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Corriger les distorsions à l’origine de la pénurie des devises
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Corriger les distorsions à l’origine de la pénurie des devises
Le marché des changes ne s’est pas remis de la longue paralysie de l’activité économique pendant la période du grand confinement. Une période pendant laquelle les devises étrangères s’écoulaient dans le pays au compte-gouttes. Six ans après, les opérateurs comme les particuliers galèrent toujours quand il s’agit de s’approvisionner en devises étrangères, que ce soit pour régler leurs achats ou pour payer leurs matières premières. Car, valeur du jour, le marché du Forex fait toujours face à une série de distorsions.
À l’Assemblée nationale la semaine dernière, le Premier ministre a reconnu que le marché des changes reste sous tension. Ainsi, il devient de plus en plus problématique pour les banques et les cambistes de répondre à une demande croissante émanant des agents économiques pour des devises étrangères. Selon les chiffres compilés par la Banque de Maurice, les achats de devises étaient calculés à 7,4 milliards de dollars contre des ventes de 7,8 milliards de dollars en 2025. Il s’agit d’un record et d’une augmentation significative de 20 % par rapport à 2024. Pour cette année, les transactions en devises étrangères semblent emprunter une trajectoire similaire avec les achats de devises calculés à 5,16 milliards de dollars contre des ventes de 5,06 milliards de dollars pour la période du 1er janvier au 26 août.
L’une des principales distorsions affectant la disponibilité des devises est la pratique de rétention des devises ou hoarding. Concrètement, certains détenteurs de devises préfèrent les conserver afin de les vendre au moment opportun du fait qu’ils anticipent une dépréciation de la roupie face aux hard currencies, notamment le dollar, l’euro et la livre sterling. S’il promet des sanctions à l’encontre des opérateurs se livrant à du hoarding, Navin Ramgoolam n’a pas précisé si la Banque de Maurice va émettre une communication claire à ce sujet.
L’autre distorsion se rapporte au fait que les acquéreurs de villas de luxe dans le cadre de régimes agréés comme le Property Development Scheme réglaient leurs transactions en devises étrangères. Là encore, ces devises étaient conservées par certains vendeurs peu scrupuleux avec l’objectif de réaliser des plus-values ultérieurement. Face à cette situation, la parade trouvée par les autorités a été de légiférer pour que 85 % des achats dans les régimes immobiliers agréés soient payés en roupies mauriciennes. De facto, ce règlement contraint l’acquéreur à échanger ces devises contre des roupies avant d’effectuer l’achat.
Outre le hoarding, la distorsion majeure concerne la pratique de certaines banques à vendre de plus en plus les devises au taux forward. L’on se souviendra que c’est l’ancien Gouverneur de la Banque de Maurice, Rama Sithanen, qui avait révélé ce déséquilibre structurel inhérent au marché des devises. Il faut savoir que généralement, les banques vendent leurs devises au taux spot, c’est-à-dire au taux de change affiché. Or, dans la réalité, nombre d’opérateurs et de particuliers paient une prime sur le taux fixé par les banques. Cela parce qu’ils sont contraints d’acheter leurs devises en concluant un contrat à terme au taux forward. À l’époque, Rama Sithanen se disait exaspéré d’autant plus que certaines transactions au taux forward étaient conclues sur une très courte période, parfois sur 1 jour.
Depuis le départ de Rama Sithanen, la Banque de Maurice est, pour le moins, restée silencieuse sur les pratiques spéculatives autour de la vente des devises. Pourtant, l’on sait que le First Deputy Governor, Rajeev Hasnah, avait été chargé d’engager les discussions avec les banques sur la question du taux forward et du swap **des devises. Quelles en sont les retombées ? A-t-on pu corriger ce type de distorsion ? De même, il était question que la Banque de Maurice publie des directives dans l’optique de mieux réguler le marché des devises. Là encore, l’on s’attend à ce que le régulateur vienne de l’avant avec ce document qui permettra de promouvoir les meilleures pratiques sur les transactions de change.
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