Publicité

Comptes nationaux

La croissance ralentit à 3 % sur fond de révision majeure du PIB

1 octobre 2026, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

La croissance ralentit à 3 % sur fond de révision majeure du PIB

Statistics Mauritius rebat les cartes de la mesure de l’économie mauricienne. Dans ses nouvelles estimations des comptes nationaux publiées hier, l’organisme prévoit une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 3 % en 2026, après 3,5 % en 2025. La croissance de la valeur ajoutée brute (VAB) devrait, elle, atteindre 3,1 %. Ces prévisions tiennent compte des performances enregistrées durant le premier semestre, du contexte économique et géopolitique international ainsi que des mesures annoncées dans le Budget 2026-2027.

En valeur courante, le PIB devrait toutefois franchir un nouveau cap pour atteindre Rs 873,1 milliards cette an­ née, contre Rs 810,3 milliards en 2025, soit une progressi­ on nominale de 7,8 %. Une fois l’effet des prix, estimé à 4,6 %, retiré, la croissance réelle ressort à 3 %. Le PIB par habitant devrait parallèlement progresser de 8,1 % en valeur nominale, passant de Rs 651 510 à Rs 703 970.

2023, la nouvelle référence

Mais la principale nouveauté de cette publication réside dans la révision en profondeur des comptes nationaux. Statistics Mauritius a remplacé 2018 par 2023 comme nouvelle année de référence, à partir notamment du Census of Economic Activities 2023, du Household Budget Survey 2023, du Census of Agriculture 2024 et de données administratives renforcées.

L’exercice intègre également progressivement les recommandations du System of National Accounts 2025 (SNA) ainsi qu’une meilleure couverture des activités des Global Business Companies (GBC). Conséquence : la taille de l’économie mauricienne telle qu’elle est mesurée statistiquement est nettement revue à la hausse.

Pour 2023, le PIB passe ainsi de Rs 637 milliards dans l’ancienne série à Rs 695 milliards dans la nouvelle, soit Rs 58 milliards supplémentaires, ou 9,1 %. La révision se prolonge en 2024, avec un PIB désormais éva­ lué à Rs 756,7 milliards contre Rs 693,3 milliards auparavant, et en 2025, à Rs 810,3 milliards contre Rs 743 milliards.

Cette hausse ne signifie toutefois pas que Rs 58 mil­ liards d’activité économique supplémentaire ont soudainement été créés en 2023. Elle résulte d’une nouvelle mesu­ re de l’activité existante. Sur les Rs 58 milliards ajoutés au PIB 2023, environ Rs 27 mil­ liards proviennent du nouvel exercice de benchmarking, Rs 11,3 milliards de l’application des nouvelles recommandations du SNA 2025 et près de Rs 20 milliards de l’intégration des activités de merchanting et de trading de certaines GBC.

Impact GBC

L’intégration du merchanting constitue l’une des modifications les plus significatives. Il s’agit d’opérations par lesquelles une entreprise résidente achète des biens à un non-résident avant de les revendre à un autre non-résident, sans que les marchandises n’entrent physiquement à Maurice. Ces activités n’étaient auparavant pas intégrées aux comptes nationaux, la robustesse des don­ nées devant encore être validée. Après des travaux menés avec le Fonds monétaire international, notamment une assistance technique d’AFRITAC South en mai 2026, Statistics Mauritius les a incorporées dans ses estimations. Pour la seule année 2023, cette modifica­ tion a relevé le PIB de près de Rs 20 milliards.

Les nouvelles métho­ des ont également entraîné d’importantes modificati­ ons sectorielles. Pour 2023, la valeur ajoutée du commerce de gros et de détail hors GBC passe notamment de Rs 60,4 milliards à Rs 66,4 milliards, celle du transport et de l’entreposage de Rs 29,3 milliards à Rs 36,4 milliards et celle des technologies de l’information et de la communication de Rs 24 milliards à Rs 28,3 milliards. À l’inver­ se, la valeur ajoutée de la production et distribution d’électricité a été revue à la baisse, de Rs 7,5 milliards à environ Rs 5,1 milliards.

L’investissement dans le rouge

Pour 2026, un indica­ teur retient particulièrement l’attention : l’investisse­ ment devrait se contrac­ ter de 1,1 % en termes réels, après une progres­ sion de 1,9 % en 2025. En valeur nominale, la formation brute de capital fixe devrait certes passer de Rs 169,8 milliards à environ Rs 176 milliards, mais cette hausse disparaît une fois l’effet des prix retiré.

Le recul concernerait aussi bien le privé que le public. L’investissement privé devrait diminuer de 0,8 % en volume, après +1,9 % en 2025, tandis que l’investissement public reculerait de 2,3 %, après avoir également progressé de 1,9 % l’année dernière. Le taux d’investissement total tomberait ainsi de 21 % du PIB en 2025 à 20,2 % en 2026. La part du privé dans l’investissement total augmenterait néanmoins légèrement, de 82,8 % à 83,1 %.

Dans le bâtiment et les travaux de construction, la progression réelle ne serait que de 0,2 %, contre 5,6 % en 2025. Le résidentiel augmenterait de 0,7 %, tandis que le non-résidentiel se contracterait de 4,4 %. Les investissements en machines et équipements reculeraient pour leur part de 2,7 %.

Soutiens majeurs

La croissance attendue en 2026 sera soutenue par plusieurs secteurs. Les activités financières et d’assurance devraient progresser de 4,7 % et apporter 0,5 point de pourcentage à la crois­ sance de la VAB, soit la contribution sectorielle la plus importante. Le commer­ ce de gros et de détail, avec une croissance attendue de 3 %, contribuerait à haut­ eur de 0,4 point, tandis que le transport et l’entreposage, attendus en hausse de 4,8 %, apporteraient 0,3 point.

L’agriculture devrait croître de 4,2 %, après 8,5 % en 2025. Statistics Mau­ ritius table sur une production locale de quelque 225 000 tonnes de sucre, contre 220 305 tonnes l’année dernière. Le secteur manufacturier progresserait de 1,5 %, mais le textile continuerait de souffrir avec une contraction attendue de 2,5 %, après –1,9 % en 2025. Les entreprises orientées vers l’exportation devraient également connaître une quatrième année consécutive de croissance négative, avec un recul estimé à 2 %.

Le tourisme resterait en territoire positif mais à un rythme plus modéré. L’hébergement et la restauration devraient progresser de 2,2 %, sur la base d’environ 1,47 million d’arrivées touristiques en 2026, contre 1 436 250 en 2025. L’information et la communication afficherait de son côté une croissance de 5 %.

L’épargne en hausse

Autre signal de modération : la consommation finale devrait augmenter de 2,2 % en volume cette année, contre 2,5 % en 2025. Celle des ménages progresserait également de 2,2 %, après 2,6 % l’année dernière. En valeur nominale, les dépenses de consommation finale atteindraient néanmoins près de Rs 734 milliards, contre Rs 684 milliards en 2025.

À l’inverse, les indicateurs d’épargne s’amélioreraient. L’épargne intérieure brute devrait atteindre Rs 139,2 milliards, soit 15,9 % du PIB contre 15,6 % en 2025. L’épargne nationale brute augmenterait plus fortement, de Rs 133,4 milliards à Rs 154,2 milliards, faisant pas­ ser le taux d’épargne nationale de 16,3 % à 17,4 %.

Enfin, le déficit des échanges de biens et services devrait se réduire. Les importations reculeraient de 2,1 % en volume, alors que les exportations progresseraient de 1,2 %. Le déficit net des échanges passerait ainsi de Rs 37 milliards en 2025 à Rs 28,7 milliards en 2026, re­ présentant 3,3 % du PIB contre 4,6 % un an auparavant.

La publication de septembre introduit ainsi une nouvelle base de lecture de l’économie mauricienne : les séries historiques ont été révisées et harmonisées, tandis que Statistics Mauritius prévoit un nouveau Census of Economic Activities en 2028 et la mise en œuvre complète du SNA 2025 à l’horizon 2029.

***** 

Emploi et chômage au 2ᵉ trimestre 2026

⚫ 550 600 Mauriciens ont un emploi, contre 553 700 au trimestre précédent.

⚫ Le taux de chômage recule à 5,5 %, contre 5,7 % au premier trimestre et 5,9 % un an plus tôt.

⚫ Maurice compte 32 000 chômeurs : 55 % de femmes et 45 % d’hommes.

⚫ 36 % des chômeurs ont entre 16 et 24 ans, soit 11 600 jeunes.

⚫ 28 % cherchent leur premier emploi et 84 % sont au chômage depuis un an au maximum.

⚫ 46 % n’ont pas de School Certificate (SC) ou un diplôme équivalent.

⚫ 409 000 personnes sont hors de la population active au deuxième trimestre.

Publicité