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Poisson
Les importations nourrissent aussi une industrie tournée vers l’export
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Poisson
Les importations nourrissent aussi une industrie tournée vers l’export
Les chiffres transmis par le ministère de l’Agro-industrie et de la Pêche apportent un éclairage à une question soulevée par plusieurs lecteurs après notre éditorial Why is an island importing fish? – consacré notamment à l’ambition du ministre Arvin Boolell de porter la production halieutique mauricienne à 15 000 tonnes. Quelle part du poisson importé est réellement destinée à la consommation locale et quelle part sert à alimenter l’industrie de transformation, notamment pour l’exportation de produits à base de thon ? La réponse est loin d’être anodine.
En 2025, Maurice a importé au total quelque 107,4 millions de kilos de poissons et de produits de la mer, contre 91,1millions en2024, soit une hausse d’environ 18%. Mais ces chiffres bruts donnent une image incomplète de la dépendance alimentaire du pays. Une grande partie des volumes importés n’est pas destinée directement aux consommateurs mauriciens.
Selon les données de l’Import & Export Unit du ministère, les importations destinées à la consommation locale – poissons et produits congelés, réfrigérés, en conserve, séchés et transformés – ont représenté environ 20,6 millions de kilos en 2025, contre 17,4 millions en 2024. Cette progression est elle aussi d’environ 18 %, mais ces volumes ne représentent qu’une fraction relativement limitée de l’ensemble des importations.
Nuance au débat
Le reste est dominé par les importations destinées à la transformation. À elles seules, les importations de thon et d’espèces apparentées destinées au processing pour le marché local et l’exportation ont atteint 85,55 millions de kilos en 2025, contre 72,46 millions en 2024. S’y ajoutent 1,28 million de kilos de barracouta destinés à être transformés en snoek, contre 1,18million un an plus tôt. Autrement dit, près de 87millions de kilos de matière première ont été importés en 2025 pour alimenter la transformation, soit plus de quatre fois les volumes importés pour la consommation locale tels que recensés par le ministère.
L’industrie transforme effectivement une part substantielle de cette matière première pour les marchés extérieurs. Les exportations de thon et d’espèces apparentées transformés par Princes Tuna Mauritius –notamment sous forme de conserves, de produits en sachet ou en bocaux – ont atteint 49,13millions de kilos en 2025, contre 45,14 millions en 2024.
Il faut toutefois éviter une lecture trop mécanique de ces deux chiffres. Les 85,55 millions de kilos importés pour transformation ne peuvent pas être comparés tonne pour tonne aux 49,13 millions de kilos exportés. Les données d’importation correspondent à la matière première, tandis que les volumes exportés concernent des produits transformés, un processus qui modifie nécessairement les quantités. Une partie de cette production est par ailleurs destinée au marché mauricien. Ces chiffres changent donc quelque peu la perspective ouverte par notre précédent éditorial.
La forte dépendance de Maurice aux importations de poisson ne signifie pas uniquement que le pays s’approvisionne largement à l’étranger pour répondre à la demande locale. Elle reflète aussi le fonctionnement d’une importante industrie de transformation, qui importe du poisson, lui ajoute de la valeur à Maurice, puis en réexporte une partie sous forme de produits finis. C’est précisément là que se situe l’enjeu du futur secteur halieutique mauricien.
L’objectif des 15 000 tonnes de production locale ne devrait pas être évalué uniquement à l’aune des importations destinées à la consommation. Il faut aussi se demander si une production locale accrue pourra, demain, fournir davantage de matière première à une industrie de transformation capable de créer de la valeur, des emplois et des recettes d’exportation. Les chiffres du ministère apportent ainsi une nuance au débat : Maurice n’est pas simplement un pays qui importe du poisson pour le consommer. C’est aussi une plateforme qui importe du poisson pour le transformer et en exporter une partie.
La véritable ambition de l’économie bleue devrait donc être de déterminer quelle part de cette chaîne de valeur pourra, à terme, être alimentée par des ressources produites localement – sans pour autant épuiser celles de l’océan. Fournir davantage de matière première à l’industrie de transformation suppose toutefois plus qu’un objectif de production. Cela implique aussi une flotte de pêche capable d’exploiter davantage nos ressources, une remise en question des permis de pêche accordés à des pays tiers et une capacité accrue à piloter, surveiller et valoriser notre Zone économique exclusive.


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