Publicité
Questions à…
Zakkiyah Wareshallee : «Un enfant qui souffre ne dira pas toujours qu’il va mal»
Par
Partager cet article
Questions à…
Zakkiyah Wareshallee : «Un enfant qui souffre ne dira pas toujours qu’il va mal»
Zakkiyah Wareshallee, psychologue.
La tentative de suicide d’un élève de Grade 6, survenue cette semaine, a remis la santé mentale des enfants au cœur des préoccupations. Dans les écoles mauriciennes, les demandes d’accompagnement psychologique continuent d’augmenter, avec 1 490 consultations déjà enregistrées depuis janvier 2026. Quels sont les signes qui doivent alerter ? Comment aider un enfant en souffrance ? La psychologue pour enfants Zakkiyah Wareshallee apporte son éclairage.
Quels sont les principaux facteurs qui peuvent affecter la santé mentale des enfants et des adolescents aujourd’hui ?
La santé mentale des jeunes est influencée par un ensemble de facteurs qui interagissent entre eux : l’environnement familial, l’école, les relations sociales et le contexte numérique. Aujourd’hui, la pression scolaire figure parmi les causes les plus fréquentes de stress, particulièrement chez les adolescents qui préparent les examens du SC ou du HSC. La peur de l’échec ainsi que le désir de répondre aux attentes des parents ou de se comparer à leurs camarades peuvent générer une anxiété importante.
Le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement constituent également des facteurs majeurs. Un enfant victime de moqueries répétées peut progressivement perdre confiance en lui, s’isoler et développer une véritable souffrance émotionnelle. Les réseaux sociaux accentuent parfois ce phénomène en favorisant la comparaison permanente et une image idéalisée de la réussite ou de l’apparence.
Il ne faut pas non plus négliger les difficultés familiales : conflits parentaux, séparation, deuil ou précarité financière peuvent avoir des répercussions sur le comportement et les émotions d’un enfant. Souvent, cette souffrance s’exprime par de l’irritabilité, une baisse de concentration, des troubles du sommeil ou une diminution des résultats scolaires. Ces manifestations méritent d’être entendues plutôt que considérées comme un simple manque de discipline.
Quels changements de comportement doivent alerter les parents ou les enseignants ?
Tous les enfants connaissent des périodes de changement. Ce qui doit inquiéter, c’est un comportement inhabituel qui dure dans le temps et perturbe leur quotidien. Parmi les signes les plus fréquents figurent un repli sur soi, une tristesse persistante, une anxiété excessive, des pleurs fréquents ou une irritabilité inhabituelle. Un enfant qui abandonne soudainement les activités qu’il aimait, refuse d’aller à l’école ou voit ses résultats chuter mérite également une attention particulière.
Les manifestations physiques sont parfois révélatrices : fatigue constante, troubles du sommeil, perte ou augmentation de l’appétit, maux de tête ou douleurs abdominales sans cause médicale évidente. Les enseignants peuvent aussi remarquer des difficultés de concentration ou un isolement progressif dans la cour de récréation.
L’essentiel est d’observer la fréquence, la durée et l’intensité de ces changements. Un épisode ponctuel n’est pas forcément préoccupant, mais lorsqu’il affecte durablement la vie scolaire, familiale ou sociale, il est important d’en parler avec l’enfant et, si nécessaire, de solliciter un professionnel.
Comment distinguer une période difficile d’un besoin de suivi psychologique ?
Il est normal qu’un enfant traverse des moments de tristesse, de colère ou d’anxiété après un événement difficile. La différence réside surtout dans la durée et l’impact sur son fonctionnement quotidien. Lorsqu’un jeune continue de dormir normalement, de main- tenir ses relations sociales et retrouve progressivement son équilibre, il s’agit souvent d’une réaction d’adaptation.
En revanche, si les difficultés persistent plusieurs semaines, s’intensifient ou entraînent un décrochage scolaire, des troubles du sommeil, un isolement ou une perte de motivation, une évaluation psychologique devient pertinente. L’objectif d’un suivi n’est pas de «pathologiser» les émotions, mais d’offrir à l’enfant des outils pour comprendre ce qu’il ressent, mieux gérer son stress et prévenir une aggravation de sa souffrance. Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter que les difficultés ne s’installent durablement.
Pourquoi certains enfants ont-ils du mal à exprimer ce qu’ils ressentent et comment peut-on les aider ?
Les enfants ne disposent pas toujours du vocabulaire nécessaire pour mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Beaucoup craignent d’être jugés, de décevoir leurs parents ou pensent simplement que personne ne les comprendra. Leur mal-être s’exprime alors autrement : crises de colère, agressivité, retrait, difficultés scolaires ou changements dans le sommeil et l’alimentation. Derrière un comportement difficile se cache parfois une émotion que l’enfant ne parvient pas à verbaliser.
Les adultes peuvent l’aider en privilégiant l’écoute plutôt que les réponses toutes faites. Des questions simples comme «Comment t’estu senti aujourd’hui ?» ou «Qu’est-ce qui t’a rendu heureux ou triste ?» ouvrent davantage le dialogue qu’un interrogatoire ou une minimisation de ses émotions. À l’école, les enseignants jouent un rôle essentiel. Parce qu’ils côtoient les élèves quotidiennement, ils sont souvent les premiers à repérer un changement inhabituel et peuvent orienter l’enfant vers le psychologue scolaire lorsque cela est nécessaire.
Le ministère fait état de 2 207 nouveaux cas de suivi psychologique en 2024, 2 454 en 2025 et déjà 1 490 depuis janvier 2026. Est-ce que les problèmes augmentent ou sont-ils mieux détectés ?
Ces données témoignent avant tout d’une demande croissante d’accompagnement psychologique. Il serait toutefois réducteur d’affirmer que tous les problèmes de santé mentale augmentent mécaniquement. Cette évolution s’explique aussi par une meilleure sensibilisation des familles et des enseignants, ainsi que par une détection plus précoce grâce à la présence des psychologues scolaires dans des établissements.
Autrefois, certains enfants étaient simplement perçus comme turbulents, paresseux ou démotivés. Aujourd’hui, on comprend davantage que ces comportements peuvent traduire une anxiété, un mal-être ou des difficultés émotionnelles nécessitant un accompagnement. Ces chiffres sont donc autant le reflet d’un besoin réel que d’une amélioration de l’accès aux services de soutien psychologique.
Quel impact l’utilisation excessive des réseaux sociaux peut-elle avoir sur les enfants et les adolescents ?
Le téléphone n’est pas un ennemi en soi, mais son usage excessif peut avoir des conséquences importantes sur le développement des enfants et des adolescents. Passer plusieurs heures par jour sur TikTok, Instagram ou les jeux en ligne réduit souvent le temps consacré au sommeil, aux devoirs, aux activités physiques et aux échanges familiaux. Un adolescent qui se couche tard pour consulter son téléphone sera plus fatigué en classe, moins concentré et parfois plus irritable.
Les réseaux sociaux alimentent également la comparaison permanente. Voir défiler des images de vies ou de corps idéalisés peut fragiliser l’estime de soi et donner l’impression de ne jamais être «assez bien». À cela s’ajoute le risque de cyberharcèlement : quelques messages humiliants dans un groupe de classe peuvent suffire à provoquer une anxiété importante et un refus de retourner à l’école. La solution ne réside pas dans une interdiction totale, mais dans des règles adaptées à l’âge, des moments sans écran, un sommeil protégé et surtout un dialogue ouvert entre parents, enseignants et adolescents pour favoriser un usage sain du numérique.
Publicité
Publicité
Les plus récents