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Égalité des genres

L’indice SGDI pour Maurice dépasse 60 %

21 août 2026, 16:00

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L’indice SGDI pour Maurice dépasse 60 %

■ Contre-manifestation envers la Marche des fiertés à Port-Louis en 2018. Cette hostilité se manifeste désormais sur les réseaux sociaux.

Malgré l’activisme persistant des défenseurs de l’égalité des genres en Afrique australe, celle-ci reste fragile dans plusieurs domaines, le score total du Southern Africa Gender and Development Index dans les 16 pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) étant de 58 %. Sur la totalité de ces pays, 11 d’entre eux obtiennent un score inférieur ou égal à 60 %. Maurice, avec quatre autres pays – l’Afrique du Sud, la Namibie, le Lesotho et les Seychelles – obtient un score supérieur à 60 %.

Le Southern Africa Gender and Development Index (SGDI), introduit en 2011 par la Southern Africa Gender Protocol Alliance et Gender Links lors de la publication de son baromètre régional «Voix et Choix», est un outil permettant d’évaluer les progrès de l’égalité des genres par le biais de 70 indicateurs axés sur 11 thématiques. Celles-ci sont les droits constitutionnels et légaux, la gouvernance, la violence basée sur le genre (VBG), la santé, le VIH/Sida, la diversité sexuelle, la justice économique, la justice climatique, les femmes, la paix et la sécurité, ainsi que le genre et les médias.

Les derniers résultats du SGDI figurant dans le baromètre «Voix et Choix» pour 2026 ont été présentés lors du forum de la société civile, ayant pour thème Democratic Futures in Africa, organisé par la Southern Africa Council of Non-Governmental Organisations, en parallèle au sommet des chefs d’État de la SADC, qui s’est tenu à Durban en Afrique du Sud le 17 août.

Ce que le SGDI révèle, c’est qu’à cinq ans de l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, la région a réalisé des avancées importantes dans les domaines de la législation, la santé et la représentation des femmes. Mais ces progrès sont aujourd’hui confrontés à une pression politique, juridique et financière croissante.

Dans l’ensemble, les 16 États membres obtiennent leurs meilleurs résultats en matière de justice climatique et d’égalité des genres, tandis que les scores les plus faibles concernent l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre.

Mobilisation anti-droits

Cet état des lieux du genre en Afrique australe intervient dans un contexte marqué par une mobilisation croissante contre les droits dans la région. Cela va notamment du retrait des subventions publiques destinées aux structures chargées des questions de genre au Botswana aux campagnes organisées et transnationales contre les droits, documentées en Tanzanie, au Zimbabwe et à Madagascar. En matière de santé, les progrès réalisés sont menacés par les réductions de financement. Le Botswana, l’Eswatini, le Lesotho, la Namibie, la Zambie et le Zimbabwe figurent parmi les 11 pays au monde ayant atteint les objectifs 95-95-95, fixés par l’ONUSIDA (95 % des personnes séropositives connaissent leur statut sérologique, 95 % de ceux diagnostiqués comme tels reçoivent des traitements antirétroviraux et 95 % de ces derniers atteignent une suppression de leur charge virale, c’est-à-dire que le virus est indétectable chez eux). Six pays de la SADC ont introduit la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) en 2024 et 2025. Au Malawi, le taux de prévalence contraceptive atteint les 68 %.

Par rapport à l’ODD en matière de mortalité maternelle qui est de moins de 70 décès pour 100 000 naissances vivantes, seuls Maurice (66 décès) et les Seychelles (42 décès) atteignent cet objectif tandis que la République démocratique du Congo (RDC) enregistre 427 décès, Madagascar 445 décès et le Lesotho 478 décès, des niveaux plus de six fois supérieurs à l’objectif. Les réductions de l’aide étrangère américaine en 2025 ont perturbé les programmes de prévention, de dépistage et les services destinés aux populations clés.

Les réformes juridiques progressent contre les VBG, mais leur niveau reste inacceptable. La loi sud-africaine sur les violences basées sur le genre et les féminicides est entrée en vigueur en 2024. L’Afrique du Sud a déclaré que les VBG étaient une «catastrophe nationale» en décembre 2025. Le Lesotho et le Mozambique ont ratifié la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail. Cependant, seuls deux des 16 États de la SADC, soit l’Angola et la RDC, ont signé la Convention sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles. La RDC et la Tanzanie ne disposent toujours pas de loi spécifique sur les violences domestiques tandis que la RDC ne criminalise pas le viol conjugal.

La semaine dernière, le Lesotho a lancé une nouvelle étude sur les VBG, faisant suite à une étude de référence menée en 2013. Celle-ci montre que le pourcentage de femmes ayant subi des violences au cours de leur vie est passé de 86 % à 66 %. Ce taux reste toutefois beaucoup trop élevé.

Réactions hostiles

La dépénalisation des relations entre personnes de même sexe progresse, mais les réactions hostiles aussi. Maurice en 2023, la Namibie en 2024 et le Botswana qui a amendé son Code pénal cette année, ont supprimé les dispositions criminalisant les relations consenties entre personnes de même sexe. En 2026, la Cour suprême de l’Eswatini a également ordonné l’enregistrement de l’organisation Eswatini Sexual and Gender Minorities.

Mais plusieurs États de la SADC continuent de criminaliser les relations consenties entre personnes de même sexe. Les avancées juridiques enregistrées en Namibie, au Botswana et à Maurice se sont également accompagnées de discours hostiles et d’une opposition organisée.

La représentation politique reste supérieure à la moyenne mondiale, mais les progrès stagnent. Les femmes occupent 29 % des sièges parlementaires dans la SADC, contre une moyenne mondiale de 27,5 %. La Namibie et la Tanzanie ont des femmes à la tête de l’État. Cinq pays comptent plus de 35 % de femmes au Parlement et six dépassent les 30 % de femmes dans les collectivités locales.

Cependant, la représentation des femmes au Parlement a diminué dans huit pays après leurs dernières élections. En Zambie, où les résultats des élections générales du 13 août dernier étaient encore en cours de vérification au moment de la publication du baromètre, une forte progression est attendue à la suite des réformes électorales de 2025. Celles-ci réservent 20 des 40 nouveaux sièges attribués à la représentation proportionnelle aux femmes.

En matière d’autonomisation économique, les résultats sont mitigés.L’inclusion financière des adultes dans la SADC est passée de 60 % en 2016 à environ 78 % en 2025. Mais les femmes en Afrique consacrent toujours 3,5 fois plus de temps que les hommes aux tâches ménagères et aux soins non rémunérés envers leurs proches malades.

Sous-représentées dans les STIM

Les femmes représentent environ 75 % des petits commerçants transfrontaliers dans la région. Elles sont confrontées à des procédures complexes, à des coûts supplémentaires, au harcèlement et à la violence aux frontières. Par ailleurs, les femmes restent sous-représentées dans les filières universitaires liées aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques (STIM) dans tous les pays de la SADC.

Le poids du dérèglement climatique repose en grande partie sur les épaules des femmes. Le pourcentage de femmes travaillant dans l’agriculture atteint 82 % au Mozambique, 71 % à Madagascar et 68 % au Malawi. Le Mozambique cumule le taux le plus élevé de femmes employées dans l’agriculture dans la région et le niveau le plus élevé d’exposition des femmes aux phénomènes météorologiques extrêmes, soit 70 %.

Or, bien qu’elles soient plus nombreuses à travailler dans l’agriculture, les femmes ne représentent que 38 % des sources citées dans les médias sur le climat dans la région. Par ailleurs, les données environnementales ventilées par sexe restent limitées dans la plupart des pays.

Les structures consacrées aux femmes, à la paix et à la sécurité se développent, mais leur mise en œuvre et leur protection restent insuffisantes. Neuf États de la SADC disposent désormais de plans d’action nationaux sur les femmes, la paix et la sécurité. La SADC a lancé le Réseau des femmes médiatrices d’Afrique australe en 2025. La Déclaration de Windhoek+25 de 2025 a également renouvelé l’engagement régional dans ce domaine.

Cependant, les femmes ne représentaient que 7 % des négociateurs de paix dans le monde en 2024. Les Nations unies ont par ailleurs recensé 823 cas de violences sexuelles liées aux conflits en RDC au cours de la seule année 2024.

Voix peu entendues dans les médias

Les progrès dans les rédactions ne se traduisent pas encore par une meilleure visibilité des femmes dans l’information. Le pourcentage de femmes parmi les sources citées dans les médias en Afrique australe est passé de 17 % en 2003 à 29 % en 2026. Les femmes représentent désormais 42 % des journalistes, contre 31 % auparavant. C’est ce que révèle l’étude sur les progrès du genre dans les médias, réalisée dans les 16 pays d’Afrique australe le 28 mai.

La Southern Africa Gender Protocol Alliance, rappelons-le, est un réseau de structures nationales et régionales de défense des droits des femmes qui a milité en faveur de l’adoption du Protocole sur le genre et qui en suit aujourd’hui son application dans les pays l’ayant signé, le seul à ne pas l’avoir encore fait est Maurice alors que Gender Links est une organisation non gouvernementale régionale de défense des droits des femmes basée à Johannesburg en Afrique du Sud, qui assure le secrétariat de l’Alliance.

Ces résultats sont publiés alors que la Southern Africa Gender Protocol Alliance commence à travailler activement sur l’avenir du Protocole de la SADC sur le genre au-delà de 2030.

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