Publicité

Soprane italo-mauricienne

Marta Leung Kwing Chung : Elle vit pour la musique et le chant classique

13 septembre 2026, 22:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Marta Leung Kwing Chung : Elle vit pour la musique et le chant classique

La soprane italo-mauricienne Marta Leung Kwing Chung a donné un aperçu de son talent de chanteuse lyrique samedi soir lors d’un concert tenu sous le haut patronage du consulat italien à la Maison Eureka, à Moka. Elle était accompagnée du pianiste italien Giuseppe Modugno. Un événement rendu possible grâce à un accord entre le Conservatoire François Mitterrand et le Conservatoire italien Luciano Pavarotti.

Marta Leung Kwing Chung pourrait passer des heures à parler de l’opéra et du chant lyrique tant elle est une passionnée. Au point qu’au bout d’une heure d’interview, nous devons lui rappeler qu’elle est attendue ailleurs pour un autre entretien média.

Bien qu’elle soit née en Italie de père mauricien – Jean-Noël Leung Kwing Chung a quitté Maurice à l’âge de 17 ans pour des vacances chez sa grand-mère qui travaillait pour Alitalia à Gênes et s’y est installé, surtout après avoir rencontré Anna, la mère de notre interlocutrice –, elle se sent Mauricienne dans l’âme. «C’est vrai qu’à la veille d’un concert, je ne suis pas censée parler longtemps. Mais lorsque je suis à Maurice, et je reviens régulièrement, je me sens merveilleusement bien et je peux tout faire. C’est tellement bon d’être là. Je vis en Italie et ne tourne en Europe et ailleurs que pour le travail», raconte cette sympathique quadragénaire.

La soprane a un frère aîné, Luca, qui vit à Turin et qui est «totalement italien dans l’âme lui», raconte-t-elle. JeanNoël Leung Kwing Chung a travaillé comme directeur de l’usine Fiat alors que son épouse est enseignante d’histoire italienne au secondaire.

Marta chante depuis l’enfance. «Ma mère me racontait toujours qu’en bas âge, je fredonnais continuellement toutes les comptines que j’entendais et lorsque je m’arrêtais, cela voulait dire que je m’étais endormie.» À quatre ans, alors qu’elle regarde «Bravo Bravissimo», une émission télévisée en compagnie de sa grand-mère, et qui révèle des enfants talentueux, elle est émerveillée par un petit prodige du piano. «J’ai dit à ma grand-mère que je voulais jouer comme lui.» Son oncle, un prêtre qui maîtrise le piano, lui apprend le solfège et à jouer de cet instrument. «J’ai appris le solfège avant de savoir lire. Pour moi, la musique est la langue la plus naturelle qui soit. Je ne peux vivre sans elle.»

Energisée

Au final, son oncle lui a offert son piano pour qu’elle continue à pratiquer et à 11 ans, ses parents ont accepté de l’inscrire au conservatoire car ils avaient compris que la musique et le chant étaient sa passion. «Je n’ai jamais eu de doute à propos de ce choix. La musique, et surtout l’opéra, me font me sentir bien, détendue, émotionnellement équilibrée et surtout très énergisée.» Au conservatoire, son temps était partagé entre l’apprentissage du solfège, des harmonies et des chœurs et les matières à l’étude dans le cycle secondaire. Mais c’était évidemment la musique qui l’intéressait le plus. «En étant dans la chorale du conservatoire, j’ai un jour entendu la soprane Daria Masiero chanter et là, pour moi, le temps s’est arrêté. Elle terminait ses études au même conservatoire. Elle interprétait de magnifiques arias et sa voix était angélique. Je n’avais que 11 ans mais je me suis dit qu’un jour, je chanterai ainsi.»

C’est à 17 ans qu’elle est passée au chant lyrique et d’opéra au conservatoire. Plus tôt, dit-elle, ce n’est pas recommandé. «J’étais censée prendre ce cours une fois par semaine, mais lorsque mes camarades de classe allaient pratiquer une activité parascolaire, moi, je retournais en cours de chant lyrique. La musique et le chant classique sont mon oxygène. J’aime tous les styles de musique, mais l’opéra m’apporte une émotion positive unique. Après avoir chanté des arias d’opéra, je peux faire n’importe quoi tant j’ai de l’énergie à en revendre. L’opéra est tragique, ça raconte la vie et la mort mais c’est ça la vie. Ce genre m’apporte une autre façon d’envisager la vie et me rappelle que j’ai de la chance d’être en vie, qui je suis et comment m’exprimer, raconter une histoire et transmettre des émotions.»

Elle a étudié le chant lyrique pendant cinq ans et a ensuite pris des cours particuliers en la matière. Elle le fait jusqu’à présent. À 25 ans, elle a obtenu une bourse pour se produire dans un grand théâtre en Toscane et son premier rôle a été dans l’opéra Cosi fan tutte ou Ainsi font-elles toutes, du compositeur de génie Wolfgang Amadeus Mozart. Elle campait le rôle de Dorabella. Entourée d’autres jeunes chanteurs, elle s’est préparée pour ce rôle pendant quatre mois. Et pour rentrer totalement dans la peau de son personnage, Marta a fait et fait toujours des recherches sur le compositeur, le contexte dans lequel l’opéra a été écrit et tout ce qui a été dit à propos du rôle. La critique à son égard a été élogieuse et à partir de là, sa carrière a décollé.

Elle a eu plusieurs managers et a interprété plusieurs rôles, dont celui de Violetta dans La traviata, qui est son opéra préféré. Elle s’est produite en Italie, en Espagne, au Portugal, en GrandeBretagne, en France, en Bulgarie, en Jordanie, en Chine mais sa plus longue tournée avec La traviata a été au Japon où elle s’est produite avec les autres artistes dans différents théâtres pendant un mois.

Appelée à définir son timbre, elle parle d’une voix de colorature douce et veloutée, plus adaptée au bel canto où l’accent est mis sur la ligne mélodique, la virtuosité et où les sujets sont idéalisés, que sur le vérisme, où la musique est au service du texte parlé ou crié, où le registre est dramatique et où l’opéra est ancré dans la réalité quotidienne. «Je suis meilleure dans les rôles tragiques plutôt que comiques car ma voix a un vibrato nostalgique mais je préfère le bel canto, même si je peux aussi être dans le registre du vérisme. L’orchestration dans le bel canto est plus légère et ne couvre pas la voix.» Son agent dispose d’une liste de répertoires qui lui conviennent le mieux et qu’il peut proposer aux théâtres.

Double talent

Si le Covid-19 a mis les théâtres à l’arrêt pendant presque deux ans, Marta s’estime chanceuse car une semaine après cette interruption, elle a été contactée par un lycée pour enseigner la musique et le chant lyrique. «C’était une période difficile et j’avais besoin de chanter. Je chante parce que je ne peux vivre sans et heureusement pour moi que ma passion me fait vivre.» Lorsque les théâtres ont rouvert, elle a stoppé l’enseignement pour reprendre le chemin de la scène.

Elle répète entre une et trois heures par jour, cinq jours sur sept et fait des recherches sur l’opéra dans lequel elle jouera comme nous l’avons susmentionné. «Un chanteur d’opéra est à la fois un musicien et un acteur.»

Après un accord de trois ans entre le conservatoire mauricien et le conservatoire Luciano Pavarotti en Italie, elle était à Maurice en décembre dernier pour animer une Masterclass de quatre à cinq heures par jour pendant trois jours avec les élèves. «Il y a tant de talents à Maurice. J’aime enseigner lorsque les étudiants ont la passion et qu’ils comprennent que la voix est un instrument destiné à raconter une histoire. Faire du chant lyrique juste pour chanter des notes ou se produire, sans raconter une histoire, est vide de sens.» Durant la semaine qui vient, elle animera une autre Masterclass au conservatoire François Mitterrand.

C’est lors de son dernier déplacement dans l’île et par le biais de Claudie Ricaud, ancienne directrice du conservatoire local, qu’elle a découvert les œuvres du compositeur français Francis Thomé et elle a adoré. Elle s’est même rendue à Paris pour ses recherches autour des opéras de Thomé et sur ce compositeur lui-même et en janvier 2027, elle se rendra en Suisse pour enregistrer un album comprenant 22 compositions de Thomé.

Elle fait très attention à sa voix lorsqu’elle a des représentations prévues. Elle évite les longues conversations et fuit les gens pour éviter d’attraper un rhume, supprime l’alcool et certains légumes pouvant occasionner un reflux stomacal. Et elle dort neuf heures par nuit.

Marta est mariée à Carlo, un ténor qui a rejoint les chœurs de La Scala de Milan et avec qui elle a chanté pour la première fois «La traviata» lors d’un festival d’Antonio Verdi en 2017.

Le rêve que caresse Marta désormais est de venir se produire en concert au théâtre du Caudan Arts Centre. Croisons les doigts pour cela se matérialise…

Publicité