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De la soie aux semi-conducteurs
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De la soie aux semi-conducteurs
Il fut un temps où la soie, produite par le bombyx du mûrier, valait presque plus que l’or. Matière précieuse, longtemps protégée jalousement par la Chine, elle fut pourtant à l’origine de quelque chose de plus précieux encore : des routes. À partir du IIe siècle avant notre ère, les routes de la soie relièrent l’Asie à l’Europe et, au-delà, des mondes que tout semblait séparer. Marchands, diplomates, religieux, artistes et savants y circulaient. Les marchandises voyageaient avec les idées. Le commerce précédait la diplomatie et, souvent, la rendait possible.
Plus de deux millénaires après, la soie a changé de nature. Elle s’appelle désormais technologie, semi-conducteurs, terres rares, données, intelligence artificielle (IA), énergie ou infrastructures. Les routes de la puissance ne sont plus seulement terrestres et maritimes. Elles sont numériques, financières et stratégiques.
C’est dans ce monde-là qu’il faut lire à la fois la récente rencontre entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping à Washington et la Tribune publiée cette semaine dans nos colonnes par l’ambassadrice de Chine à Maurice, Huang Shifang.
Le sommet Trump-Xi aura surtout confirmé une réalité : entre les deux premières puissances mondiales, le dialogue progresse plus vite que les compromis. La trêve commerciale a été prolongée, des réductions tarifaires réciproques ont été convenues sur quelque 30 milliards de dollars de marchandises et Pékin s’est engagé à acheter du charbon américain. Washington et Pékin ont également décidé d’ouvrir de nouveaux canaux de communication, notamment sur l’IA.
Mais les silences du sommet sont peut-être plus éloquents que ses annonces. Les terres rares chinoises et les semi-conducteurs américains de pointe demeurent au cœur de la rivalité technologique. Taïwan, autre ligne de fracture majeure, n’a pas disparu parce que les deux présidents ont choisi de ne pas en faire le centre de la scène publique. Le sommet n’a donc pas supprimé la confrontation stratégique. Il a tenté de la contenir.
C’est précisément là que l’IA introduit une nouvelle dimension. Quand deux puissances capables de transformer une innovation technologique en avantage économique, militaire ou géopolitique conviennent de se parler pour éviter les incidents, le dialogue cesse d’être un geste diplomatique ordinaire. Il devient un mécanisme de prévention de crises.
La Tribune de l’ambassadrice Huang Shifang s’inscrit dans cette même bataille de récits. Pékin veut présenter une Chine fondée sur quatre piliers : développement, ouverture, responsabilité et partenariats. Elle met en avant la résilience de l’économie chinoise, l’essor de l’industrie de pointe, du numérique et de l’IA, mais aussi la transition énergétique. Elle souligne l’ouverture accrue du marché chinois et, surtout, la progression spectaculaire des exportations mauriciennes vers la Chine.
Le message est clair : la Chine entend se présenter moins comme une puissance qui conquiert que comme une puissance qui connecte. Les anciennes routes de la soie deviennent ainsi la matrice historique d’une diplomatie économique renouvelée.
Mais il faut regarder cette proposition avec lucidité. Le commerce ne fait pas disparaître les rapports de force. Il peut les déplacer. Une dépendance commerciale, une infrastructure stratégique, un accès aux données ou une chaîne d’approvisionnement peuvent devenir, à leur tour, des instruments de puissance.
Pour Maurice, cette réalité mérite une attention particulière. L’ambassadrice rappelle le prochain 55e anniversaire des relations diplomatiques sinomauriciennes, et réaffirme le soutien de Pékin à la position mauricienne sur la souveraineté et l’intégrité territoriale concernant les Chagos.
Voilà pourquoi notre positionnement doit être celui d’un État-pont et non d’un État-aligné. Tirer profit des nouvelles routes de la soie ne signifie pas choisir Pékin contre Washington, pas plus que préserver nos relations avec l’Occident ne devrait nous conduire à tourner le dos à l’Asie. Notre intérêt est ailleurs : multiplier les passerelles, diversifier nos partenariats et préserver notre capacité de décision.
La vieille leçon des routes de la soie demeure finalement d’une étonnante modernité. Elles n’ont pas prospéré parce que les empires étaient d’accord sur tout. Elles l’ont fait parce qu’ils avaient compris qu’il était préférable de commercer que de s’affronter.
En 2026, les puissances recommencent pourtant à ériger des murs – tarifaires, technologiques, militaires et numériques. Le défi pour les petits États comme Maurice est de ne pas devenir les dommages collatéraux de ces nouvelles rivalités. La soie a toujours été fragile. Les routes, elles, peuvent survivre aux empires.
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