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Drogue

Le recrutement présumé de «mules» en Angleterre interpelle les enquêteurs mauriciens

29 août 2026, 12:00

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Le recrutement présumé de «mules» en Angleterre interpelle les enquêteurs mauriciens

Deux arrestations effectuées à l’aéroport de Plaisance en l’espace de quelques jours mettent en lumière un mode opératoire auprès des trafiquants de drogue qui semble prendre de l’ampleur : le recours présumé à des voyageurs établis à l’étranger pour introduire de la drogue à Maurice. Dans les deux cas récents, les suspects sont d’origine chagossienne et vivent en Angleterre. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer qui se trouve derrière ces opérations.

L’aéroport international sir Seewoosagur Ramgoolam est une nouvelle fois au centre d’une enquête portant sur l’importation de stupéfiants. Mais au-delà des quantités saisies, c’est surtout le profil des personnes arrêtées et leurs connexions présumées qui retiennent l’attention.

Deux Mauriciens d’origine chagossienne, tous deux établis en Angleterre, ont été arrêtés à quelques jours d’intervalle après leur arrivée à Maurice. Les investigations menées par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) cherchent notamment à établir s’ils ont été recrutés comme simples passeurs ou s’ils avaient un rôle plus important dans le trafic.

Le premier dossier remonte au 20 août. Stephano Lafolle, 48 ans, chauffeur de bus installé en Angleterre, est arrivé à Maurice après un passage par Francfort. Le contrôle de ses bagages a permis de mettre au jour 20,42 kilos de cannabis et 15,46 kilos de résine de cannabis. La cargaison, d’un poids total de près de 36 kilos, est évaluée à environ Rs 54 millions sur le marché local.

Plutôt que de clore l’opération avec l’arrestation du voyageur, les enquêteurs ont cherché à identifier le destinataire de la marchandise. Une livraison surveillée a été mise en place et a conduit à l’interpellation et à l’arrestation de deux hommes, à savoir Dhaneshwar Beegun, 44 ans, un habitant de Bois-d’Oiseau et Sudhakur Sharma Seeparsad, 43 ans, domicilié à Roches-Noires. Des téléphones portables et de l’argent liquide ont également été saisis.

Le 24 août, une autre voyageuse, Marie Nija Crystal Judy Fournier, a été interceptée à l’aéroport. Cette jeune femme de 21 ans, également d’origine chagossienne, vit elle aussi en Angleterre. Arrivée de Dubaï à bord d’un vol Emirates, elle transportait plusieurs boîtes de jouets. C’est à l’intérieur de celles-ci qu’une pâte soupçonnée d’être une drogue dangereuse a été découverte. La quantité saisie est estimée à 2,86 kilos, pour une valeur qui avoisinerait Rs 50 millions.

Une nouvelle opération de livraison surveillée a ensuite été organisée. Elle a permis l’arrestation du frère de la voyageuse, soit Warren Dylan Fournier, 31 ans, un musicien habitant Roche-Bois, considéré comme un contact présumé dans cette affaire.

La similitude entre les deux opérations ne réside donc pas uniquement dans le fait qu’elles se soient déroulées à l’aéroport. Dans les deux cas, les enquêteurs ont tenté de remonter la chaîne au-delà de la personne qui transportait la drogue.

Qui recrute les passeurs ? C’est précisément cette question qui se trouve aujourd’hui au cœur des investigations. Les personnes arrêtées à l’aéroport peuvent n’être que les derniers maillons d’une organisation dont les principaux acteurs se trouvent à distance. Le recrutement de voyageurs constitue pour les trafiquants un moyen de faire circuler les marchandises sans nécessairement les exposer directement.

Dans les deux affaires récentes, les enquêteurs doivent ainsi déterminer dans quelles circonstances les suspects ont accepté de voyager avec les marchandises, qui leur aurait remis les colis et avec qui ils étaient en contact avant leur départ. Les téléphones saisis pourraient fournir des éléments importants. Les communications, les échanges avec des contacts locaux et les éventuelles connexions avec d’autres personnes à l’étranger seront examinés dans le cadre de l’enquête.

Les investigations s’intéressent notamment à Crawley, dans le West Sussex, où vit une importante communauté mauricienne d’origine chagossienne. La piste ne signifie évidemment pas que la communauté chagossienne de Crawley serait impliquée dans le trafic. Les soupçons concernent des individus précis et une éventuelle organisation criminelle.

L’objectif des enquêteurs serait plutôt de comprendre si certains contacts établis au Royaume-Uni participent au recrutement de voyageurs destinés à transporter des stupéfiants vers Maurice. Cette hypothèse prend davantage de poids lorsqu’elle est mise en perspective avec plusieurs dossiers enregistrés ces dernières années.

En effet, en janvier dernier, un jeune Mauricien de 18 ans avait déjà été arrêté à l’aéroport après son arrivée de Londres-Heathrow. Les policiers avaient découvert dans ses bagages plus de 2 kilos de substances soupçonnées d’être destinées à la fabrication de drogue synthétique. L’enquête avait également donné lieu à une opération visant à identifier la personne censée récupérer la marchandise à Maurice. Ces affaires sont distinctes et rien ne permet, à ce stade, d’affirmer qu’elles relèvent d’une seule et même organisation.

Pour l’ADSU, les prochaines étapes pourraient être déterminantes. L’analyse des téléphones et des communications pourrait permettre d’identifier les intermédiaires, les recruteurs et les destinataires. Car derrière chaque «mule» arrêtée à l’aéroport, les enquêteurs cherchent désormais à savoir combien d’autres personnes interviennent dans la chaîne.

Les arrestations d’août pourraient ainsi ne constituer que le début d’une enquête plus vaste. Si des liens entre les différents suspects et des contacts établis au Royaume-Uni sont confirmés, les autorités mauriciennes pourraient être amenées à approfondir la dimension internationale de ces réseaux.

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