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Questions à…
Reza Uteem : «La coopération entre Maurice et Madagascar est essentielle pour protéger les travailleurs»
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Questions à…
Reza Uteem : «La coopération entre Maurice et Madagascar est essentielle pour protéger les travailleurs»
Reza Uteem, ministre du Travail.
À Antananarivo, lors du «Moris-Mada Business Connect Summit 2026», qui s’est tenu les 13 et 14 août à la Chambre de commerce et d’industrie, le ministre du Travail, Reza Uteem, a notamment abordé la question du recrutement des travailleurs malgaches à Maurice. Entre intermédiaires peu scrupuleux, conditions de travail et protection sociale, le ministre plaide pour un accord bilatéral permettant de mieux encadrer les procédures. Il évoque également le transfert des cotisations de pension vers Madagascar afin que les travailleurs puissent en bénéficier au moment de leur retraite.
Le futur accord avec Madagascar permettrat-il de mieux contrôler les agences de recrutement et d’éviter les abus envers les travailleurs ?
À Maurice, le recrutement des travailleurs étrangers est déjà strictement encadré par la législation, notamment à travers les Private Recruitment Agency Regulations. Les agents de recrutement doivent obtenir un agrément du ministère et démontrer qu’ils disposent des compétences et des ressources financières nécessaires pour exercer leurs activités. Nous veillons également à ce que leurs pratiques respectent les exigences fixées par la loi.
La situation est toutefois différente à Madagascar. Il n’existe pas véritablement d’agences de recrutement structurées comme à Maurice et certains travailleurs se retrouvent entre les mains d’intermédiaires peu scrupuleux. Ils leur réclament de l’argent, leur font de fausses promesses ou encore leur demandent de venir à Maurice avec un visa touristique alors qu’ils devraient obtenir un permis de travail avant de quitter leur pays.
C’est précisément pour éviter ce type de situation que nous souhaitons conclure une convention avec le gouvernement malgache. L’objectif est d’établir clairement la responsabilité des deux parties et de garantir un recrutement éthique, transparent et sécurisé. La coopération entre les autorités mauriciennes et malgaches est essentielle pour prévenir les abus et protéger les travailleurs.
Un tel accord doit aussi garantir que les travailleurs malgaches bénéficient des mêmes conditions de travail et de rémunération que leurs homologues mauriciens.
Vous souhaitez faire venir davantage de travailleurs malgaches à Maurice. Comment vous assurer qu’ils bénéficient des mêmes droits et conditions de travail que les Mauriciens ?
Le principe est déjà inscrit dans notre législation. Il n’est pas permis de discriminer un travailleur en raison de sa nationalité. Le Workers’ Rights Act établit notamment le principe selon lequel, à travail égal, le salaire doit être égal. Ainsi, lorsqu’un Remuneration Order s’applique à un secteur, il concerne aussi bien les travailleurs mauriciens qu’étrangers. Il en va de même lorsqu’une convention collective prévoit certaines conditions.
Il existe toutefois une différence en matière de retraite, notamment concernant le Portable Retirement Gratuity Fund. Pour les travailleurs concernés, l’employeur doit normalement contribuer à hauteur de deux semaines par année de service au fonds. À terme, cette somme constitue un droit pour le travailleur au moment de son départ à la retraite. Or, cette obligation ne s’applique actuellement pas de la même manière aux travailleurs étrangers. C’est une question que nous devons examiner, car notre objectif reste de garantir une véritable égalité de traitement.
Concernant le fonds de pension pour les travailleurs étrangers, où en est le dossier et quand pourront-ils en bénéficier ?
Nous avons reçu des représentations non seulement du gouvernement malgache, mais également d’autres pays dont les ressortissants viennent travailler à Maurice. Leur demande est claire : ces travailleurs doivent pouvoir bénéficier d’une véritable couverture sociale et de leurs droits à la retraite.
Aujourd’hui, lorsqu’un travailleur étranger contribue au National Savings Fund, à la fin de son contrat, le montant cotisé à son nom lui est généralement remis. Les autorités de certains pays, notamment Madagascar, souhaitent plutôt que cette somme puisse être transférée vers un fonds de pension dans le pays d’origine. L’objectif est que cet argent soit investi et reste disponible pour le travailleur lorsqu’il atteindra l’âge de la retraite. C’est un dossier qui dépasse le seul cadre du ministère du Travail. Il implique notamment le ministère de la Sécurité sociale, qui gère les fonds de pension, ainsi que d’autres autorités, notamment sur les questions liées à la politique migratoire. Ilfaudra donc une consultation tripartite réunissant les travailleurs, les employeurs et les ministères concernés. Les employeurs mauriciens pourraient, naturellement, être préoccupés par le coût additionnel que représenterait une telle mesure. Madagascar n’est pas le seul pays à avoir formulé cette demande. Le Ghana, le Rwanda et le Botswana, qui négocient également des accords bilatéraux avec Maurice, ont exprimé des préoccupations similaires. Je comprends leur position. Si nous voulons réellement éviter toute discrimination entre travailleurs mauriciens et étrangers, nous devons aussi nous pencher sérieusement sur leur protection sociale et leurs droits à la retraite.
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