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Capitaux internationaux

Jean-Raymond Boulle, le trait d’union entre Maurice, l’Afrique et l’Amérique

12 août 2026, 16:00

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Jean-Raymond Boulle, le trait d’union entre Maurice, l’Afrique et l’Amérique

■ Ali AlTurki, fondateur d’ECG, et Jean-Raymond Boulle, président du Jean Boulle Group. Photos: Energy Capital Group.

À l’heure où Washington, DC, prépare la prolongation du régime préférentiel jusqu’en 2028, le fondateur du groupe Jean Boulle devient le président du conseil consultatif d’un nouveau fonds de 300 millions de dollars consacré aux métaux et aux services miniers en Arabie Saoudite. Une nouvelle étape pour cet explorateur mauricien qui a bâti sa réputation sur quelques-unes des plus importantes découvertes minières des dernières décennies.

Jean-Raymond Boulle change de terrain, mais pas de boussole. Le groupe fondé par le Mauricien s’associe à Energy Capital Group (ECG), à plusieurs investisseurs institutionnels saoudiens et à des family offices pour lancer un fonds de capital-investissement d’environ 300 millions de dollars consacré aux métaux industriels et aux services miniers en Arabie Saoudite. Jean-Raymond Boulle, bientôt 75 ans, en prendra la présidence du conseil consultatif. L’annonce, faite le dimanche 9 août par ECG depuis Londres et Riyad, marque une nouvelle incursion de l’homme d’affaires mauricien dans un secteur où son nom est associé depuis plusieurs décennies à la découverte et au développement de ressources stratégiques : nickel, cuivre, cobalt, titane et diamants.

Le nouveau fonds s’inscrit dans la transformation industrielle engagée par l’Arabie Saoudite dans le cadre de Saudi Vision 2030, le vaste programme destiné à réduire la dépendance du Royaume aux hydrocarbures et à développer de nouvelles chaînes de valeur industrielles. ECG entend investir dans des plateformes saoudiennes de services aux métaux et aux mines, avec l’ambition de faire de l’approvisionnement en métaux un service industriel fiable et contractualisé.

Pour Jean-Raymond Boulle, cette opération ressemble moins à une retraite qu’à une nouvelle frontière. «C’est une période particulièrement intéressante pour investir dans l’accélération de la transformation industrielle de l’Arabie Saoudite», a-t-il déclaré, estimant que l’équipe d’ECG combine connaissance du marché local, relations avec les parties prenantes, et plusieurs décennies d’expérience internationale dans les métaux et les mines.

Natif de Curepipe

L’investissement du groupe Jean-Raymond Boulle et de ses partenaires doit contribuer à l’ancrage du fonds, dirigé par Ali AlTurki et Jay Hambro. Mais la fonction confiée à Jean-Raymond Boulle est sans doute plus significative encore que son investissement : son réseau international et son expérience de l’exploration minière seront désormais mis au service d’une stratégie visant à accompagner l’industrialisation du Royaume.

Le parcours du Mauricien explique cette nouvelle fonction. Né à Curepipe, rue Remono, troisième d’une famille de huit enfants, Jean Raymond Boulle perd son père à l’âge de neuf ans. Sa mère emmène alors la famille en Afrique du Sud avant de partir vivre en Grande-Bretagne. Après un premier emploi dans une banque, le jeune Mauricien entre dans l’univers des diamants chez De Beers, où il se forme aux négociations avec les pays producteurs, à l’évaluation des pierres et à la logistique internationale.

Dix ans plus tard, il quitte De Beers et s’installe à Dallas. Il y devient diamantaire avant de comprendre que la valeur la plus importante ne se trouve pas nécessairement dans la pierre extraite, mais dans la capacité à découvrir le gisement. Il constitue alors des équipes de géologues, d’ingénieurs, de métallurgistes, d’avocats et d’experts environnementaux. Son modèle consiste à identifier une ressource, structurer un projet, créer une société, rechercher les financements et les garanties nécessaires, puis éventuellement introduire celle-ci en Bourse ou la céder.

C’est ainsi qu’en 1993, avec Diamond Fields Resources, il s’attaque au sous-sol du Labrador, au Canada. Trois ans plus tard, la société est vendue à Inco pour 4,3 milliards de dollars canadiens. Le gisement de Voisey’s Bay, riche en nickel, cuivre et cobalt, est depuis devenu l’une des grandes références mondiales de ces minerais stratégiques. Cette découverte a profondément marqué la trajectoire de Jean-Raymond Boulle. Elle illustre aussi sa conviction que l’exploitation minière ne peut être dissociée du développement des territoires. Au Labrador, il a notamment défendu un accord donnant aux populations autochtones des droits prioritaires sur les contrats liés à la mine.

En Sierra Leone, après la guerre civile, ses activités minières ont également participé à la reprise économique, avec plusieurs milliers d’emplois créés, selon le récit qu’il en a fait. Il y a été décoré de l’Ordre de Rokel.

L’Afrique, puis les minerais stratégiques

L’Afrique demeure au cœur de sa vision. Jean-Raymond Boulle a participé à des projets en Angola, en Sierra Leone, en République démocratique du Congo, à Madagascar et ailleurs. Avec Marc Hein et les frères Jules et Guy Leclézio, il a notamment été associé à la découverte du vaste gisement de sables minéralisés de Toliara, à Madagascar, riche notamment en titane. Il s’est également intéressé aux diamants sous-marins au large de la Namibie et à des projets en Australie, au Brésil, au Canada, en Papouasie-Nouvelle Guinée et en Europe. Plus récemment, son groupe s’est positionné sur des projets de cuivre en Zambie, de diamants en Angola, de zircon à Madagascar ainsi que sur des ressources minières au Groenland et en Finlande.

Cette diversification répond à une nouvelle géopolitique des minerais. La transition énergétique, les batteries, les infrastructures numériques et l’intelligence artificielle accroissent la demande pour le cuivre, le nickel, le cobalt, le titane et d’autres minerais critiques. La compétition pour leur accès est devenue une question industrielle autant que stratégique. C’est précisément sur cette nouvelle carte que l’Arabie Saoudite entend se positionner.

Malgré une vie partagée entre Monaco, la Toscane et Dallas, Jean-Raymond Boulle n’a jamais complètement rompu avec Maurice. Il y a investi dans l’énergie, notamment au sein d’Omnicane, et dans la pêche à travers The Raphaël Fishing Company, qui détient des îles à Saint-Brandon. Il s’est également engagé en faveur de la protection de l’environnement, notamment à travers Kestrel Valley, tandis que son épouse Nathalie soutient depuis longtemps la préservation des espèces et de la biodiversité. Le couple a notamment contribué aux efforts de conservation du kestrel mauricien et d’espèces endémiques menacées.

Son influence dépasse par ailleurs les mines. Jean-Raymond Boulle a joué un rôle dans les discussions ayant accompagné la mise en œuvre de l’AGOA, le dispositif américain destiné à favoriser les échanges commerciaux avec l’Afrique. Il a ainsi défendu l’idée que les économies africaines doivent pouvoir transformer localement leurs ressources et accéder aux marchés internationaux. Son groupe s’est aussi aventuré dans la médecine, développant des dispositifs de remplacement de valves cardiaques, ainsi que dans les biotechnologies et les matériaux innovants.

À l’heure où l’Arabie Saoudite cherche à transformer sa puissance financière en puissance industrielle, le parcours de Jean-Raymond Boulle trouve donc un nouveau terrain d’expression. Le petit garçon de la rue Remono, devenu explorateur de gisements aux quatre coins du monde, n’a manifestement pas fini de chercher. Son prochain territoire d’exploration pourrait être moins enfoui sous terre que stratégique  : celui d’une Arabie Saoudite qui veut convertir ses milliards de pétrole en une nouvelle puissance industrielle.


À la conquête des capitaux

Du 6 au 9 décembre, Maurice accueillera plus de 2 500 décideurs venus des ÉtatsUnis et d’Afrique pour l’US-Africa Business Summit, organisé par le Corporate Council on Africa en partenariat avec le gouvernement mauricien. Chefs d’État et de gouvernement, ministres, dirigeants de multinationales, investisseurs, institutions financières et responsables économiques se retrouveront autour d’un même enjeu : accélérer les échanges et les investissements entre les deux rives de l’Atlantique.

Pour Maurice, l’importance du rendez-vous dépasse largement son impact immédiat sur l’hôtellerie, les services ou l’événementiel. L’enjeu est de faire de l’île une véritable plateforme d’investissement américaine vers l’Afrique. C’est une ambition qui repose sur des atouts réels : son réseau financier, ses services professionnels, ses liens avec le continent et son positionnement géographique.

Le calendrier donne au sommet une portée supplémentaire. Le Sénat américain vient d’adopter, par 90 voix contre six, le texte prévoyant la prolongation de l’AGOA jusqu’à fin 2028. Si la Chambre des représentants confirme ce vote, les entreprises africaines conserveront un accès préférentiel au marché américain, tandis que les investisseurs disposeront d’une visibilité accrue.

Maurice doit donc utiliser décembre pour élargir son discours au-delà du textile. L’AGOA peut être une porte d’entrée vers les États-Unis, le sommet, une vitrine pour les opportunités africaines et le centre financier mauricien, l’infrastructure permettant aux capitaux de circuler.

Le véritable test commencera toutefois après le 9 décembre : combien de projets, de capitaux et d’emplois Maurice saura-t-elle ramener de ce grand rendez-vous ?

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