et d’avoir engagé une politique de vengeance depuis son arrivée au pouvoir. L’ancien Premier ministre est longuement revenu sur le document State of the Economy, présenté par Navin Ramgoolam au Parlement après les élections générales de novembre 2024. Un document qu’il avait, à l’époque, qualifié de «torson».
«Après les élections, Navin Ramgoolam est venu au Parlement avec un document que j’avais qualifié de “torson” et qu’il avait appelé le State of the Economy.» Ce document, dit-il, ne portait aucune signature et ne permettait donc pas d’identifier clairement son auteur. Il a également évoqué les explications fournies par le Premier ministre, qui avait indiqué que le document relevait du ministère des Finances, tandis que le junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, aurait fait état de l’intervention de consultants. Pour Pravind Jugnauth, ce document a constitué le fondement des décisions économiques prises par le gouvernement. «Sa torson-la, samem l’arme du crime, inn servi kouma pretex pou fer tou dominer ki pe fer ek lepep», a-t-il lancé. Il a notamment cité une affirmation figurant au début du State of the Economy, selon laquelle les données économiques du précédent gouvernement auraient été délibérément manipulées et la croissance du PIB largement exagérée. Le leader du MSM rejette catégoriquement ces accusations et estime que les dernières révisions des comptes nationaux remettent en cause la crédibilité du document.
«La caisse était-elle vraiment vide ?»
Pravind Jugnauth a ensuite dressé la liste des engagements électoraux qui, selon lui, n’ont pas été respectés par le gouvernement de Navin Ramgoolam. Il a notamment évoqué le prix de l’essence, les pensions, les tarifs de l’électricité et le Pay Research Bureau. Il a également dénoncé la suppression ou la remise en question de plusieurs aides introduites sous son gouvernement, notamment le Wage Assistance Scheme, la Child Allowance, la School Allowance, la Maternity Allowance, la Pregnancy Care Allowance et l’Independence Allowance.
L’ancien Premier ministre a également cité l’augmentation du prix du pain et du gaz, les réductions concernant certains traitements médicaux pour les enfants et les patients atteints de cancer, ainsi que la question des subventions accordées aux établissements préprimaires. Selon lui, toutes ces décisions ont été justifiées par la situation financière décrite dans le State of the Economy et par l’argument selon lequel les caisses de l’État étaient vides. «Est-ce que la caisse était vraiment vide ?», s’est-il interrogé, avant de présenter les chiffres révisés des comptes nationaux.
Rs 164,9 milliards de «trou» dans les chiffres du PIB
Pour appuyer ses accusations, Pravind Jugnauth s’est référé à une mission d’assistance technique du Fonds monétaire international (FMI), effectuée à Maurice en mars 2025, quelques semaines après la présentation du State of the Economy. Selon lui, le rapport remis en juin 2025 aurait mis en évidence plusieurs problèmes dans les estimations économiques, notamment des erreurs de calcul, des difficultés liées aux données recueillies lors des enquêtes et des écarts statistiques. Il a particulièrement cité les paragraphes 10 et 13 du rapport, affirmant que les observations du FMI avaient conduit les autorités à revoir les chiffres du PIB.
Pour l’année 2022, il a indiqué que le State of the Economy avait ramené le PIB à Rs 570,3 milliards, alors que les données révisées le situent désormais à Rs 623,1 milliards, soit une différence de Rs 52,8 milliards. Pour 2023, le PIB était estimé à Rs 641,1 milliards dans le document gouvernemental, contre Rs 695,2 milliards dans les nouveaux comptes nationaux, soit un écart de Rs 54,1 milliards selon les montants cités.
Quant à 2024, Pravind Jugnauth a fait ressortir que le PIB était évalué à Rs 698,5 milliards dans le State of the Economy, alors que les chiffres révisés atteignent Rs 756,7 milliards, soit Rs 58,2 milliards supplémentaires. Pravind Jugnauth a accusé Navin Ramgoolam d’avoir faussé les chiffres économiques pour présenter un tableau plus sombre de la situation financière du pays et justifier les mesures prises depuis son accession au pouvoir.
Il a ainsi évoqué un montant total de Rs 164,9 milliards pour les trois années concernées, dénonçant ce qu’il considère comme une manipulation des données économiques au détriment de la population. Pour le leader du MSM, ces révisions constituent la preuve que le gouvernement a utilisé des chiffres erronés pour revenir sur plusieurs mesures sociales. Il a demandé à Navin Ramgoolam de restituer à la population les prestations et avantages qui, selon lui, lui ont été injustement retirés.
Pravind Jugnauth a également accusé le gouvernement de vouloir faire payer à la population les conséquences de ses choix politiques durant les premières années de son mandat. Selon lui, la stratégie de l’Alliance du changement consisterait à imposer des mesures difficiles pendant les trois premières années, avant d’annoncer des avantages et cadeaux électoraux durant les deux dernières années de son mandat, dans l’espoir de faire oublier les souffrances subies par les Mauriciens.
L’ancien Premier ministre s’est par ailleurs dit fier du bilan économique et social de son gouvernement entre 2014 et 2024, malgré les difficultés provoquées par la pandémie de Covid-19. Interrogé par la presse sur la gestion du secteur de l’eau durant les dix années de pouvoir du MSM, il a rappelé que les problèmes d’approvisionnement ne dataient pas de 2014. Il a invité à comparer les travaux réalisés sous les différents gouvernements, citant notamment les programmes de remplacement des canalisations.
De son côté, l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy, également présent à la conférence de presse, a abondé dans le même sens. Il a accusé le gouvernement d’avoir faussé les chiffres économiques pour justifier des décisions qu’il considère comme des mesures de vengeance contre la population.
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