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Protéger l’industrie locale dans un contexte de pression tous azimuts sur les prix
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Protéger l’industrie locale dans un contexte de pression tous azimuts sur les prix
À mesure que la guerre se prolonge au Moyen-Orient, la pression s’accentue sur les finances publiques. Face à un déficit du Price Stabilisation Account (PSA) ayant atteint Rs 3,5 milliards, la State Trading Corporation (STC) n’a eu d’autre choix que de majorer le prix de l’essence de l’ordre de 10 %. Préférant parler un langage de vérité, le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, a fait clairement comprendre que l’état financier de la STC est susceptible de se dégrader lors des semaines à venir, en indiquant qu’un creusement du PSA de Rs 250 millions s’est opéré en l’espace de sept jours. Ce qui n’augure rien de bon.
Face à cette situation, Maurice, en sa capacité d’importateur net de produits pétroliers, est réduit à l’impuissance. L’accord signé avec l’Inde devant garantir la sécurité énergétique du pays à la faveur d’un partenariat entre la STC et l’Indian Oil Corporation est, en soi, salutaire, mais il ne répond qu’à des priorités de long terme. À court et moyen termes, on n’a que très peu de visibilité. Le prix du Brent continue ces jours-ci à faire le yo-yo, fluctuant en fonction des annonces tantôt belliqueuses, tantôt rassurantes de Washington et de Téhéran.
À lundi, le Brent était en léger repli, affichant 91,30 dollars. Pour le moment, les marchés semblent s’accrocher à l’espoir que les sanctions économiques et financières prises par les États-Unis contre le régime iranien dans le cadre du D-Day économique pourraient contribuer à résoudre le conflit au Moyen-Orient. L’enjeu est, bien évidemment, le déblocage du détroit d’Ormuz par lequel transite environ 20 % du trafic mondial de produits pétroliers. Se dirige-t-on vraiment vers une résolution du conflit ou n’est-ce encore qu’une chimère ?
Au lieu de se voiler la face, il faut d’ores et déjà songer au pire des scénarios. À l’issue de la dernière réunion du comité de politique monétaire, la Gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor, partageait ses craintes d’une détérioration des principaux indicateurs macroéconomiques, anticipant une croissance molle de 2,8 % du PIB réel et un taux d’inflation de 5 % d’ici à fin 2026. Ce scénario paraît un peu optimiste compte tenu des vents contraires et des facteurs exogènes qui échappent à tout contrôle. Les prévisions de Statistics Mauritius d’un taux de croissance dans la fourchette de 2,4 % à 3 % semblent plus réalistes.
Concernant l’inflation, il est permis de penser que cet indicateur sous tension pourrait bien dépasser les 5 %. Le gouvernement s’est montré stratégique dans sa décision d’augmenter drastiquement le prix de l’essence tout en gardant celui du diesel inchangé. Car il faut savoir que chaque roupie d’augmentation sur le diesel amène une hausse de 0,2 % de l’inflation. N’empêche, on peut se demander jusqu’où on pourra contenir une flambée du diesel.
La vie chère n’est pas une illusion. La poursuite de la politique d’austérité fiscale affaiblit au quotidien le pouvoir d’achat des Mauriciens. C’est une problématique sociale, mais aussi économique. Car la baisse du pouvoir d’achat implique une compression de la demande pour les produits locaux. Valeur du jour, l’industrie locale représente environ 8,5 % du PIB et pourvoit à 150 000 emplois directs et indirects. Protéger le pouvoir d’achat, c’est aussi sauvegarder l’industrie locale. C’est d’ailleurs cette logique qui a poussé certains parlementaires, avec en première ligne, le ministre de l’Industrie, des PME et des Coopératives, Adil Ameer Meea, ainsi que la Chambre de Commerce et d’Industrie, à faire pression pour suspendre l’application de la majoration de la Sugar tax de 12 sous à 15 sous par gramme de sucre. Outre d’affaiblir le pouvoir d’achat étant donné qu’elle concerne plus d’une quarantaine de produits de la vie de tous les jours comme les biscuits, les confitures, les confiseries, les chocolats et les boissons non alcoolisées, cette taxe hypothèque aussi l’avenir de pas moins de 74 fabricants locaux ainsi que 270 importateurs. Dans le cas de certains produits, la hausse des prix aurait pu varier de 40 % à 245 % suivant l’entrée en vigueur de l’extension de ces droits d’accise dès le 1ᵉʳ octobre.
Fort heureusement, le bon sens a prévalu. Il reviendra désormais au ministre Adil Ameer Meea de présider un comité chargé de passer en revue l’application de la Sugar tax. Cette question mérite une réflexion plus approfondie, comme la nécessité de faire la distinction entre la contenance en sucrose et en fructose avant d’appliquer le couperet de la taxation au nom de la santé publique.
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