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L’identité mauricienne existe : Nous sommes tous des «créoles» parce que de sangs entre… mêlés

4 septembre 2026, 22:00

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L’identité mauricienne existe : Nous sommes tous des «créoles» parce que de sangs entre… mêlés

Un Mauricien pur-sang, ça n’existe pas. Notre pays était une île volcanique déserte sans aucun indigène. Des humains de toutes nationalités sont venus s’y établir. Les Britanniques ont opté pour la solution de communautarisme qui depuis joue un rôle primordial. Divide to rule. Ce compartimentage se voulait étanche, mais les digues ont sauté depuis belle lurette.

La mentalité a voulu perpétuer cette étanchéité, mais nous sommes le pays des... fuites et des crevasses ! Chacun se targue de ses origines ancestrales qui sont toutes présentes dans notre ADN. Tout dépend du sens que l’on donne au mot «créole». L’heure est enfin venue du Kreol Morisien (KM) et ce, presque unanimement. Comment nier ce vécu national ?

Sens en français

Est créole en langue française un descendant de colons européens né dans les îles. En passant, Bob Marley est un «créole», né d’un père militaire blanc d'origine anglaise et de mère jamaïcaine.

En vérité pour la langue française, les Créoles mauriciens sont les Franco-Mauriciens. Ces derniers ne revendiquent pas une telle appellation. Les Franco-Mauriciens se veulent sans mélange. C’est le mindset local.

Ailleurs, il y a eu des créoles célèbres comme Joséphine de Beauharnais, l’épouse de Napoléon Bonaparte. Nous en trouvons dans l’histoire, la littérature, la politique et les arts. N’est-ce pas M. Jean-Marie Gustave Le Clézio ? Ce serait étonnant que ce grand écrivain ne revendique pas sa «créolité» dans le sens français du terme. On en trouve à La Réunion, dans les Antilles françaises et même en Louisiane.

Sens à Maurice

Ça n’a rien à voir avec la langue française. Le terme «créole» chez nous s’applique aux sangs-mêlés de toutes origines. C’est un mot-valise, un fourre-tout dans lequel on trouve tout et son contraire. On y entre ou on en sort depends on where the wind blows. Il s’applique au départ aux descendants d’esclaves, ce qui est loin de ce que l’on constate sur le terrain. Le séga évoque d’ailleurs souvent «race mélangée», du petit au grand créole. Eh oui, une hiérarchie existe dans cette communauté dite créole puisqu’on y trouve toutes les nuances de la classe ouvrière au créole bourgeois. Le mindset local veut qu’on ne les confonde pas.

Ça va même plus loin dans l’étiquetage. Allez expliquer à un étranger ce qu’est un «kreol sinwa» ou encore enn «madras batize». Et un «milat» ? C’est alors que l’appartenance religieuse entre en jeu. Localement, un Mauricien appartenant à la communauté créole ne peut pas être un hindou ou un musulman pour des raisons religieuses. Version officielle et non officieuse qui est plus nuancée. Nous y reviendrons.

L’art du compartimentage pratiqué dans la communauté créole débouche sur les Afro-Créoles, les Indo-Créoles, les Créoles d’origine chinoise. Et pour des raisons obscures à certaines périodes, on y inclut même parfois des Franco-Mauriciens, histoire de gonfler la représentativité. Les voies de la politique et du découpage des circonscriptions sont parfois impénétrables. Seul le personnel politique s’y retrouve. Chiffres en poche.

Un Mauricien tout court

Voilà qui va faire hurler. Le slogan enn sel lepep, enn sel nasion affiche l’unité dans le pays, mais ce n’est qu’une vitrine que l’on exhibe dans certaines circonstances. Il est un fait indéniable que l’on refuse de décortiquer, de fouye les archives. Nous sommes en réalité beaucoup plus mélangés le temps passant et les rencontres se multipliant, qu’on ne veut bien l’admettre. On nous a fait croire qu’il fallait s’accrocher à notre appartenance communale pour sauvegarder une identité étriquée, mot galvaudé s’il est dans le contexte local.

Nous n’avons tous qu’une seule identité. Nous sommes des Mauriciens tout court. C’est le cas au sein de la diaspora. Voyons la réalité en face. Pendant des décennies, il n’y aurait donc pas eu de relations non tolérées entre ces différentes communautés ou castes ou couleurs de peau. Où allonsnous donc caser un Créole qui se convertirait à l’hindouisme ou l’inverse ? Sur une île aussi étroite, comment éviter humainement des croisements inévitables qui gonflent le nombre de sangs-mêlés que constitue notre population ? Si on pouvait analyser l’ADN de tous les habitants, que de surprises agréables pour certains, insupportables pour d’autres, en découvrant la vérité sur le sang qui coule dans leurs veines.

La quête du mauricianisme est permanente, mais il existe déjà. Nous refusons obstinément de l’admettre parce que cela ébranlerait nos appartenances. Prenons un exemple tout simple. Le curry indien n’est-il pas devenu le plat national ? Le briyani musulman n’est-il pas apprécié de tous ? La cuisine dite européenne ne fait-elle pas les délices de tout un chacun ? Les plats chinois ne se retrouvent-ils pas sur toutes nos tables ? Ce n’est pas une simple histoire de cuisine, mais une forme tangible d’intégration.

Le nombre de mariages mixtes est sensiblement en hausse, mais les liaisons dites... dangereuses existent et donnent naissance à des sangs-mêlés que l'on affuble d'étiquettes séparatistes. Et quelle diversité de couleurs de peau ! Du noir africain aux taches de rousseur en passant par toute une palette. Qui ne se déhanche pas même sur sa chaise sur un séga épidermique ou encore sur des déhanchements sexy dans les films de Bollywood ? Que faut-il donc pour que nous ouvrions nos yeux sur nous-mêmes que ce soit à GrandBassin, au pèlerinage du père Laval, au Cavadee, pour l’Eid ou le Nouvel An chinois. On se rassemble et on se ressemble pour le meilleur comme pour le pire.

La notion de «créolité» ne serait-elle pas synonyme de mauricianisme ? Il suffirait de corriger la boussole qui régulerait le mindset.

Dal pouri pou enn sel nasion.

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