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Ne pas s’aventurer la fleur au fusil sur le terrain de l’IA
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Ne pas s’aventurer la fleur au fusil sur le terrain de l’IA
Une étude du Massachusetts Institute of Technology publiée à la mi-août vient jeter un pavé dans la mare. Elle révèle que 95 % des entreprises ayant adopté des stratégies centrées sur l’intelligence artificielle (IA) n’ont pas été en mesure de réaliser des retours sur investissement mesurables. Ce taux d’échec extrêmement élevé est le résultat, d’une part, d’un déficit d’apprentissage et d’une mauvaise intégration de l’IA dans le processus organisationnel et, d’autre part, de blocages au sein même des entreprises avec pour conséquence que les outils IA n’arrivent pas à s’adapter aux flux de travail.
Ainsi, contrairement à une certaine perception, l’adoption de l’IA dans les entreprises n’est pas synonyme de facto de meilleure productivité et d’un retour sur investissement garanti. Sur le papier, l’IA est perçue comme une solution pour réduire les coûts. C’est d’ailleurs un fait que certaines tâches administratives et chronophages peuvent être réalisées par l’IA avec un certain degré d’exactitude. Aujourd’hui, des outils comme Regate by Qonto sont utilisés couramment par les entreprises pour effectuer les opérations comptables. Mais l’utilisation de l’IA générative comporte également des risques. Du reste, les experts en stratégie IA le concèdent : l’IA est un outil probabiliste avec un taux de fiabilité de 80 % dans la majorité des cas. Cette marge d’erreur est susceptible d’augmenter s’il y a au départ une réticence des collaborateurs à fournir systématiquement les informations à la machine.
Avant de s’engager concrètement dans une stratégie tournée vers l’IA, il y a toute une réflexion stratégique dans laquelle les entreprises doivent s’engager. D’abord, il y a l’aspect du coût. Prendre un abonnement à ChatGPT ou à Gemini, c’est bien pour fluidifier certaines opérations de back-office, mais ces outils sont largement inadaptés pour permettre à une entreprise de réaliser des économies d’échelle. Il y a un investissement à consentir pour faire de l’IA le moteur d’une organisation. Les experts en stratégie IA travaillant avec les entreprises mauriciennes avancent différents chiffres. Dans le cas d’une PME, le coût du déploiement de l’IA peut se situer autour de 7 000 à 10 000 euros, confie l’un d’eux. Un second expert situe le processus d’automatisation d’une PME dans la fourchette de 6 000 à 15 000 euros dépendant de la nature des activités de l’entreprise. À cela, il faut ajouter un coût de fonctionnement pouvant aller jusqu’à 8 000 euros par an. Ces investissements grimpent crescendo dans le cas des entreprises dont les activités sont fortement réglementées, comme les banques ou les sociétés financières. Dans leur cas, l’investissement requis pour construire le système est à partir de Rs 3 millions et, dans certains cas, peut dépasser les Rs 10 millions. Sans compter le coût de fonctionnement qui excède les Rs 2 millions par an.
Outre l’aspect du coût, le facteur à prendre en considération est l’alignement de la stratégie IA sur le processus organisationnel. Cette étape nécessite une bonne préparation. D’où la nécessité de ne pas s’aventurer la fleur au fusil en terrain inconnu, mais de confier à un expert en stratégie IA la mission de piloter le projet. Il est recommandé de suivre ce chemin si on ne veut pas se retrouver dans la statistique de ces entreprises ayant échoué dans leurs investissements en IA.
Comment cela se passe ? Un expert explique qu’il est, avant tout, primordial que les membres du conseil de direction s’accordent sur une vision commune par rapport à la stratégie de déploiement de l’IA. Par la suite, il s’agit de désigner des «AI Champions», de préférence des cadres intermédiaires, dont la mission est de disséminer la vision du top management et de s’assurer de la bonne mise en œuvre du cahier des charges établi. Et, finalement, il est nécessaire de former les collaborateurs à la nouvelle stratégie. À ce sujet, il est utile de préciser que le Human Resources Development Council rembourse jusqu’à 90 % les coûts de formation en intelligence artificielle.
Par ailleurs, l’adoption de l’IA dans les entreprises pose souvent des questions d’éthique, de transparence et d’authenticité dans la création de contenus générés par l’IA générative, notamment dans les métiers créatifs, le monde universitaire ou encore le journalisme. En 2024, le Parlement européen a adopté l’IA Act, qui fait notamment provision pour que les contenus créés par l’IA soient dûment signalés par un système de marquage. De plus, le Financial Times a rappelé dans une note publiée le 18 août dernier que son code de déontologie prohibe strictement l’utilisation de l’IA dans le processus rédactionnel. Alors que l’IA se déploie rapidement à Maurice, il est temps que les autorités légifèrent sur son application.
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