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Kronik KC Ranze

Servir ou se servir

23 août 2026, 09:05

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Servir ou se servir

La sortie du PM contre un fonctionnariat réfractaire et traînant la savate, même face aux gestes bénévoles des étrangers, dont notre diaspora, est bienvenue. Cette exaspération ne se limite pas au ministère de la Santé d’ailleurs. De larges tranches de notre service civil décisionnel, à force d’avoir été pouponné et choyé par tous les gouvernements depuis l’indépendance, semble désormais beaucoup trop opérer en tour d’ivoire et paraît avoir trop souvent développé une suffisance qui ne peut que desservir la nation.

Frantz Fanon, dans son livre Les damnés de la terre (1961) l’avait en partie prévu. Annonçant les luttes, qu’il attendait violentes, contre les pouvoirs coloniaux défendant leurs intérêts d’exploitants, il prédisait aussi que dans les configurations post-coloniales, il surgirait de nouvelles élites qui tenteraient tout simplement de se glisser dans les chaussures de l’oppresseur en partance. Dans certains pays ce sera l’armée ; dans d’autres, un leadership politique qui, avec ses protégés, essaie de se perpétuer ; dans d’autres enfin, une bureaucratie nationale privilégiée dont les intérêts passeraient avant leurs devoirs.

Le professeur Patrick Yu Wai Man, Chair of Ophthalmology à Cambridge, et sa sœur Cynthia, Associate Professor au King’s College de Londres et consultante au St Thomas Hospital ; Mauriciens d’origine et anciens lauréats, sont à Maurice, motivés par le cœur, avec une proposition concrète. Avec l’appui du Singapore National Eye Centre, ils font un don de dix implants Preserflo coûtant approximativement 1 000 livres sterling chacun, pour aider des patients souffrant de glaucome et prévenir la perte de vision. Mieux, ils offrent de contribuer à un programme moderne de dépistage pour identifier, en amont, les patients à risque du glaucome et des complications oculaires relevant du diabète. C’est du tout bénef pour le pays. Et les patients !

Et pourtant, les blocages administratifs s’érigent et des intérêts personnels prennent le pas sur le bien général et les Yu Wai Man, au lieu d’être accueillis, encadrés et remerciés, se retrouvent en terre récalcitrante, voire hostile. Quand le PM invite ceux qui ne peuvent (ou ne veulent ) pas «deliver the goods» à prendre leur retraite, il touche un problème qui mine le pays depuis des décades : un service civil pas toujours au service de la population et souvent déformé par un esprit corporatiste de privilèges accumulés, de protectionnisme clanique et de palabres. Les deux mamelles de cet état de fait : d’abord le pouponnage par des politiciens qui soignent un vote bank important, seulement second numériquement à celui des retraités, et d’autre part, l’esprit mère-poule des syndicalistes de la fonction publique, qui n’invitent ni à plus de professionnalisme, ni à une meilleure productivité, mais dont la dignité «blessée» est un étendard presque automatisé.

À la Santé, il ne s’agit pas que de diabète et de glaucome. On évoque la transplantation rénale, la neurologie, même les implants cochléaires pour les enfants. Il ne s’agit pas d’ailleurs de la seule santé publique, ni d’une attitude réservée aux seuls étrangers ou à la diaspora, mais d’un problème plus général vis-à-vis de tout ce qui est extérieur au fonctionnariat, y compris aux experts locaux et à l’opinion publique. C’est comme si, être fonctionnaire développait souvent un corpus d’arrogance et de complexes qui isolait et qui rendait sourd. La réputation de nos délégués (du pays ?) à des conférences internationales serait régulièrement modelée par leur invitation au reste du monde à venir constater à Maurice «comment il faut faire»… L’absence de modestie, d’ouverture d’esprit et d’écoute peut être fatal à la performance et au service rendu. Clairement, le fonctionnariat doit fonctionner et le service civil doit servir, au risque de développer, à terme, une image parasitaire incompatible avec sa mission primaire.

Le service civil a le devoir de se regarder en face. S’il est des droits, il est aussi des devoirs ! Et c’est bien au pouvoir politique de le faire voir et aussi d’apprendre à résister à la tentation de recrutements/nominations/promotions/parrainages/protections de nature politique, plutôt que méritoire ! S’il s’agit des attitudes d’une minorité, ce qui est possible, il faut s’en débarrasser rapidement pour éliminer la tare du mauvais exemple ! Et renforcer les bataillons de la décence, de l’ouverture d’esprit et de l’efficacité. Avant de provoquer une réaction politique ou publique du style Milei ou DOGE, inspiré par la tronçonneuse…

Tout n’est pas que sordide et désastre d’ailleurs. Il y a quelques semaines j’ai emmené mon épouse au Community Hospital de Petite-Rivière-Noire. Il était 22 h 05 et le service médical privé du quartier n’opérait plus depuis longtemps déjà. C’était propre, même si un peu vieillot. La prise en charge de ceux qui étaient déjà là fut efficace et rapide. Le personnel soignant attentionné. Il y avait les médicaments qu’il fallait, y compris la piqûre de tétanos. Ça fonctionne. Ça sert… comme il se doit… Mon interface avec un département du Registrar General récemment fut satisfaisante aussi : à l’étage de l’Emmanuel Anquetil Building, l’heure du rendez-vous était respectée, les échanges respectueux et compétents. Je n’ai que des éloges à faire à ceux qui s’occupent de mon dossier à la MRA, même si ce n’est pas pour grand-chose. Ce fonctionnariat-là aussi existe et il doit être encouragé, sinon sauvé face au chancre qui aura malheureusement tendance à s’étendre, si négligé !

❝ «Vous ne savez pas comment servir les hommes ? Comment sauriez-vous servir les dieux?»

Confucius - Entretiens

Il y a un ministère de la Fonction publique pour s’occuper de ces questions ? Leur dernière circulaire du 17 août rappelant aux fonctionnaires qu’ils ne doivent pas s’engager dans du «private work for reward» sans permission préalable semble l’indiquer. Il serait peut-être seyant de la faire suivre par une circulaire rappelant les devoirs du service public face à un public dont l’agressivité ne doit ni être… provoquée, ni… tolérée ? (*)

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La Financial Crimes Commission (FCC) a vu une première fournée de trois de ses dossiers, passer le cap de l’acceptable au bureau du DPP, dans le sens que ces cas sont estimés être à la fois d’intérêt public et suffisamment bien documentés pour suggérer une perspective raisonnable d’obtenir une condamnation. Trois autres dossiers ont été renvoyés à la FCC pour des compléments d’information.

Nous avons tous tendance à condamner un peu vite une personne interpellée à fin d’enquête ou arrêtée sous une charge provisoire, surtout quand c’est sur la base d’une allégation ou de preuves «circonstancielles». Notre système de justice repose crucialement sur la nécessité d’une enquête diligente, et même exhaustive, qui décidera, finalement, de référer le dossier à charge au DPP ou pas. Si le DPP estime le dossier suffisamment bien ficelé, il va le poursuivre en cour, ou nous avons maintenant une Financial Crimes Division, qui devrait réduire considérablement l’attente d’ un jugement. Ce qui est bienvenu, vu qu’un premier jugement peut ensuite traîner en appel, puis au Privy Council

Mais, poursuivre un dossier en cour n’est pas une indication de culpabilité, tout comme le renvoi de dossiers à la FCC n’est pas une indication d’innocence. En cour, on juge d’après ce qui est écrit dans nos lois. Il faut donc que le dossier à charge contienne les faits et la base légale probante pour mériter une audience en cour.

Dans le système qui nous occupe, on peut exiger la non interférence politique (ce qui n’a pas toujours été le cas!) et souhaiter deux améliorations. D’abord, sur le temps d’enquête, et d’autre part, sur la qualité des dossiers. Le dossier St-Louis, par exemple, est ouvert en 2020. Il est bouclé le 26 janvier 2026. Ça fait très long ! Et il est renvoyé par le DPP pour complément d’enquête et clarifications en août, sept mois plus tard. Ça ne paraît pas rapide. Quant au renvoi du dossier par le DPP, on aimerait tous qu’un des KPIs les plus importants de la FCC soit que 100 % ou presque des dossiers «bouclés» le soient effectivement, aux normes exigées par le DPP. Ce qui suggère des recrutements légaux appropriés et plus d’exigence ? Pareil pour les enquêtes policières. On doit ça au pays ! Et au respect de la Justice !

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Ce qui se passe aux États-Unis dépasse de plus en plus souvent l’entendement. Quand le président Trump annonce que SON réseau social personnel, Truth Social, va désormais offrir de la «market moving information» à ceux qui voudraient bien payer $ 100 000 par mois, nous avons un cas potentiellement facile à prouver de corruption au plus haut niveau. Il suffit pour cela que le DoJ prenne un abonnement pour rassembler les preuves que des informations nationales privilégiées se monnayent privément ! Si ce n’est pas le cas, ce ne serait qu’un scam de plus, comme pour la cryptomonnaie, l’université Trump ou la Fondation Trump supposément charitable. Pour les steaks, les montres, la bible, les guitares… les acheteurs ne peuvent blâmer que leur crédulité !

(*) Voir ‘Yes Minister’, S02E01, pour sourire…sérieusement !

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