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Simpson, reviens !
Il nous faut libérer l’État de la réunionite, des lenteurs et des petits pouvoirs administratifs. Derrière chaque dossier qui dort, chaque décision qui remonte d’un étage supplémentaire, chaque autorisation qui attend une signature, il y a un coût économique et, surtout, une occasion perdue.
Maurice n’a plus le luxe de perdre du temps. Les chiffres sont là pour nous le rappeler. La croissance devrait ralentir à 2,8 % cette année, selon le Fonds Monétaire International et la Banque de Maurice. Le déficit commercial a atteint Rs 23,725 milliards en juin, en hausse de 25,3 % sur un an. Les importations ont bondi de 18,8 %, à Rs 33,542 milliards, quand les exportations n’ont progressé que de 5,6 %. L’inflation est remontée à 4,4 %. Et la dette publique gravite autour de 90 % du PIB.
Dans une économie aussi vulnérable aux chocs extérieurs, l’administration devrait être notre avantage comparatif. Elle devient trop souvent notre handicap. La bureaucratie n’est pas née hier. Depuis la fin du XIXᵉ siècle, la multiplication des réunions accompagne le développement des activités administratives. La réunion est devenue une institution dans l’institution. On se réunit pour préparer une réunion, on crée un comité pour examiner la question soulevée lors d’une autre réunion, puis on attend le compte rendu avant de décider ce que chacun savait déjà.
«Ce matin encore, on a fait une autre réunion. Il y a eu un tour de table. On a demandé à chacun s’il avait quelque chose à dire. Les trois quarts n’ont rien dit. Ce sont toujours les mêmes qui parlent. Les autres sont absents...», nous racontent souvent des fonctionnaires eux-mêmes désabusés par le système actuel.
Il fut pourtant un temps où la fonction publique mauricienne était synonyme de discipline, de compétence et de service. Au lendemain de l’Indépendance, une poignée de grands commis de l’État – Freddy Parfait, France Empeigne, Madhukar Baguant , Dayachand Heeralall, Ram Pyndiah, Raymond Chasle, Chitmansing Jesseramsing et tant d’autres – ont construit un État avec des moyens limités et une ambition immense. Ils ne demandaient pas six réunions pour décider d’une zone franche. Ils voyageaient, apprenaient, revenaient avec des idées et les mettaient en œuvre. Ils ont contribué à transformer une économie condamnée au chômage en une économie tournée vers l’exportation. C’est précisément cette culture qu’il faut retrouver.
L’histoire raconte aussi Freebairn Liddon Simpson, le Britannique qui dirigeait alors la fonction publique à Port-Louis. On le surnommait «Simpson la terreur». Il pouvait passer une demi-heure sur un document à traquer une virgule mal placée. Il exigeait que chaque dossier soit correctement annoté et qu’aucun file ne traîne. Nous ne réclamons évidemment pas le retour du tyran colonial. Mais peut-être avons-nous besoin de quelque chose de son obsession : la responsabilité, la méthode et le sens du résultat.
Le véritable problème n’est pas le fonctionnaire. C’est le système qui permet à l’inaction de ne presque jamais avoir de conséquences, tandis que la décision, elle, expose celui qui la prend. Il faut donc bousculer la bureaucratie sans humilier ceux qui servent l’État. Fixer des délais opposables. Identifier un responsable pour chaque dossier. Mesurer les résultats plutôt que le nombre de réunions. Supprimer les procédures devenues inutiles. Numériser ce qui peut l’être afin de mieux épouser l’intelligence artificielle. Et surtout, rendre aux hauts fonctionnaires une responsabilité réelle, assortie d’une obligation de rendre des comptes.
La réforme de l’État ne peut plus être une promesse administrative de plus. Maurice veut devenir une économie de USD 50 milliards à l’horizon 2050, miser sur la productivité, l’intelligence artificielle, l’innovation et la connaissance. Très bien. Mais une économie moderne ne peut être administrée avec les réflexes d’un autre siècle.
Avant de courir vers 2050, il faut apprendre à marcher. Et pour marcher, il faut commencer par enlever les chaînes. Maurice n’a peut-être pas besoin d’un nouveau plan. Elle a besoin d’un Simpson – débarrassé de son autoritarisme, mais armé de son exigence – pour rappeler à l’État une vérité élémentaire : gouverner, c’est décider.
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