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«Eski to ti Kone»

Quand on lavait le linge à la rivière

13 septembre 2026, 14:00

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À Batimarais, la rivière garde encore les souvenirs d’une époque où faire la lessive ne se résumait pas à appuyer sur un bouton. Savon bleu, brosse, pierres au bord de l’eau et beaucoup d’huile de coude : c’était le quotidien de nombreuses femmes qui se retrouvaient à la rivière pour laver le linge de la famille.

Avant l’arrivée des machines à laver, la lessive se faisait alors les pieds dans l’eau. Les vêtements étaient frottés sur une pierre ou à l’aide d’une brosse, puis rincés dans la rivière avant d’être étendu. Mais ce travail, long et fatigant, avait aussi une autre dimension : il permettait aux femmes de se retrouver.

La rivière devenait alors un véritable lieu de partage. On y venait en famille, entre voisines et amies. Entre deux vêtements à décrasser, on discutait, on riait et on confiait ses tracas du quotidien.

À Batimarais, Vimla Bungaroo Plaiche, 45 ans, garde encore ces souvenirs. Aujourd’hui, elle est engagée dans le social auprès des femmes, dans le Sud. «Depi mo zanfan, mo ti pe vinn lav linz isi. Mo ti pe vini avek mo bann gran fami ek sa ti’nn vinn enn tradision», raconte-t-elle.

À cette époque, le savon bleu National faisait partie de la panoplie de lavandière. Pour Vimla, il suffisait uniquement d’un morceau de ce savon, d’une brosse et d’un peu de force, pour venir à bout des taches.

Mais ce qui lui revient surtout en mémoire, c’est l’ambiance qui régnait au bord de la rivière. Les femmes ne venaient pas uniquement pour accomplir cette corvée domestique. Elles passaient du temps ensemble, plaisantaient et profitaient de ces moments de convivialité. Les abords de la rivière pouvaient être particulièrement animés. «Avan, ti ena boukou dimounn ki ti vinn lave isi», se souvient Vimla.

Ces rendez-vous au bord de l’eau ont également laissé leur empreinte dans les habitudes. «Mem mo ena masinn a lave, mo vinn larivier», dit-elle. Mais la vie a changé, son coût également Le savon National, autrefois incontournable, n’est plus aussi présent qu’avant. Aujourd’hui, Vimla utilise plutôt du savon au citron et, lorsque les moyens sont plus limités, une simple savonnette.

Elle constate surtout, qu’il est devenu difficile de consacrer autant de temps qu’autrefois à la lessive au bord de la rivière. Les machines à laver ont apporté rapidité et confort, mais elles ont aussi peu à peu fait disparaître ces moments collectifs. Ce qui prenait autrefois plusieurs heures peut aujourd’hui être fait en quelques minutes, sans quitter sa maison.

Pour Seewrani Gootun Ganga, 56 ans, la rivière c’est aussi des souvenirs d’enfance, parfois un peu moins sages. Elle se souvient qu’elle n’aimait pas aller à l’école et qu’elle préférait parfois se retrouver au bord de la rivière.

Mais ces escapades ne passaient pas toujours inaperçues. Lorsqu’elle voyait ses parents arriver avec une canne, elle savait déjà ce qui l’attendait : une raclée pour avoir séché l’école. Avec un sourire, elle raconte aujourd’hui ces souvenirs d’une époque où les enfants trouvaient mille façons de profiter de leur journée.

C’est peut-être cela qui rend ces souvenirs si précieux. La lessive était une tâche, mais elle était aussi un prétexte pour être ensemble.

De nos jours, il est rare de voir autant de personnes se retrouver au bord d’une rivière pour laver le linge. Pourtant, à Batimarais, la rivière continue de raconter cette histoire.

Une histoire de femmes, de familles, de savon bleu et de vêtements frottés sur les pierres. Mais surtout, une histoire de moments partagés, de rires et de souvenirs d’enfance qui continuent de vivre dans la mémoire de celles qui ont connu cette époque.

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