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Rodrigues
Lutte contre le VIH : les préjugés persistent
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Lutte contre le VIH : les préjugés persistent
Jacques Achille avait animé un atelier destiné aux journalistes.
À Rodrigues, les personnes vivant avec le VIH doivent encore faire face à une stigmatisation importante, alimentée notamment par les rumeurs, les commérages et les préjugés. Une situation mise en lumière par le «People Living with HIV Stigma Index 2023-2024». Face à ces constats, Prévention information lutte contre le SIDA (PILS) entend renforcer ses actions de sensibilisation et d’accompagnement sur l’île.
La stigmatisation envers les personnes vivant avec le VIH/SIDA demeure particulièrement préoccupante à Rodrigues, où elle semble plus marquée qu’à Maurice. Les rumeurs qui circulent dans les communautés peuvent avoir des conséquences sur la vie quotidienne, la confiance en soi et le bien-être des personnes concernées.
C’est l’un des principaux constats du People Living with HIV Stigma Index 2023-2024, une étude menée auprès des personnes vivant avec le VIH à Rodrigues. Afin de discuter des recommandations issues de cette recherche et de leur mise en œuvre, l’organisation non gouvernementale PILS a réuni ses partenaires sur l’île pendant deux jours de la semaine dernière. Rodrigues compte actuellement 120 cas actifs de VIH. L’étude a permis de recueillir les témoignages d’environ 40 % des personnes vivant avec le VIH recensées sur l’île, une participation qui constitue une avancée importante en matière de recherche inclusive et menée avec la communauté.
Rumeurs et agressions verbales
Les résultats montrent que la stigmatisation externe continue d’avoir un impact sur le quotidien des personnes vivant avec le VIH à Rodrigues. Les commérages, les jugements et les agressions verbales figurent parmi les formes de stigmatisation rapportées.
La stigmatisation intériorisée est également particulièrement présente chez les femmes. Elle peut avoir des répercussions sur leur confiance en elles, leur équilibre émotionnel et leur capacité à se projeter dans l’avenir. Pour certaines, ces difficultés peuvent même influencer leurs choix concernant leur vie familiale ou leur participation à la vie communautaire.
Autre constat préoccupant : les protections prevues par la HIV & AIDS Act et l’Equal Opportunities Act restent encore largement méconnues et peu utilisées à Rodrigues. Cette situation témoigne à la fois d’un manque d’information sur les droits des personnes vivant avec le VIH et d’un accès limité aux mécanismes de recours en cas de discrimination.
Les résultats présentés lors de cette rencontre ont également permis de rappeler l’importance de poursuivre l’éducation et la sensibilisation de la population, mais aussi de renforcer l’accompagnement des patients et l’adhésion au suivi des traitements.
Pour Jacques Achille, Strategic Communications Manager de PILS, la situation à Rodrigues présente certaines différences par rapport à Maurice. «Les infections par seringues, qui sont courantes à Maurice, ne sont pas présentes à Rodrigues. Les rapports sexuels non protégés restent le principal mode de transmission du VIH, mais il y a aussi un problème avec les grossesses chez les adolescentes. Rodrigues est toutefois bien organisé pour faire face à cette situation», explique-t-il.
Dans cette démarche, PILS a également organisé un atelier destiné aux journalistes et aux professionnels de la communication. L’objectif était de les sensibiliser à la manière de traiter les questions liées au VIH dans les médias, en évitant notamment les discours ou les formulations susceptibles de renforcer la stigmatisation.
PILS revient en octobre
La sensibilisation ne s’arrêtera pas à cette rencontre. L’équipe de PILS prévoit de retourner à Rodrigues en octobre afin de travailler directement avec les communautés et d’organiser plusieurs séances de sensibilisation. L’objectif est de renforcer les connaissances sur le VIH, de mieux faire connaître les droits des personnes vivant avec le virus et de favoriser un environnement plus inclusif. Car au-delà de l’accès aux traitements, la lutte contre le VIH passe également par un changement de regard de la société envers celles et ceux qui vivent avec le virus.
Défis et perspectives d’avenir
L’étude à Rodrigues a révélé des aspects inattendus de la stigmatisation sur l’île. Notamment, bien que moins de personnes se sentent responsables de leur infection par le VIH, le sentiment de culpabilité demeure élevé, probablement influencé par des schémas moraux intériorisés. Ceci souligne la nécessité d’un soutien en santé mentale. Par ailleurs, on a constaté un faible taux de signalement des violations des droits, telles que les atteintes à la confidentialité et la discrimination. Parmi les facteurs contribuant à ce phénomène figurent la méfiance envers les institutions, la crainte de représailles et l’hésitation à demander de l’aide. Pour remédier à ces problèmes, le rapport souligne l’urgence de renforcer la responsabilisation et l’accès aux droits par le biais d’un suivi communautaire et d’initiatives d’information des individus sur leurs droits.
Les conclusions de l’Indice de la stigmatisation font passer un message clair : il est crucial d’éliminer la stigmatisation liée au VIH à Rodrigues afin d’améliorer les résultats en matière de santé, de protéger les droits humains et d’atteindre l’objectif d’éradiquer le sida en tant que problème de santé publique d’ici 2030. Favoriser un environnement dans lequel les personnes vivant avec le VIH peuvent accéder aux services sans crainte, participer pleinement à la vie en société et vivre dans la dignité et le respect doit constituer la priorité de toutes les initiatives à venir.
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