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Tour d’horizon
La grande recomposition du paysage politique
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Tour d’horizon
La grande recomposition du paysage politique
Le 7 novembre 2024, à Bel Air, Navin Ramgoolam et Chetan Baboolall arborant fièrement les couleurs de l’Alliance du Changement. Désormais, ils vont croiser le fer au Parlement. (Photos : © Dev Ramkhelawon)
Le plus intéressant, dans la séquence politique actuelle, n’est peut-être pas le prochain remaniement ministériel, ni même le remplacement de Joe Lesjongard à la tête de l’opposition. C’est le paradoxe d’un système politique qui, 21 mois après un 60-0 historique, donne l’impression d’avoir changé de majorité, d’opposition et de rapports de force – sans que le Parlement ait été renouvelé.
Le 60-0 de novembre 2024 avait produit une configuration presque parfaite : les vainqueurs constituaient à la fois le gouvernement et, dans une certaine mesure, l’opposition. Le MSM, balayé des circonscriptions mais pas tout à fait de l’Assemblée nationale, s’était retrouvé dans une position singulière : un élu seulement face à une majorité écrasante de l’Alliance du Changement.
C’est précisément cet unique élu qui a occupé l’espace de l’opposition parlementaire. Joe Lesjongard en a fait l’expérience pendant de longs mois. Seul à mener frontalement le combat face à une majorité qui disposait de tous les leviers, il ne s’est pas laissé intimider par la loi du nombre ; il revendique aujourd’hui 55 PNQ, un travail parlementaire qu’il a accompli avec sérieux et détermination. Il quitte son poste sans amertume affichée, mais avec cette formule qui résume assez bien son bilan : «J’espère avoir été à la hauteur de la mission qui m’a été confiée.»
Son remplacement est, lui aussi, révélateur de la recomposition en cours. Chetan Baboolall, élu en tête de liste dans la circonscription n° 10, est passé de la majorité victorieuse à l’opposition en suivant Paul Bérenger. L’ironie politique est savoureuse : celui qui appartenait au camp qui avait réalisé le 60-0 se retrouve à diriger l’opposition contre ceux avec lesquels il avait remporté et savouré cette victoire.
Le paysage ne s’est donc pas seulement déplacé. Il s’est décomposé pour se recomposer.
L’Alliance du Changement, qui avait transformé l’élection de novembre en raz-de-marée, a depuis connu ses premières fissures. Le départ de Bérenger du gouvernement, les tensions autour de certains ministres et Junior Ministers, la révocation de Sydney Pierre après son vote contre le Finance Bill, le départ de Véronique Leu-Govind de ses responsabilités gouvernementales et, maintenant, les interrogations autour du remaniement dessinent une majorité beaucoup moins homogène qu’au lendemain des élections.
Sydney Pierre constitue à cet égard un cas d’école. Il a perdu son poste, mais pas son mandat. Et surtout, il a retrouvé ce qu’il présente comme sa «liberté de parole». Son refus de voter la clause controversée sur les pensions pourrait bien être davantage qu’un accident parlementaire : dans une majorité qui cherche à imposer une réforme aussi politiquement sensible, chaque voix dissidente devient potentiellement un point de cristallisation.
Pendant ce temps, le MSM tente de transformer sa défaite électorale en reconstruction politique. Joe Lesjongard assure que «notre électorat est solide et mobilisé.» Le récent meeting de Flacq doit être lu dans cette perspective. Le parti soleil cherche à démontrer qu’il n’a pas disparu avec le 60-0 et prépare déjà un nouveau discours autour du pouvoir d’achat et de la dignité des citoyens.
Roshi Bhadain, lui, occupe un autre espace. Avec son Right to Recall, sa contestation des pouvoirs de la Financial Crimes Commission et sa préparation des élections villageoises, il cherche à convertir la colère politique en implantation locale. Le pari est clair : puisque le prochain grand rendez-vous national n’est pas pour demain, il faut reconstruire par le terrain.
Le MMM, après la sortie de Bérenger du gouvernement, se trouve lui aussi devant un choix : rester un partenaire de majorité tout en préservant son identité, ou utiliser la nouvelle configuration pour reconstruire progressivement un espace politique autonome.
Et le gouvernement ? Il avance avec son agenda de réformes, mais entre plusieurs feux : la réforme des pensions, la réorganisation administrative, les institutions, la lutte contre la drogue et la prochaine National Crime Agency – qui exigent une cohésion politique que les événements récents ont sérieusement mise à l’épreuve.
Le prochain remaniement sera donc moins un simple jeu de chaises musicales qu’un révélateur. Qui reste ? Qui monte ? Qui change de portefeuille ? Qui accepte encore la discipline collective ?
Vingt et un mois après le 60-0, une chose apparaît déjà clairement : les chiffres de novembre 2024 sont restés les mêmes ; les rapports de force, eux, ne le sont plus. C’est probablement là que commence la véritable recomposition politique.
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