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Interview
Arvin Boolell : «Nous devons construire un secteur agricole qui devient progressivement plus compétitif»
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Interview
Arvin Boolell : «Nous devons construire un secteur agricole qui devient progressivement plus compétitif»
Agriculture, sécurité alimentaire, pêche, industrie thonière et protection des zones humides : Arvin Boolell détaille ses priorités et les défis qui attendent son ministère. Le ministre défend sa stratégie pour réduire la dépendance aux importations, moderniser l’agriculture et la pêche, tout en reconnaissant une concurrence internationale de plus en plus rude.
Le «Wetlands Bill» avait déjà franchi l’étape de la première lecture avant d’être retiré. Comment expliquezvous que les chevauchements avec les lois relevant du ministère de l’Environnement n’aient pas été identifiés avant sa présentation au Parlement ?
Je pense que l’opposition fait toute une polémique pour rien et qu’elle a la mémoire courte. Ce n’est pas la première fois qu’un projet de loi est retiré après sa première lecture ou que le débat de la deuxième lecture n’a pas eu lieu. À titre de comparaison, l’amendement constitutionnel visant à faire de Maurice une République avait initialement été mis de côté en 1990 en raison de désaccords politiques, mais il n’avait pas été définitivement retiré.
En 2013, le Police and Criminal Bill avait été lu une première fois, mais n’avait pas été présenté en deuxième lecture en raison de points soulevés par le DPP de l’époque.
Et malgré le fait qu’un tel projet de loi figurait dans le programme du gouvernement dirigé par le MSM pour la période 2015-2019, le texte n’a pas vu le jour, malgré les assurances selon lesquelles il serait présenté de manière imminente. Entre 2016 et 2017, le gouvernement a organisé trois visites à Maurice de sir Geoffrey Rivlin afin d’aider à finaliser le projet de loi, que le gouvernement avait alors rebaptisé Police and Criminal Justice Bill.
Parfois, il y a trop d’amendements à prévoir. Il y a des discussions qui sont toujours en cours en ce qui concerne le Wetlands Bill et des précisions qui restent à définir. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de le retirer. Il n’y a aucun chevauchement. Au contraire, c’est dans la logique de la démocratie parlementaire. Le ministère de l’Environnement est venu avec certains points qu’il juge importants, alors que les discussions sont toujours en cours. Par ailleurs, la commission constitutionnelle chargée de la révision de la Constitution a pour mandat d’aborder le droit de la nature et de l’environnement. Il était donc judicieux de reconsidérer le texte.
Lorsqu’un projet immobilier entre en conflit avec la préservation d’une zone humide, quelle doit être, selon vous, la priorité : le développement ou la conservation ? Êtes-vous prêt à dire non à certains projets immobiliers ?
Je dis oui à des projets immobiliers, mais tout doit se faire dans le respect de la préservation environnementale. On ne doit pas oublier, par exemple, que nous sommes signataires de la Convention de Ramsar. Puis, nous ne sommes pas les seuls à décider. Il y a d’autres entités qui veillent à la protection des zones humides, comme le ministère du Logement ou encore celui de l’Environnement, ou le National Parks and Conservation Service (NPCS), sous l’égide de notre ministère. Nous travaillons en étroite collaboration en ce qui concerne le développement durable.
Vous encouragez un «retour à l’agriculture», notamment chez les jeunes. Mais avec le coût des terres, de la main-d’œuvre et des intrants, comment comptez-vous rendre concrètement l’agriculture suffisamment rentable pour attirer une nouvelle génération ?
Maurice ne pourra pas construire l’agriculture de demain en demandant simplement aux jeunes de devenir agriculteurs. Nous devons leur proposer de devenir des agri-entrepreneurs.
Un jeune Mauricien sera beaucoup plus attiré par l’agriculture s’il y voit un secteur offrant des perspectives en matière de technologie, d’innovation, d’entrepreneuriat et de création de valeur, plutôt qu’un travail physique exigeant et peu rémunérateur. Avec la rareté des terres, le coût élevé de la main-d’œuvre et le prix élevé des intrants, Maurice ne peut pas être compétitive en misant sur une production à bas coût. Nous devons être compétitifs par la productivité, la qualité, la technologie et la valeur ajoutée.
C’est pourquoi la FAREI encourage l’adoption de technologies telles que l’agriculture de précision, l’intelligence artificielle, l’agriculture protégée et l’agriculture verticale, qui permettent de produire davantage avec moins de terres, moins de main-d’œuvre et une utilisation plus efficace des intrants. Le lancement récent du Precision Farming/AI Food Production Scheme constitue un exemple concret de notre volonté d’aider les agriculteurs et les jeunes entrepreneurs à adopter ces technologies.
Mais l’intérêt pour l’agriculture doit commencer beaucoup plus tôt. Lors des Assises de l’Agriculture en janvier 2026, l’intérêt croissant des jeunes pour l’agriculture durable, la protection de l’environnement et une alimentation saine a été particulièrement encourageant. Nous y répondons notamment à travers la nouvelle école de formation de la FAREI à Wooton, où j’ai demandé que soient développées de nouvelles formations en agroécologie. Nos parcelles de démonstration en bioagriculture à Wooton et à la Flacq Model Farm offrent déjà des possibilités d’apprentissage pratique aux agriculteurs.
Nous devons également semer très tôt les graines de l’intérêt pour l’agriculture dans nos écoles. Cette année, la FAREI a mis en place une parcelle de bioagriculture à la James Toolsee Government School, à Curepipe. Par ailleurs, avec la Telecom Foundation et le ministère de l’Éducation, nous avons mis en place une ferme et un jardin sous abri à la Seewaa Bappoo SSS. Nous encourageons désormais les établissements scolaires à créer des clubs de jeunes pour l’agriculture. Ces initiatives peuvent paraître modestes aujourd’hui, mais elles constituent les graines des futurs entrepreneurs agricoles.
Mais l’entrepreneuriat a besoin d’un marché.
Nous devons donc passer d’un modèle où les agriculteurs produisent d’abord et cherchent un marché ensuite à un modèle où la production est guidée par la demande. L’agriculture contractuelle, déjà reconnue comme un mécanisme important dans le cadre du programme 25 by 35, peut mettre en relation les jeunes producteurs avec les supermarchés, les hôtels, les hôpitaux, les écoles et les transformateurs agroalimentaires. Elle leur donne davantage de visibilité sur ce qu’il faut produire, pour qui et à quel prix.
Maurice reste fortement dépendante des importations alimentaires. Quels sont les trois produits pour lesquels vous pensez pouvoir réduire significativement cette dépendance au cours des trois prochaines années, et de combien ?
Réduire notre dépendance aux importations, c’est produire plus intelligemment, et pas simplement davantage.
Maurice importe plus de 70 % de ses besoins alimentaires au coût de Rs 65 milliards. Mais ce chiffre comprend notamment le riz, la farine et les huiles alimentaires, des produits qui ne sont pas, ou difficilement, produits localement à grande échelle. Notre stratégie de substitution aux importations doit donc être ciblée et stratégique, et non indiscriminée.
Dans le secteur des légumes, Maurice produit déjà une part importante de sa consommation intérieure. Notre défi consiste également à réduire le coût des intrants nécessaires à cette production. Les engrais, les pesticides, les semences et autres intrants agricoles restent fortement dépendants des importations.
C’est précisément là que la recherche et l’innovation deviennent essentielles.
La FAREI développe les approches de bioagriculture et d’agroécologie, notamment à travers l’utilisation du compost et de méthodes alternatives de lutte contre les ravageurs et les maladies. Nous renforçons également la production locale de semences, notamment à travers la station de Barkly, afin de réduire progressivement notre vulnérabilité vis-à-vis des semences importées.
Nous devons également réfléchir à notre alimentation. Les produits de base tels que le riz et la farine de blé ne peuvent pas être remplacés du jour au lendemain.
Toutefois, nous pouvons progressivement développer la patate douce, le manioc et d’autres cultures locales riches en amidon comme alternatives nutritives, et développer des chaînes de valeur permettant leur transformation en farine et autres produits.
Il ne s’agit pas uniquement de sécurité alimentaire. Il s’agit également de sécurité nutritionnelle, particulièrement importante dans un pays confronté à une forte prévalence des maladies non transmissibles.
Les haricots constituent un autre exemple concret de ce que peut apporter une stratégie ciblée de substitution aux importations. Maurice a produit environ 2 526 tonnes de haricots et de pois en 2025, tout en important environ 1 708 tonnes de haricots. Au niveau actuel de productivité, environ 190 hectares supplémentaires pourraient potentiellement permettre de substituer ces importations. Les fèves ou haricots «horse beans» constituent également une opportunité, avec environ 891 tonnes importées, nécessitant une superficie supplémentaire estimée à 186 hectares pour une substitution équivalente.
Mais la réponse ne consiste pas simplement à mettre davantage de terres en culture. Ces chaînes de valeur doivent être développées autour de l’agriculture contractuelle, de mécanismes de prix appropriés, de la mécanisation et de l’agrotransformation, afin de transformer une production saisonnière en une offre fiable disponible toute l’année. C’est précisément ce type d’opportunité que le programme 25 by 35 doit identifier.
Les producteurs se plaignent régulièrement des coûts de production, du manque de maind’œuvre et de la concurrence des importations. Est-ce que le modèle agricole mauricien actuel est encore viable sans subventions importantes de l’État ?
Nous ne devons pas chercher à construire un secteur agricole qui dépend indéfiniment des subventions. Nous devons construire un secteur agricole qui devient progressivement plus compétitif grâce à l’investissement dans la transformation de son modèle de production.
La sécurité alimentaire a une valeur qui n’est pas toujours reflétée dans le prix du marché. La production locale renforce la résilience de Maurice face aux perturbations du transport maritime, aux chocs géopolitiques, aux fluctuations des taux de change et à la volatilité des prix internationaux.
La question ne devrait donc pas simplement être : «Comment supprimer les subventions ?», mais plutôt : «Comment faire en sorte que chaque roupie de soutien public contribue à accroître la productivité et la compétitivité ?»
Nous devons évoluer vers un modèle agricole commercial, fondé sur la technologie et orienté vers le marché : Produire ce que nous pouvons produire de manière compétitive. Produire davantage sur chaque hectare.
Produire davantage avec chaque travailleur. Utiliser la technologie pour répondre à la rareté de la maind’œuvre. Utiliser l’innovation pour réduire le coût des intrants.
Relier la production à des marchés garantis et créer davantage de valeur à partir de ce que nous produisons.
Dans ce modèle, le soutien public reste important, mais sa finalité doit évoluer. Plutôt que de compenser durablement des coûts de production élevés, les subventions et les aides doivent de plus en plus permettre aux agriculteurs et aux entrepreneurs d’investir dans les technologies, les infrastructures, la recherche, la mécanisation et les compétences qui permettront de réduire ces coûts.
C’est cette transformation dont nous avons besoin.
L’avenir de l’agriculture mauricienne ne peut pas reposer sur davantage de main-d’œuvre et davantage de subventions. Il doit reposer sur davantage de connaissances, davantage de technologie, davantage de productivité et davantage de valeur ajoutée.
C’est l’esprit même de 25 by 35 : produire davantage de ce que nous consommons, consommer davantage de ce que nous produisons et construire un secteur agricole résilient, compétitif et attractif pour la prochaine génération.
Vous avez fixé l’objectif de tripler la production locale de poisson, de 5 000 à 15 000 tonnes en trois ans. Comment comptez-vous produire 10 000 tonnes supplémentaires et quelle part viendra de l’aquaculture, de la pêche semi-industrielle et de la pêche industrielle ?
L’objectif de passer de 5 000 à 15 000 tonnes repose sur une combinaison de développement de la pêche, de meilleure valorisation des captures existantes et d’un changement d’échelle de l’aquaculture. Les projections sectorielles permettent même de viser environ 15 620 tonnes.
Les 10 000 tonnes supplémentaires proviendraient principalement de quatre leviers.
Pêche industrielle et thonière :
environ 6 000 tonnes supplémentaires, grâce surtout au débarquement à Maurice des prises accessoires des palangriers opérant dans notre zone économique exclusive (ZEE). La nouvelle réglementation sur les by-catch doit encourager le débarquement de ces captures, estimées à environ 2 500 tonnes par an, tandis que le développement de la pêche industrielle sur les bancs pourrait apporter environ 1 000 tonnes.
Pêche semi-industrielle :
la flotte passerait progressivement de 45 à environ 65 navires. Les nouveaux navires devraient apporter environ 840 tonnes supplémentaires dans la pêche démersale, auxquelles pourrait s’ajouter le développement de la pêche semi-industrielle à la palangre ciblant l’albacore.
Aquaculture :
l’objectif est de porter la production destinée au marché local à environ 1 000 tonnes, notamment grâce aux nouveaux projets de culture de red drum, aux zones de pisciculture en mer, aux barachois et au développement de nouvelles espèces. Un projet à lui seul, celui d’Abagold, prévoit environ 1 000 tonnes de red drum. Il faut toutefois distinguer la production aquacole totale de la production réellement destinée à la consommation locale, car une grande partie de l’aquaculture actuelle est exportée.
Pêche côtière et FAD :
nous voulons également déplacer une partie de l’effort de pêche vers des zones plus productives hors lagon, notamment grâce aux canottes et aux FAD intelligents. Cela doit permettre d’augmenter progressivement les captures tout en réduisant la pression sur les lagons.
Il ne s’agit donc pas de demander 10 000 tonnes supplémentaires à une seule activité. Nous voulons diversifier les sources de production : renforcer la pêche semi-industrielle, relancer certaines pêcheries industrielles, mieux valoriser les prises accessoires des thoniers et accélérer fortement l’aquaculture. C’est cette combinaison qui doit permettre d’atteindre les 15 000 tonnes de production locale en trois ans, tout en améliorant la disponibilité du poisson sur le marché mauricien et les revenus des pêcheurs.
Notre industrie thonière a besoin d’importantes quantités de matière première étrangère pour faire fonctionner ses usines. Peut-on réellement parler d’une industrie mauricienne durable lorsqu’elle reste aussi dépendante du poisson capturé ailleurs ?
Notre industrie thonière est profondément ancrée à Maurice. Elle représente environ Rs 14 milliards de recettes d’exportation par an et quelque 6 000 emplois directs. Ce n’est donc pas simplement une activité de transformation étrangère installée à Maurice : elle fait partie de notre tissu industriel et de notre économie bleue.
Mais je ne veux pas cacher la réalité : une partie importante de la matière première provient de captures réalisées par des flottes étrangères. C’est précisément pourquoi nous devons progressivement remonter dans la chaîne de valeur.
Maurice possède une immense ZEE et nous devons mieux exploiter les possibilités qu’elle offre. Le développement d’une flotte semiindustrielle à la palangre, avec cinq navires ciblant notamment l’albacore, pourrait produire environ 1 500 tonnes par an. Nous devons également mieux valoriser les prises accessoires des navires opérant dans notre ZEE : jusqu’à 2 500 tonnes pourraient être débarquées annuellement à Maurice.
Notre objectif n’est donc pas de remplacer du jour au lendemain la matière première étrangère. Ce serait irréaliste. Notre objectif est d’augmenter progressivement la part de poisson que nous contrôlons, débarquons et valorisons nous-mêmes.
J’ai dit que le thon est notre «or blanc». Mais si nous voulons que cet or blanc profite davantage à Maurice, nous devons maîtriser davantage de maillons : pêche, débarquement, transformation, logistique et commercialisation.
C’est cela, pour moi, la véritable souveraineté alimentaire et maritime.
Maurice doit affronter les Seychelles et Madagascar, mais aussi la Thaïlande et l’Équateur. Sur les coûts de production, nous ne pouvons probablement pas battre certains de ces concurrents. Alors, sur quoi repose concrètement notre avantage compétitif pour les cinq prochaines années ?
Je ne crois pas que Maurice doive essayer de gagner une guerre des prix contre la Thaïlande ou l’Équateur. Ce serait une erreur stratégique.
Notre avantage doit être ailleurs, soit dans la qualité, la traçabilité, la fiabilité, la proximité des marchés, la transformation à forte valeur ajoutée et la qualité de notre environnement d’affaires. Nous avons déjà une industrie de transformation reconnue et une position stratégique dans l’océan Indien. Nous devons transformer cette position géographique en véritable avantage logistique.
Notre deuxième avantage est notre accès préférentiel à certains marchés, notamment européens. Mais cet avantage n’est plus acquis. J’ai moi-même averti récemment que notre traitement préférentiel devenait de plus en plus fragile face à la concurrence et que «the game is over» si nous continuons à penser que les préférences commerciales suffiront.
Depuis mai, le Royaume-Uni a suspendu jusqu’à fin 2028 les droits de douane de 20 % sur certaines importations mondiales de thon, ce qui réduit l’avantage préférentiel de Maurice. Deux mois après vos premières démarches, qu’avez-vous concrètement obtenu de Londres ?
Lorsque Londres a annoncé cette évolution tarifaire, nous avons contesté le fait que Maurice soit mise sur le même plan que des producteurs qui ne bénéficient pas du même niveau d’engagement, de normes et de partenariat avec le Royaume-Uni.
J’ai dit clairement que le traitement préférentiel dont bénéficie Maurice n’était pas un cadeau. Nous l’avons mérité par des années d’investissement, de conformité et d’intégration dans les chaînes de valeur internationales.
Le gouvernement a donc engagé les démarches diplomatiques et commerciales nécessaires auprès des autorités britanniques. Mais je préfère être prudent : je ne vais pas annoncer un résultat que nous n’avons pas encore obtenu.
À ce stade, notre responsabilité est de continuer à négocier avec Londres, de défendre notre accès préférentiel et de démontrer la valeur stratégique de notre industrie pour le marché britannique.
Vous aviez déclaré que le traitement préférentiel accordé à Maurice n’était «pas un cadeau». Si Londres ne revient pas sur sa politique tarifaire, avez-vous un plan B pour protéger les emplois et les exportations de l’industrie thonière ?
Oui. Et nous devons avoir un plan B précisément parce que nous ne pouvons pas contrôler les décisions commerciales du Royaume-Uni.
Le premier élément du plan B est la diversification des marchés. Nous devons consolider nos marchés européens, développer d’autres débouchés et éviter qu’une industrie stratégique dépende excessivement d’un seul marché.
Le deuxième est la montée en gamme. Si notre compétitivité ne peut pas reposer uniquement sur le prix, elle doit reposer davantage sur la qualité, la traçabilité, la durabilité et la valeur ajoutée. Le troisième est la réduction de certains coûts structurels : énergie, logistique, stockage, transformation et transport.
Le quatrième est l’intégration locale. Nous devons augmenter la part de matière première que nous pouvons produire ou débarquer nousmêmes et développer davantage la transformation à Maurice.
Enfin, le nouveau port de pêche et le hub de transformation peuvent jouer un rôle déterminant. Nous devons pouvoir accueillir, débarquer, stocker, transformer et expédier les produits de manière plus efficace.
Vous avez lancé un appel aux investisseurs pour développer la pêche industrielle et semiindustrielle. Combien d’investisseurs ont répondu à cet appel et combien de projets concrets sont aujourd’hui en préparation ?
Il faut distinguer les projets déjà engagés des projets encore au stade de l’expression d’intérêt.
Dans la pêche semi-industrielle, nous avons un programme très concret : la flotte doit passer de 45 à environ 65 navires. Douze navires sont actuellement en construction et huit autres doivent être acquis dans le cadre du programme prévu jusqu’à 2027-2028.
Pour la pêche industrielle des bancs, nous envisageons l’arrivée de cinq navires capables de produire environ 1 000 tonnes par an. Nous travaillons également sur le développement d’une flotte semiindustrielle de cinq palangriers pour l’albacore. Du côté de l’aquaculture, plusieurs projets privés sont également en cours d’évaluation ou déjà attribués. Abagold, par exemple, a obtenu trois zones de pisciculture dans le Sud-Est pour un projet de red drum d’environ 1 000 tonnes, représentant un investissement annoncé d’environ Rs 300 millions.
Nous avons également des projets dans les crevettes, le barramundi et d’autres formes d’aquaculture.
Je ne veux toutefois pas gonfler artificiellement les chiffres en présentant chaque manifestation d’intérêt comme un investissement acquis. Notre priorité est maintenant de convertir les projets en investissements réels, avec des bateaux, des emplois, des débarquements et de la production.
Vous présentez Saya de Malha comme un immense réservoir de carbone et un potentiel économique. Mais quelle activité commerciale peut réellement y être développée sans endommager un écosystème que vous voulez justement protéger ?
La première activité économique que nous devons développer autour de cette ressource est la science : cartographier, mesurer le carbone, surveiller la biodiversité et établir ce qui peut être exploité durablement.
Nous pouvons ensuite envisager des activités compatibles avec la conservation : pêche responsable fondée sur les stocks disponibles, recherche scientifique, crédits carbone lorsqu’ils sont scientifiquement certifiés, surveillance environnementale et certaines activités de l’économie bleue à faible impact.
Nous avons également évoqué Agalega comme plateforme logistique potentielle, avec des capacités de stockage frigorifique permettant de mieux valoriser les captures autorisées dans cette région.
Vous souhaitez que les pêcheurs artisanaux quittent davantage le lagon pour pêcher au large. Après le récent décès d’un pêcheur de Cap-Malheureux, quelles mesures concrètes allez-vous prendre concernant les bateaux, les équipements de sécurité, la formation et les systèmes de localisation ? Le gouvernement vient justement d’annoncer des aides pour permettre l’acquisition de bateaux plus adaptés à la pêche au large.
Le décès du pêcheur de Cap-Malheureux nous rappelle une chose essentielle : nous ne pouvons pas demander à un pêcheur d’aller au large avec les moyens d’une pêche lagonaire.
J’ai rencontré la famille et présenté mes condoléances. J’ai également insisté sur la nécessité de donner aux pêcheurs les équipements et les infrastructures nécessaires pour aller en mer en sécurité. Le gouvernement a déjà prévu des aides pour permettre aux pêcheurs d’acquérir des bateaux plus grands et mieux adaptés à la pêche hors lagon.
Le programme des Canottes va dans cette direction. Pour 2026-2027, Rs 24 millions sont prévues pour permettre le financement d’environ 80 nouvelles embarcations. Ces bateaux disposent notamment de meilleurs équipements de navigation, de communication et de sécurité.
Nous devons maintenant renforcer quatre éléments.
Premièrement, le bateau : il doit être adapté aux conditions de mer hors lagon, et pas simplement être une embarcation lagonaire équipée d’un moteur plus puissant.
Deuxièmement, la sécurité : gilets, moyens de communication, équipements de détresse, navigation et équipements permettant aux autorités de localiser rapidement un pêcheur en difficulté.
Troisièmement, la formation : navigation, météo, sécurité maritime, gestion du bateau et techniques de pêche hors lagon. Quatrièmement, la localisation et l’alerte : nous devons accélérer l’utilisation des technologies permettant de suivre les embarcations et de détecter rapidement une situation anormale.
Nous travaillons également avec le PNUD et le Global Water Partnership Southern Africa afin de mobiliser davantage de soutien pour notre communauté de pêcheurs artisanaux.
Au-delà des démissions et des controverses, quel est votre objectif chiffré concernant les chiens errants ? À quelle échéance les Mauriciens doivent-ils pouvoir constater une amélioration visible sur le terrain ?
Nous avons une nouvelle Chairperson à la tête de la MSAW et, en parallèle, il y a une task force qui se penche sur le dossier des chiens errants au sein du ministère. Je dois dire que nous faisons de notre mieux pour tacler ce problème des chiens errants, notamment à travers le renforcement du programme de Catch-Neuter-Release.
Pour 2026-2027, nous avons consacré Rs 20 millions à la poursuite et à l’intensification des campagnes gratuites de stérilisation. Nous allons augmenter la couverture territoriale, travailler davantage avec les collectivités locales, poursuivre les caravanes mobiles et renforcer la collaboration avec les vétérinaires privés.
Notre véritable objectif n’est donc pas de présenter un chiffre spectaculaire. Il est de faire en sorte qu’année après année, le nombre de naissances et d’abandons cesse d’alimenter la population errante et que le nombre de chiens stérilisés dépasse durablement le renouvellement de cette population.
Et je veux être jugé sur des résultats concrets : davantage de chiens stérilisés et identifiés, moins d’abandons, davantage d’adoptions et, surtout, une diminution visible de la présence de chiens errants dans les rues, les quartiers et les lieux publics. Pour cela, nous demandons également aux propriétaires de prendre leurs responsabilités.
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