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Questions à…
Deochan Dookee : «Le tri à la source reste le principal défi avant 2028»
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Deochan Dookee : «Le tri à la source reste le principal défi avant 2028»
Deochan Dookee, directeur adjoint du département Gestion des déchets solides du ministère de l’Environnement.
Mare-Chicose est l’unique site d’enfouissement de l’île depuis 1997. Selon Statistics Mauritius, 582 798 tonnes de déchets y sont enfouies. À raison d’environ 1 800 à 2 000 tonnes de déchets pour une population d’environ 1,3 million d’habitants. En 2025, Maurice a enregistré une hausse importante des déchets enfouis : 582 798 tonnes de déchets y ont été déversés, soit 84 489 tonnes de plus qu’en 2024, témoignant d’une augmentation de 16,9 %. Les déchets ménagers et commerciaux comptaient pour 572 364 tonnes en 2025, contre 498 309 en 2024.
Ceux de la construction sont passés de 5 505 tonnes à 5 359 en glissement annuel. Face à cette tendance, le tri à la source et le recyclage restent insuffisants : seulement 7,4 % des déchets sont actuellement retraités. Les principaux obstacles concernent l’absence de tri, les coûts du transport et de l’électricité ainsi que l’accès au foncier. Les deux futures Integrated Waste Processing Facilities, prévues pour fin 2028, devraient détourner quelque 208 000 tonnes de déchets par an de l’enfouissement. D’ici là, les autorités misent sur le recyclage, la responsabilité des producteurs et le renforcement du tri. Mare-Chicose fait parallèlement l’objet de travaux destinés à prolonger sa capacité d’exploitation de 12 à 15 ans. Dans ce contexte, Deochan Dookee, le directeur adjoint du département Gestion des déchets solides du ministère de l’Environnement, répond aux questions sur la capacité de Mare-Chicose, le tri à la source, le recyclage et les mesures prévues avant 2028.
■ Qu’est-ce que la hausse importante des déchets enfouis à Mare-Chicose – de 498 309 tonnes en 2024 à 582 798 tonnes en 2025 – révèle des habitudes de consommation et de gestion des déchets des Mauriciens ?
À l’exception de l’année 2025, la quantité de déchets éliminés au centre d’enfouissement de Mare-Chicose a augmenté d’environ 2,5 % par an au cours des dix dernières années. Les quantités de déchets reçues et mises en décharge à MareChicose sont enregistrées au poste de pesage (pont-bascule) situé sur le site. Le volume de 498 309 tonnes enregistré pour l’année 2024 constitue une valeur artificiellement basse, tandis que celui de 582 798 tonnes pour l’année 2025 est, en conséquence, artificiellement élevé.
En 2024, deux stations de transfert, à savoir celles de La Chaumière et de La Brasserie, ont connu des problèmes opérationnels persistants ayant entraîné une accumulation excessive de déchets sur ces sites. Il est estimé qu’à la fin de l’année 2024, environ 35 000 tonnes de déchets s’étaient principalement accumulées dans ces deux stations de transfert, mais également dans d’autres stations, en raison d’importants problèmes d’attente au centre d’enfouissement ainsi que de la capacité opérationnelle réduite consécutive à l’incendie majeur survenu en novembre 2024.
Les ajustements nécessaires porteront ainsi les quantités pour les années 2024 et 2025 à 533 309 tonnes et 547 798 tonnes respectivement. L’augmentation de la quantité de déchets éliminés entre 2024 et 2025 s’établit donc à 14 489 tonnes, soit une hausse de 2,7 %. Les chiffres ainsi ajustés sont cohérents avec la tendance observée en matière d’élimination des déchets au centre d’enfouissement et offrent une représentation plus fidèle de l’évolution des quantités éliminées d’une année à l’autre.
Plusieurs facteurs peuvent avoir contribué à cette augmentation, notamment la croissance du tourisme, les arrivées touristiques étant passées de 1,382 million en 2024 à 1,436 million en 2025, soit une progression d’environ 3,9 %. L’accroissement des activités des hôtels, des restaurants, des services de restauration et des entreprises liées au tourisme est susceptible de générer davantage de déchets alimentaires, d’emballages et d’autres déchets résiduels.
Par ailleurs, le niveau général de l’activité économique est demeuré favorable. Le produit intérieur brut de Maurice a progressé de 3,2 % en 2025, tandis que les dépenses de consommation des ménages et des administrations publiques ont augmenté d’environ 2,4 % au cours de la même année.
■ Les efforts de sensibilisation actuels au recyclage et au tri des déchets sont-ils suffisants ou faut-il revoir l’approche adoptée ?
La Waste Management and Resource Recovery Act 2023, promulguée en juillet 2024, établit le cadre réglementaire régissant la valorisation des ressources et la transition vers une économie circulaire. Elle impose à tous les producteurs de déchets l’obligation de procéder au tri à la source et au stockage séparé des différentes catégories de déchets. Toutefois, ces obligations ne deviendront pleinement opérationnelles qu’avec l’entrée en vigueur de règlements spécifiques relatifs au tri des déchets à la source. Dans cette optique, le gouvernement a conclu des accords de concession pour la conception, la construction et l’exploitation de deux Integrated Waste Processing Facilities, situées respectivement dans les régions de l’Ouest et du Nord-Est. Chacune de ces installations disposera d’une capacité de réception d’au moins 130 000 tonnes de déchets par an. Le projet sera opérationnel d’ici la fin de l’année 2028 et les installations devraient permettre de récupérer environ 80 % des matières reçues et de détourner quelque 208 000 tonnes de déchets par an du centre d’enfouissement, sous réserve que le tri à la source soit mis en œuvre de manière satisfaisante par la population. Les règlements rendant obligatoire le tri des déchets à la source devraient entrer en vigueur vers le milieu de l’année 2028.
Dans l’intervalle, au 30 juin 2026, 61 entreprises étaient enregistrées en qualité de recycleurs et d’exportateurs de déchets en vertu des Local Government (Registration of Recycler and Exporter) Regulations 2013. En 2025, les activités combinées de ces entreprises ont permis de détourner 35 925 tonnes de déchets de Mare-Chicose. Les actions de sensibilisation en faveur du tri des déchets à la source et de l’orientation des matières valorisables vers la filière du recyclage devront être poursuivies et renforcées. Cette démarche pourrait être complétée par une implication accrue des secteurs commercial et industriel, en particulier des grands producteurs de déchets, afin d’améliorer les taux de valorisation et de réduire davantage les quantités de déchets destinées à l’enfouissement.
■ Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles qui empêchent les citoyens d’adopter davantage le recyclage et la séparation des déchets ?
À l’heure actuelle, seulement environ 7,4 % des déchets générés sont récupérés et orientés vers des filières de recyclage. Ce taux demeure relativement faible comparativement au taux mondial de recyclage des déchets solides municipaux, qui se situe entre 19 % et 22 %. Dans les pays développés, les taux de recyclage varient généralement entre 30 % et 60 %, tandis que la moyenne des pays de l’Union européenne s’établit à environ 47,7 %.
À Maurice, plusieurs entreprises ont manifesté un intérêt pour le développement d’activités de recyclage. Toutefois, parmi les recycleurs et les exportateurs de déchets, à peine 40 % exercent effectivement leurs activités. Les enquêtes réalisées auprès des opérateurs du secteur ont permis d’identifier les principaux obstacles au développement et à la pérennisation des activités de recyclage : l’absence de tri des déchets à la source, qui entraîne la contamination des matières valorisables, et complique considérablement leur récupération et leur recyclage ; le coût élevé du transport, plusieurs matières recyclables étant peu denses, ce qui accroît le coût de transport par tonne ; le coût élevé de l’électricité, qui réduit la rentabilité économique de nombreuses activités de recyclage ; et les difficultés d’accès au foncier, les projets de recyclage, à l’instar d’autres infrastructures de gestion des déchets, suscitant souvent l’opposition des riverains (Not In My Backyard – syndrome NIMBY). Le principal obstacle à la généralisation du tri des déchets à la source à l’échelle nationale demeure la mise en service des Integrated Waste Processing Facilities. D’ici leur mise en exploitation, le pays continuera de dépendre, dans une large mesure, des efforts conjoints des recycleurs et des exportateurs de déchets.
■ Les déchets de construction ont également augmenté. Est-ce à cause du développement immobilier et des grands projets d’infrastructures dans le pays ?
La quantité de déchets de construction et de démolition (C&D) a augmenté modérément, passant de 5 359 tonnes en 2024 à 5 505 tonnes en 2025, soit une hausse de 2,7 %. Cette augmentation s’inscrit dans le contexte de la poursuite des activités de construction et de développement à Maurice. Bien que le secteur de la construction dans son ensemble se soit contracté de 2,1 % en 2025, après une forte croissance de 13,3 % en 2024, les activités de construction et de développement et les activités du secteur public, notamment les projets d’infrastructures routières et de drainage ainsi que les programmes de logements sociaux, ont également continué à générer des déchets de construction et de démolition.
Avec l’appui d’Expertise France, une étude de faisabilité est en cours afin d’élaborer une stratégie nationale, un cadre de politique publique ainsi qu’une évaluation des besoins en infrastructures pour la gestion durable des déchets de C&D.
■ Les autres types de déchets ont plus que doublé, passant de 2 353 tonnes en 2024 à 4 929 tonnes en 2025. Quels sont les déchets concernés par cette catégorie et pourquoi cette augmentation importante ?
La catégorie des «autres déchets» est établie à partir des registres du centre d’enfouissement et regroupe différents flux de déchets, notamment les boues industrielles, les marchandises confisquées ou déclarées impropres à l’usage, les déchets contenant de l’amiante ainsi que les déchets cliniques. Par conséquent, l’évolution des quantités générées pour ces différents types de déchets ne suit pas nécessairement une tendance constante et peut varier d’une année à l’autre en fonction de circonstances propres à chaque cas. La production de ces déchets dépend principalement d’activités industrielles spécifiques ainsi que de besoins ponctuels d’élimination, ce qui se traduit par des fluctuations irrégulières et difficilement prévisibles.
■ Les deux «Integrated Waste Processing Facilities» seront opérationnelles à partir de fin 2028. D’ici là, quelles mesures peuvent être prises pour éviter une pression supplémentaire sur Mare-Chicose ?
Les exportateurs et les recycleurs sont en cours de transition vers le nouveau régime d’enregistrement prévu par les Waste Management and Resource Recovery (Registration of Recycler and Exporter) Regulations 2026. L’article 19 de la Waste Management and Resource Recovery Act 2023 prévoit que toute entité générant plus de 10 m³ de déchets par semaine est tenue de mettre en œuvre et d’exploiter un programme de tri des déchets à la source. À cet effet, les actions nécessaires sont entreprises au niveau du ministère, notamment par l’émission de directives par le directeur du Department of Waste Management and Resource Recovery ainsi que par l’adoption de règlements visant à promouvoir l’économie circulaire. Ces mesures ont pour objectif de renforcer le détournement des déchets des centres d’enfouissement et de favoriser la valorisation des ressources.
■ Au-delà des infrastructures, faut-il aujourd’hui instaurer des mesures plus contraignantes, comme le principe du «pollueur-payeur», des obligations de tri pour les ménages ou des sanctions contre le gaspillage ?
Le principe du «pollueur-payeur» constitue un principe fondamental en matière de protection de l’environnement et se reflète dans les politiques nationales de gestion des déchets et la loi. Le gouvernement demeure pleinement engagé en faveur de ce principe et œuvre à la mise en place de mécanismes de Responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), les contenants de boissons post-consommation ainsi que d’autres flux de déchets prioritaires, en partenariat avec le secteur privé. Des projets de règlements relatifs à la REP pour les DEEE et les contenants de boissons post-consommation ont été élaborés, et suivent actuellement les procédures de consultation et le processus législatif requis. Le gouvernement élabore également les règlements nécessaires afin de promouvoir le tri des déchets à la source et la collecte séparée de certains flux de déchets désignés, dans le cadre de la transition vers une économie circulaire. Toutefois, ces mesures ne pourront être mises en œuvre que de manière progressive, avec l’appui d’infrastructures de collecte adéquates, de campagnes soutenues de sensibilisation et d’éducation du public, ainsi que de systèmes appropriés de recyclage et de valorisation, afin d’assurer leur conformité, leur acceptation par le public et un changement durable des comportements.
Bien que l’application rigoureuse de la législation et l’imposition de sanctions appropriées soient essentielles pour dissuader les cas persistants de non-conformité et les pratiques illégales en matière de gestion des déchets, il est considéré qu’un changement durable des comportements repose avant tout sur une approche équilibrée combinant l’éducation, la sensibilisation, les mesures incitatives et une application efficace de la réglementation. Les sanctions doivent ainsi compléter, et non se substituer, aux mesures préventives et éducatives.
■ Face à ces chiffres records d’enfouissement, peut-on encore parler d’une crise des déchets à Maurice ou sommes-nous déjà dans une phase de transition vers un nouveau modèle de gestion plus durable ?
Il ne peut être affirmé que Maurice traverse actuellement une crise en matière de gestion des déchets. L’orientation stratégique du gouvernement consiste à mettre en place et à exploiter des infrastructures de grande envergure destinées à assurer la valorisation des matières recyclables ainsi que le compostage des déchets organiques à l’échelle industrielle.
Il est normal qu’une telle transition, d’un système linéaire de gestion des déchets vers un modèle fondé sur les principes de l’économie circulaire, s’échelonne sur plusieurs années, compte tenu des nombreuses étapes qu’elle implique, notamment les procédures de passation des marchés, la satisfaction des conditions préalables nécessaires au démarrage des travaux, la phase de construction, puis la mise en service et l’exploitation des installations. Parallèlement, il est nécessaire de renforcer les capacités logistiques et les ressources humaines des autorités locales, tout en poursuivant les actions d’éducation et de sensibilisation de la population. Dans l’intervalle, Mare-Chicose fait l’objet de travaux de rehaussement vertical afin de porter sa capacité d’enfouissement à environ 12 à 15 années supplémentaires. Ces travaux sont réalisés dans le cadre d’un contrat ayant débuté le 1er juillet 2024 pour une durée de dix ans.
Les risques environnementaux des déchets enfouis
Qualité des sols
«Mare-Chicose n’a, à ce jour, enregistré aucune contamination significative des sols imputable à ses activités. Cette situation s’explique principalement par le système de confinement conçu selon les règles de l’ingénierie, comprenant un complexe d’étanchéité (liner) performant destiné à empêcher la migration des lixiviats vers les sols sousjacents et les eaux souterraines. L’intégrité de ce système d’étanchéité, conjuguée aux infrastructures de collecte et de gestion des lixiviats, assure une protection efficace de l’environnement et garantit le respect des bonnes pratiques en matière d’ingénierie des centres d’enfouissement.
Avec le développement continu des infrastructures du centre d’enfouissement, notamment l’extension de la capacité de stockage des déchets et le renforcement des systèmes de contrôle environnemental, le suivi de la qualité des sols sera davantage consolidé. Une surveillance régulière de la qualité des sols à des points de contrôle prédéfinis autour du site, complétée par des inspections de routine et des audits environnementaux, permettra de détecter précocement tout impact potentiel et de veiller à ce que les mesures correctives appropriées soient mises en œuvre dans les meilleurs délais. Ces dispositions contribueront à la protection à long terme des ressources pédologiques ainsi qu’à l’exploitation durable de Mare-Chicose.»
Gestion des lixiviats
«Les lixiviats, liquides générés par la décomposition des déchets et l’infiltration des eaux de pluie à travers la masse de déchets, devraient augmenter en raison de l’accroissement des volumes de déchets ainsi que des précipitations saisonnières. En conséquence, les systèmes de collecte, de stockage et de traitement des lixiviats seront davantage sollicités, ce qui renforce l’importance du maintien de leur efficacité opérationnelle afin de prévenir tout risque potentiel de contamination des sols et des ressources en eau environnantes. Afin de maintenir les niveaux de lixiviats dans des limites acceptables, la fréquence ainsi que les volumes de lixiviats transportés vers la station de pompage de Roche-Bois pour leur traitement ultérieur seront augmentés. Une surveillance continue et un entretien régulier des infrastructures de gestion des lixiviats permettront de réduire davantage les risques environnementaux et d’assurer le respect des normes environnementales applicables.»
Émissions de gaz à effet de serre
«Les déchets organiques se décomposent en conditions anaérobies dans les centres d’enfouissement, produisant du méthane, un puissant gaz à effet de serre. Étant donné qu’une part importante des déchets produits à Maurice est constituée de matières organiques, la poursuite de l’augmentation des volumes enfouis entraînerait une hausse des émissions nationales de gaz à effet de serre, à moins que des mesures appropriées ne soient mises en œuvre, notamment le détournement des déchets organiques de l’enfouissement, le compostage et l’amélioration des systèmes de captage et de valorisation du méthane.»
Impact sur les communautés avoisinantes
«Les habitants résidant à proximité du centre d’enfouissement peuvent être exposés à des nuisances olfactives, à des émissions de poussières ainsi qu’à une augmentation du trafic des camions, ces effets étant susceptibles de s’accentuer avec l’accroissement des volumes de déchets. Le risque d’incendie, comme l’ont démontré des événements survenus par le passé, demeure également une préoccupation en raison de ses répercussions potentielles sur la qualité de l’air. L’augmentation des plaintes à caractère environnemental souligne la nécessité de maintenir une surveillance étroite de ces enjeux et de poursuivre les efforts visant à mettre en œuvre des solutions durables permettant de réduire progressivement la dépendance à l’enfouissement des déchets.»
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