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Quand l’eau et l’électricité deviennent politiques

9 octobre 2026, 07:00

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La fin d’année s’annonce sous haute tension. Pas seulement dans les comptes du CEB ou dans les réservoirs de la CWA. La vraie tension est celle qui commence à monter sur le terrain, dans les quartiers, aux portes des bureaux de députés et bientôt, sans doute, dans les couloirs du pouvoir. L’eau manque. L’électricité devra affronter les pointes de consommation de l’été. Et, dans les deux cas, la marge de manœuvre se réduit.

À Mare-aux-Vacoas, le taux de remplissage est tombé à 35,9 %, contre 88,6 % à la même date l’an dernier. Le volume quotidien injecté dans le réseau depuis le réservoir est passé d’une moyenne de 110 000 m³ à moins de 61 000 m³. Au total, les réservoirs ne sont plus remplis qu’à 57,6 %, contre 88,1 % un an plus tôt.

Ce ne sont plus des chiffres abstraits. Dans la circonscription no 15, certains foyers ont déjà connu plus de trois jours sans eau courante. Dans une lettre adressée à la CWA, le député Khushal Lobine fait état de distributions par camions-citernes jugées insuffisantes ou irrégulières et réclame un plan d’urgence, des horaires précis et un dispositif particulier pour les personnes vulnérables. Voilà le problème politique qui se profile : quand il n’y a pas assez pour tout le monde, qui décide qui aura quoi, quand et combien ?

Chaque circonscription regardera désormais les autres. Chaque localité comparera ses heures d’approvisionnement à celles du voisin. Ici, on aura reçu de l’eau ; là-bas, on attendra encore. Ici, un camion-citerne sera passé ; là-bas, personne ne l’aura vu. Et très vite naîtra le sentiment classique : pourquoi eux et pas nous ?

Les députés seront pris entre deux feux. Ils seront assaillis d’appels, sommés d’obtenir un traitement «prioritaire», tout en devant expliquer que personne ne sera pénalisé. Mais chacun fera aussi son lobbying. C’est humain, politique et, dans le contexte actuel, inévitable.

Le problème est que la CWA ne pourra pas distribuer ce qu’elle n’a pas. Il faudra donc parfois couper ici pour alimenter là-bas, ralentir un secteur pour préserver un autre, arbitrer entre besoins domestiques, agriculture et impératifs sanitaires. Le partage de la pénurie risque de devenir plus explosif que la pénurie elle-même.

Et l’électricité n’est pas loin derrière. Le CEB entre dans une période délicate avec un prix du HFO 180 cSt passé de 405,34 à 638,54 dollars la tonne entre janvier et septembre, soit +57,5 %. Dans le même temps, la capacité disponible doit composer avec 100 MW en maintenance, alors que la demande estivale en période de pointe pourrait atteindre 600 à 610 MW.

Là encore, la marge de sécurité est étroite. Et là encore, derrière la technique se profile une question politique : qui supportera le coût de la hausse des combustibles ? Qui sera prié de réduire sa consommation ? Et qui acceptera les conséquences d’éventuels délestages ?

Le danger serait de gérer ces deux crises uniquement comme des problèmes techniques. Elles sont désormais des problèmes de gouvernance. Lorsque l’eau et l’électricité deviennent rares, la transparence devient une ressource aussi essentielle que l’eau elle-même. Les citoyens peuvent accepter une contrainte. Ils acceptent beaucoup moins facilement de ne pas comprendre pourquoi elle leur est imposée, pourquoi leur quartier est coupé et celui d’à côté épargné.

La fin de l’année pourrait donc être celle des nerfs à vif. Le défi pour le gouvernement et les opérateurs publics ne sera pas de faire croire que tout le monde sera épargné. Il sera de démontrer que, dans la pénurie, personne ne sera oublié et que les arbitrages seront faits selon des règles claires. Quand les robinets se taisent et que les lumières vacillent, la politique, elle, ne s’éteint jamais ! Elle brûle, inévitablement, de mille feux...

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