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Reportage

Dans les pas d’Evans Cheun Swee : Le combat d’une famille, le rêve d’un champion

10 août 2026, 09:50

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Dans les pas d’Evans Cheun Swee : Le combat d’une famille, le rêve d’un champion

Il y a cinq ans, Evans Cheun Swee découvrait le taekwondo sous l’impulsion de son père. Aujourd’hui, il s’apprête à représenter Maurice aux Jeux des Îles de l’océan Indien de 2027, avec toute la fierté de Rodrigues. Derrière cette sélection, se raconte bien plus qu’un parcours sportif : l’histoire d’un jeune homme, d’une famille unie, d’entraîneurs passionnés et d’une île qui croit profondément en sa jeunesse.

Le soleil n’a pas encore totalement percé l’horizon lorsque les premières foulées viennent marquer le sable. Face au lagon turquoise de Rodrigues, Evans Cheun Swee s’entraîne déjà. Pieds nus, il alterne courses, accélérations, coups de pied et exercices physiques. À quelques mètres, ses entraîneurs, Laval Plaiche et le Grand Maître Mario Hung Wai Wing observent chacun de ses mouvements.

Les consignes s’enchaînent. Une correction sur la garde. Un rappel sur un appui. Un déplacement à ajuster. Evans écoute, acquiesce d’un signe de tête, puis recommence. Encore. Jusqu’à ce que le geste soit parfaitement exécuté.

Lorsqu’il ne s’entraîne pas au dojo, le sable devient un partenaire de travail. Chaque appui exige davantage d’effort, chaque foulée renforce les jambes. Mais c’est surtout la détermination qui se façonne.

Ici, il n’y a ni tribunes, ni projecteurs, ni applaudissements. Seulement le bruit des vagues, le souffle du vent et les encouragements de ceux qui le préparent à l’échéance la plus importante de sa jeune carrière. Dans un an, ce décor laissera place aux tatamis des Jeux des Îles, où Evans défendra les couleurs de Maurice.

Express.mu (620 x 330) (32) Une aventure qui se vit en famille : les parents d’Evans ne sont jamais loin, partageant avec lui les efforts, les espoirs et les moments qui façonnent son parcours.

Il y a seulement cinq ans, son père lui fait découvrir le taekwondo. En quelques saisons, cette discipline transforme son quotidien. Les entraînements s’intensifient, les progrès deviennent visibles et les titres de champion de Rodrigues s’enchaînent jusqu’à cette sélection pour le plus grand rendez-vous sportif de la région.

À Rodrigues, pourtant, rien ne s’obtient facilement. Les infrastructures restent limitées, les occasions de se confronter régulièrement au très haut niveau sont moins nombreuses et chaque déplacement vers Maurice demande une organisation importante, tant sur le plan logistique que financier.

Ces contraintes ont forgé le caractère d’Evans. Ici, les victoires ne reposent pas uniquement sur le talent. Elles naissent de la persévérance, des sacrifices et de la solidarité. Sa sélection est ainsi devenue une immense source de fierté pour sa famille, ses entraîneurs et toute une île.

Une vocation née à la maison

Lorsque Jean-Stephen Cheun Swee évoque son fils, il ne parle pas d’abord des médailles. Moniteur-éducateur de profession, passionné d’agriculture et de pêche, aujourd’hui membre du comité régional de taekwondo, il connaît les bienfaits du sport sur les jeunes.

«Lorsque j’ai découvert le taekwondo, j’ai constaté que cette discipline avait un effet très positif sur les enfants. Les enfants qui pratiquent le taekwondo rencontrent généralement beaucoup moins de problèmes de discipline. C’est donc un sport que j’apprécie énormément», explique le paternel.

Express.mu (620 x 330) (33) Entouré de Barlen Marday et du Grand Maître Mario Hung Wai Wing, Evans poursuit son entraînement avec un objectif bien précis : être prêt pour les prochains Jeux des Îles. À Rodrigues, c’est Laval Plaiche qui assure son suivi et l’accompagne dans sa préparation.

Très vite, il choisit d’initier son fils à cette discipline. Au fil des entraînements, il voit Evans évoluer comme athlète, mais surtout comme jeune homme. «Mon fils a cette volonté de persévérer dans cette discipline. Cela m’encourage naturellement à lui apporter tout mon soutien. Il a beaucoup mûri et il est devenu plus responsable. Je pense sincèrement que le sport y est pour beaucoup», témoigne-t-il.

Pour Jean-Stephen, la plus belle victoire ne se compte pas en médailles, mais se mesure au quotidien, à travers les progrès de son fils, devenu plus discipliné, plus responsable et respectueux.

Une famille derrière chaque combat

Derrière chaque entraînement se cache une organisation que peu de spectateurs imaginent. Déplacements entre Rodrigues et Maurice, compétitions, équipements, heures consacrées au sport : la réussite d’un jeune athlète repose aussi sur les sacrifices de toute une famille.

Jean-Stephen en est convaincu : le rôle des parents dépasse largement le simple fait d’accompagner un enfant à l’entraînement. «Les enfants restent des enfants, mais ce sont les adultes qui les accompagnent, les guident et influencent leur manière de réfléchir. Ils suivent aussi, en grande partie, l’exemple que nous leur donnons», dit-il d’un ton assuré.

Express.mu (620 x 330) (34) Aux côtés de sa mère Jane, un soutien précieux dans les moments de victoire comme dans les épreuves.

Aujourd’hui, il poursuit son engagement au sein du comité régional de taekwondo avec la même conviction : permettre à d’autres jeunes Rodriguais de vivre cette aventure. Parce qu’un champion ne se construit jamais seul.

Au-delà des médailles

Si son père lui a transmis la passion du taekwondo, une autre présence l’accompagne depuis toujours : celle de sa mère. Pour Jane Cheun Swee, chaque compétition est un mélange de fierté, d’inquiétude et d’émotion. Derrière le compétiteur, c’est son fils qu’elle voit.

«En tant que maman, ce qui me rend la plus fière, ce n’est pas seulement de voir Evans gagner des médailles. C’est de le voir grandir, devenir plus responsable, plus discipliné et plus confiant. Le taekwondo l’aide à devenir un meilleur jeune homme», confie la mère de famille.

Chez les Cheun Swee, le sport rythme désormais le quotidien : réveils avant l’aube, entraînements, déplacements et sacrifices. «Nous faisons des sacrifices, mais nous le faisons avec plaisir, parce que nous croyons en lui et en ses rêves», assure-t-elle.

Dans les moments difficiles, la famille reste son premier soutien. «Notre rôle est d’être présents, de lui rappeler pourquoi il a commencé et de continuer à croire en lui», poursuit-elle.

Jane souhaite surtout que son fils conserve les valeurs transmises par le taekwondo. «Nous voulons avant tout qu’il devienne un jeune homme respectueux, humble et persévérant. Les médailles passent, mais les valeurs restent.»

Une phrase résume finalement sa vision : «Un enfant ne réussit jamais seul. Derrière lui, il y a une famille, des entraîneurs et des personnes qui croient en lui. Nous essayons simplement de lui donner toutes les chances de réaliser son rêve.»

Le rêve d’un jeune rodriguais

Lorsqu’Evans évoque son parcours, il parle moins des sacrifices consentis que de tout ce que le taekwondo lui a apporté. Il y a cinq ans, lorsqu’il découvre cette discipline grâce à son père, il est loin d’imaginer qu’elle le conduira jusqu’aux Jeux des Îles.

Les entraînements deviennent plus réguliers, les progrès suivent, puis viennent les premiers titres de champion de Rodrigues. «Quand j’ai commencé le taekwondo, je voulais simplement apprendre. Aujourd’hui, j’ai la chance de représenter Rodrigues et je mesure tout le chemin parcouru. C’est une grande fierté, mais aussi une responsabilité», affirme le sportif.

Express.mu (620 x 330) (35) Avec son père Jean-Stephen, celui qui lui a fait découvrir le taekwondo il y a cinq ans.

La sélection pour les Jeux des Îles marque un tournant. «Un rêve qui devient réalité. Je donnerai le meilleur de moimême pour représenter Rodrigues avec honneur», déclame-t-il.

Lorsqu’on lui demande ce qui l’a conduit jusque-là, Evans pense immédiatement à ceux qui l’ont accompagné. «Derrière chaque entraînement, il y a beaucoup de sacrifices. Les miens, mais surtout ceux de mes parents et de mes entraîneurs. Sans eux, je ne serais jamais arrivé jusqu’ici.»

Ses entraîneurs occupent eux aussi une place essentielle. «Ils ne m’ont pas seulement appris à pratiquer le taekwondo. Ils m’ont appris le respect, la discipline et à toujours vouloir progresser», finit-il par reconnaître.

Et lorsqu’il parle de Rodrigues, son regard s’illumine : «Je suis fier de porter les couleurs de Rodrigues. J’espère que mon parcours donnera envie à d’autres jeunes de croire en leurs rêves et de se lancer dans le sport.»

La médaille d’or reste évidemment un objectif. Mais Evans refuse d’en faire une obsession. «Bien sûr, je rêve de la médaille d’or. Mais je sais qu’avant de penser au résultat, je dois continuer à travailler chaque jour avec sérieux et humilité.»

Dans le regard des entraîneurs

Sur la plage, rien n’échappe au regard de Laval Plaiche et du Grand Maître Mario Hung Wai Wing. Un appui légèrement décalé. Une garde un peu trop basse. Un enchaînement à reprendre. Chaque correction est immédiate. Evans écoute, ajuste son mouvement et repart.

Pour Laval Plaiche, son caractère fait toute la différence : «Evans est un garçon qui ne renonce jamais», constate-t-il.

Express.mu (620 x 330) (36) Evans Cheun Swee, le regard tourné vers les Jeux des Îles de l’océan Indien 2027.

Le Grand Maître Mario Hung Wai Wing met l’accent sur une autre qualité : «Son plus grand atout n’est pas son talent, mais sa capacité à apprendre», soutient l’expérimenté coach.

Deux regards. Une même conviction. À l’approche des Jeux des Îles, les entraînements deviennent plus exigeants. La progression d’Evans ne repose pas uniquement sur ses qualités physiques, mais sur cette volonté permanente d’apprendre, de corriger chaque détail et de repousser ses limites.

Le jour où Evans Cheun Swee entrera sur le tatami des Jeux des Îles de l’océan Indien, un seul nom apparaîtra sur la feuille de compétition. Pourtant, il ne combattra jamais seul.

Avec lui seront les encouragements d’un père qui a cru aux vertus du sport avant même de penser aux médailles. L’émotion d’une mère qui vit chaque combat avec la même intensité. Les conseils de deux entraîneurs qui ont choisi de croire en lui. Et toute une île qui suivra son parcours avec fierté.

À Rodrigues, les rêves ne prennent pas toujours naissance dans de grandes infrastructures sportives. Ils naissent parfois au lever du jour, sur une plage, dans le silence d’un entraînement où les vagues, le vent et les voix des entraîneurs accompagnent les mêmes gestes répétés inlassablement.

Quelques heures plus tard, la marée aura effacé les traces laissées dans le sable. Pas celles des milliers d’heures d’entraînement, des sacrifices ni des valeurs qui ont façonné Evans.

Lorsque le jeune Rodriguais montera sur le tatami aux Comores sous les couleurs de Maurice, beaucoup verront un compétiteur. Ceux qui connaissent un jeune Rodriguais portant avec lui les espoirs de toute une île.

Et ils se souviendront que, bien avant les projecteurs des Jeux des Îles, tout avait commencé là, un matin, sur une plage de Rodrigues.

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