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National Social Inclusion Foundation

Plus de Rs 1 milliard à 240 ONG : Quid de l’argent une fois versé ?

11 août 2026, 17:00

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Plus de Rs 1 milliard à 240 ONG : Quid de l’argent une fois versé ?

Photo d'illustration.

Rs 1,058 millions décaissées à 240 bénéficiaires. Le chiffre a été rendu public le 2 juin, quand le ministre de l’Intégration sociale, Ashok Subron, a déposé au Parlement, pour la première fois, la liste complète des organisations non gouvernementales (ONG) financées par la National Social Inclusion Foundation (NSIF) pour 2025-26. Un mécanisme en huit cadres de financement, une gouvernance que sa présidente, Caroline Fitz-Gibbon, a détaillée le 19 juin, et une question en suspens : le board de la NSIF doit encore statuer sur la place des fondations liées à de grands groupes privés. Que devient cet argent une fois versé ?

Les trois plus gros bénéficiaires du Funding Framework F1, le mécanisme de financement récurrent de la NSIF, qui couvre les coûts de fonctionnement et les programmes réguliers des ONG, par opposition aux financements ponctuels de projets, nous expliquent. Il a mobilisé à lui seul Rs 836,4 millions pour 161 ONG cette année. En tête : SOS Villages d’enfants, avec Rs 47,15 millions approuvées et le plus grand écart entre demandé et décaissé du tableau. Suivent Caritas Île Maurice (Rs 46,98 millions) et Fondation pour l’Enfance Terre de Paix (Rs 37,96 millions).

Le plus gros bénéficiaire et le plus grand écart

Sur la liste des 161 ONG financées au titre du F1 pour 2025-26, SOS Villages d’enfants Maurice affiche le montant approuvé le plus élevé : Rs 47,15 millions. Seuls Rs 30,77 millions ont été décaissées, un écart de Rs 16,4 millions, le plus important du tableau. «On fait avec», dit le directeur général, Chetanand Bundhoo. Le montant manquant concernait des projets de maintenance et de réhabilitation, non approuvés faute de fonds, selon lui ; le budget est soumis en amont et c’est la NSIF qui tranche selon ses contraintes. Fondée il y a 35 ans et affiliée à SOS International, l’ONG gère deux villages, à Bambous et à Beau-Bassin, qui accueillent entre 75 et 78 enfants référés par le ministère de l’Égalité des genres.

La structure emploie une centaine de personnes, dont les salaires pèsent, selon Chetanand Bundhoo, près de la moitié du budget. Les fonds NSIF couvrent l’éducation, le transport, l’argent de poche, la nourriture, ainsi que des programmes annexes : soutien à la jeunesse, renforcement familial, accompagnement post-placement. Le manque à gagner n’a pas mis l’organisation en péril, grâce à des dons privés et des financements ponctuels d’organisations internationales SOS Villages. Mais si la NSIF réduisait sa contribution, l’impact serait direct, affirme le directeur général : «Définitivement.» Le budget augmente chaque année, moins par choix que par nécessité : le prix de la nourriture, du diesel, et les salaires, désormais alignés sur le salaire minimum, pèsent un peu plus lourd à chaque exercice. Sur le contrôle des fonds, il affirme que la NSIF exerce un monitoring strict en fin d’année.

Deuxième bénéficiaire du F1 avec Rs 46 976 350, Caritas Île Maurice précise que cette somme ne finance que deux de ses dix programmes, 17centres d’éveil, deux crèches, deux abris de nuit, 21 structures en tout. Présente depuis plus de 60 ans dans 53 localités, l’organisation accompagne chaque année 5 333 familles, soit 21 332 bénéficiaires, avec 203 collaborateurs et plus de 1 000 bénévoles. Caritas a reçu l’intégralité du montant approuvé, mais seulement 82 % du budget demandé. Le financement couvre le soutien aux équipes de terrain, les repas, les activités éducatives, l’accompagnement des familles, l’hébergement de nuit, l’entretien des infrastructures, les normes sanitaires et sécuritaires, la formation du personnel. Il représente, selon Caritas, 60 % du coût de ces deux programmes.

Une évaluation menée en 2026 au Centre d’éveil de Sainte-Catherine – 89 questionnaires, 16 entretiens, deux focus groups – donne des chiffres précis : 78 % des parents disent faire davantage confiance au dispositif ; 63 % constatent une plus grande autonomie de leurs enfants ; 74 % une meilleure participation aux activités de groupe ; et 73 % une meilleure communication. Plus de 90 % des parents déclarent encourager davantage l’autonomie de leur enfant à la maison. Une baisse du soutien obligerait à revoir les heures de service, prévient Caritas, faute de moyens pour les maintenir. Chaque dépense est suivie : rapports financiers et narratifs, audits, contrôles des bailleurs. Le modèle de Caritas repose depuis 2005 sur plusieurs sources : donateurs individuels, fondations, entreprises, paroisses, collectes, dons en nature, bénévolat. La NSIF n’en constitue qu’une part.

Coupes dans le matériel scolaire malgré l’allocation

Troisième bénéficiaire du F1 avec Rs 37,96 millions décaissées intégralement, Terre de Paix a pourtant dû réduire certaines dépenses, notamment le matériel scolaire, faute de fonds. «Il a fallu faire des choix et couper dans certains postes, notamment pour le matériel scolaire, parce que les fonds disponibles ont diminué», indique le directeur, Alain Muneean. «Nous offrons des services que l’État ne peut pas toujours fournir comme il le faudrait, notamment aux familles défavorisées. L’argent que nous recevons à travers la NSIF n’est pas suffisant pour couvrir l’ensemble de nos activités», préciset-il. Terre de Paix gère des centres maternels et garderies à Albion, Grand-Baie, Flacq, Goodlands et Tamarin ; intervient auprès des détenus à la prison de Beau-Bassin ; et mène des projets communautaires, centres de jardinage et une école spécialisée. Elle gère aussi une résidence pour familles avec enfants et emploie environ 130 personnes, pour un budget annuel avoisinant les Rs 40 millions. «L’aide du gouvernement est importante, mais elle ne constitue pas notre seule source de financement», ajoute-t-il.

Pour la Young Queer Alliance, le soutien de la NSIF est à la fois une reconnaissance du travail mené et une réponse à des besoins réels de la communauté LGBTQIA+ à Maurice. Malgré les avancées récentes, beaucoup font encore face à l’exclusion familiale, l’isolement social et la discrimination liée à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Le harcèlement scolaire touche de nombreux jeunes, avec des conséquences sur leur parcours éducatif et professionnel. Les personnes transgenres rencontrent des obstacles dans l’accès à l’emploi, à la santé mentale et aux soins d’affirmation de genre. Certains droits existent, mais leur application reste limitée. Le financement permet de renforcer l’accompagnement et l’écoute active, d’organiser des espaces sûrs et de développer des formations pour les jeunes et les entreprises. Il finance aussi du matériel éducatif digital, des campagnes sur la santé mentale, la santé sexuelle et le VIH ainsi que le travail de plaidoyer de l’organisation.

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