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«Coupeuse péi»
Une piste pour l’avenir des petits planteurs
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«Coupeuse péi»
Une piste pour l’avenir des petits planteurs
Venue de La Réunion, la «coupeuse péi» a été mise àl’épreuve à Maurice du 12 au14 août. (À g.) Jean Claude Autrey, coordinateur de projet à l’International Trade Centre.
Dans les champs de Petite-Retraite, le bruit des cannes coupées s’est mêlé, ces trois derniers jours, à celui d’une machine qui pourrait apporter une réponse à l’un des principaux défis des petits planteurs : le manque de main-d’œuvre.
Venue de La Réunion, la Coupeuse péi a été mise à l’épreuve à Maurice du 12 au 14 août, dans le cadre d’une formation pratique consacrée à son fonctionnement, son entretien et son utilisation. L’objectif était de former des opérateurs mauriciens, mais aussi d’évaluer le potentiel de cette solution de mécanisation dans les champs locaux.

Sur le terrain, le problème est bien réel. Pour Gheerjanand Ghunowa et son fils Shravan (photo), planteurs de canne, trouver suffisamment de main-d’œuvre pour la récolte devient de plus en plus difficile.
«Nous avons beaucoup de problèmes pour trouver des travailleurs pour couper la canne», témoigne le père. Selon leurs estimations, la machine pourrait couper environ quatre tonnes de cannes en une heure et atteindre jusqu’à 24 tonnes par jour dans de bonnes conditions. Pour eux, son principal avantage serait de réduire le temps consacré à la récolte et la dépendance à la main-d’œuvre.
Un segment en recul
Cette difficulté est également au cœur des préoccupations de Jean Claude Autrey, coordinateur de projet à l’International Trade Centre.
Selon lui, la contribution des petits planteurs à la production nationale de sucre est passée de 19 % à 11 % au cours des six dernières années. Le manque de main-d’œuvre, son coût élevé et les difficultés liées à la récolte, au chargement et au transport de la canne figurent parmi les facteurs qui fragilisent ce segment. «Si les petits planteurs doivent survivre, il est urgent de résoudre les problèmes liés à la main-d’œuvre nécessaire à la récolte et au chargement de la canne», souligne-t-il.
La mécanisation apparaît ainsi comme une nécessité. Mais les grandes machines ne sont pas toujours adaptées aux petites parcelles, souvent d’un hectare ou moins. C’est dans ce contexte que la Coupeuse péi pourrait trouver sa place.
Une expérience venue de La Réunion
L’intérêt pour cette machine s’est renforcé après une mission effectuée à La Réunion en novembre dernier. Progressivement améliorée et adaptée par les producteurs de l’île sœur, la Coupeuse péi y est aujourd’hui largement utilisée. Quelque 200 machines sont en opération à La Réunion et permettent de récolter environ 340 000 tonnes de canne, soit près d’un quart de la production cannière de l’île soeur.
Des planteurs expérimentés peuvent atteindre jusqu’à 90 tonnes par jour, contre une moyenne d’environ 2,5 tonnes pour un travailleur manuel à Maurice. «À La Réunion, les producteurs aguerris peuvent atteindre 90 tonnes par jour. Si nous parvenons ne serait-ce qu’à 50 tonnes, la viabilité de l’équipement sera prouvée», estime Jean Claude Autrey.
Deux machines comparées
La formation a également permis de comparer deux machines provenant de sources différentes : l’une produite à La Réunion et l’autre en Chine. Selon les observations réalisées durant les essais, leurs performances se sont révélées comparables. Le prix constitue toutefois une différence importante, le modèle chinois étant nettement moins cher. Un élément qui pourrait peser dans le choix des planteurs, alors que le coût d’investissement représente l’un des principaux obstacles à la mécanisation. Le prix d’achat, mais aussi l’entretien, la consommation de diesel et la disponibilité des pièces de rechange devront être pris en compte.
Pour Daniel Lacaille, de PROTOP 974 SARL, société réunionnaise venue assurer la formation, la simplicité de la machine constitue l’un de ses atouts. «Dans l’immédiat, par rapport au manque de main-d’œuvre que rencontrent les planteurs, je pense que c’est une solution», explique-t-il.
«Il faut garder la canne»
À Maurice, Gansam Boodram, lui aussi planteur, a consacré plusieurs années à chercher une solution adaptée aux contraintes des petits champs. Après s’être intéressé au modèle réunionnais, il a procédé à plusieurs essais et adaptations. Sa Coupeuse péi est en opération depuis novembre 2024. Son constat est aujourd’hui clair : «Pour les petits planteurs, il faut garder la canne. Pour le moment, la solution, c’est ça», estime-t-il.
Mais la mécanisation entraîne également de nouveaux coûts, notamment celui du carburant. Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d’agriculture de Maurice, souligne ainsi le poids du carburant dans cette filière. «L’agriculture est un secteur qui consomme beaucoup de diesel», rappelle-t-elle, estimant qu’une réflexion devrait être menée autour d’un mécanisme permettant aux agriculteurs de bénéficier d’un diesel destiné spécifiquement à l’usage agricole et ainsi réduire leurs coûts.
Former les opérateurs
La formation organisée à Petite-Retraite constituait une première étape. Pendant trois jours, les participants ont appris à utiliser la Coupeuse péi, mais aussi à assurer son entretien et à respecter les consignes de sécurité. Des séances pratiques leur ont permis de prendre directement en main la machine.
La formation a réuni plusieurs acteurs du secteur, notamment CEAL, Alteo Milling Ltd, Omnicane Ltd, Domaine de Labourdonnais, Mauritius Cooperative Agricultural Federation Ltd, Greenworld Co Ltd, la Mauritius Cane Industry Authority à travers la Farmers’ Service Agency, le Mauritius Sugar Syndicate et la Chambre d’agriculture de Maurice.
Pour Jacqueline Sauzier, la formation des opérateurs sera déterminante pour la suite. «La machine existe à Maurice, mais l’opérateur est essentiel pour savoir comment bien couper la canne», explique-t-elle.
Un premier bilan positif
Le troisième jour de formation a été marqué par une séance de débriefing au Farmers’ Service Centre de Bon-Accueil, réunissant planteurs, opérateurs ainsi que des représentants des différents organismes et entreprises présents. Les participants ont pu partager leurs impressions après trois jours d’apprentissage et d’essais. Les retours se sont révélés positifs, plusieurs participants se disant satisfaits de l’approche pratique et de la possibilité de tester directement les machines dans les champs mauriciens.
Pour les organisateurs, cette première expérience aura permis de former des opérateurs, de comparer deux équipements et surtout, d’ouvrir une discussion concrète sur la mécanisation des petites parcelles.
L’expérience doit désormais se poursuivre sur le terrain, avec un objectif annoncé de récolter environ 1 000 tonnes de canne en un mois à Petite-Retraite. La Coupeuse péi ne réglera pas à elle seule les difficultés du secteur sucrier. Mais pour les planteurs confrontés au manque de travailleurs et à l’augmentation des coûts, elle représente désormais une piste concrète.
Si les essais se confirment et que la machine reste économiquement accessible, elle pourrait contribuer à permettre aux petits planteurs de continuer à cultiver leurs terres et à préserver leur place dans l’avenir de l’industrie sucrière mauricienne.
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