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Dette publique : ne pas dépasser la limite du tolérable
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Dette publique : ne pas dépasser la limite du tolérable
La Banque de Maurice a communiqué, fin de semaine dernière, les détails de son programme d’émission des titres publics. Ainsi, l’institution va lever Rs 29,6 milliards sur le marché de la dette à travers l’émission de bons du Trésor, de Treasury Notes et d’obligations d’État. Les adjudications s’étaleront sur la période du 14 août au 11 décembre
La Banque de Maurice mettra, entre autres, à la disposition des potentiels acheteurs des obligations de très long terme, soit des billets arrivant à échéance dans 10 ans, 20 ans et 30 ans pour un montant de Rs 7,5 milliards. Quand on sait que le spread entre les obligations à 2 ans et celles à 10 ans émises par la Banque de Maurice est calculé à 101,5 points, il va sans dire que ces billets seront du pain bénit pour les investisseurs institutionnels vu qu’ils devraient être rémunérés autour de 6 %, voire plus, surtout si la Banque de Maurice relève son Key Rate à l’issue de la prochaine réunion du comité de politique monétaire le 12 août. Ce qui est une forte probabilité compte tenu des risques inflationnistes découlant de la crise au Moyen-Orient et de la recommandation du Fonds monétaire international dans ses dernières Selected Issues enjoignant la Banque centrale à resserrer les conditions monétaires pour casser l’inflation si le besoin se faisait sentir.
La conséquence immédiate de ce programme d’émission de titres publics, c’est qu’il pèsera de tout son poids sur la dette publique. À fin juin, la dette publique était calculée à Rs 681,9 milliards, soit l’équivalent de 89,3 % du PIB. Elle devrait potentiellement dépasser les Rs 700 milliards dès le premier trimestre de 2027. À ce chiffre, il faut ajouter la ligne de crédit de Rs 20,5 milliards que l’Inde a approuvée le mois dernier en faveur de Maurice dans le cadre du Special Economic Package. Les fonds seront décaissés par l’Exim Bank et serviront à financer plusieurs projets d’infrastructures, notamment l’autoroute M4, la Ring road et la nouvelle tour de contrôle de l’aéroport SSR. Va-t-on dépasser la limite de ce qui est tolérable ?
La volatilité des prix des produits pétroliers met ces jours-ci une pression énorme sur certains corps parapublics, comme la State Trading Corporation et le Central Electricity Board. D’où, fort probablement, la démarche de l’État de se tourner vers le marché de la dette pour lever des fonds, mais il n’en demeure pas moins qu’on s’expose au risque d’une rétrogradation de notre note souveraine par Moody’s si l’état des finances publiques ne s’améliore pas.
Il est, par ailleurs, un fait qu’après avoir alerté l’opinion publique sur le niveau «insoutenable» de la dette publique dans le sillage de la publication du rapport sur le State of the Economy en décembre 2024, le gouvernement n’a pas été en mesure de redresser la barre. Ainsi, la dette publique s’élevait à Rs 559,1 milliards (83,4 % du PIB) en juin 2024 pour ensuite grimper à Rs 608,2 milliards en décembre 2024. Depuis, elle a constamment augmenté, atteignant Rs 634,73 milliards (juin 2025), Rs 654,47 milliards (septembre 2025), Rs 675,4 milliards (mars 2026) et Rs 681,9 milliards (juin 2026).
Dans ses dernières estimations budgétaires, le gouvernement s’attend à ce que la dette publique augmente progressivement à Rs 721,29 milliards en juin 2027 (85,6 %), à Rs 751,12 milliards (82,6 %) avant d’atteindre Rs 781,67 milliards à fin juin 2027. Toutefois, elle ne représenterait alors que 79,8 % du PIB. Ce calcul part d’un scénario où dans trois ans, le PIB grossirait à Rs 979,5 milliards. Autrement dit, à l’aube de 2030, l’économie ne sera pas loin d’atteindre la taille des Rs 1 000 milliards.
Pour le moment, on est encore très loin de cet objectif. La priorité des priorités doit être de contenir coûte que coûte la dette publique et de mettre en place une stratégie de gestion de la dette efficace. S’il est un fait que l’État n’a d’autre choix que d’emprunter pour financer les gros chantiers, il est tout aussi vital qu’il fasse preuve de discipline et réduise son train de vie.
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