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Echouement du «MV Wakashio»
Six ans après, le lagon renaît, les cicatrices demeurent
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Echouement du «MV Wakashio»
Six ans après, le lagon renaît, les cicatrices demeurent
■ À Rivière-des-Créoles, les habitants affirment que des traces de fioul apparaissent encore lorsqu’ils retournent le sable à la recherche d’appâts ou de coquillages.
Le brouhaha du marché de Mahébourg couvre presque le clapotis du lagon. En ce lundi de foire, les marchands interpellent les passants, les familles profitent des vacances scolaires et les pêcheurs reprennent leurs habitudes sur le Waterfront. Les bateaux se balancent sur une eau redevenue turquoise. À première vue, rien ne rappelle la catastrophe qui, en juillet 2020, avait plongé le Sud-Est dans l’angoisse.
Le 25 juillet de cette année-là, le vraquier japonais MV Wakashio s’échouait sur les récifs de Pointe-d’Esny. Quelques jours plus tard, des centaines de tonnes de fioul lourd se déversaient dans le lagon, souillant les mangroves et bouleversant durablement l’écosystème. Six ans plus tard, les paysages ont retrouvé leurs couleurs. Mais sous le sable, dans les racines des palétuviers et dans les mémoires, les traces demeurent.
Sur le front de mer, Pierre Radegonde surveille sa ligne avec patience. Depuis qu’il est à la retraite, cet habitant de Beau-Vallon passe une bonne partie de son temps à pêcher. «Aujourd’hui, ça mord. Quand les conditions sont bonnes, on peut repartir avec deux ou trois poissons», raconte-t-il. Pour lui, le retour des espèces est le signe le plus encourageant. «Pendant plusieurs années, il n’y avait presque plus rien. Aujourd’hui, on retrouve des cordonniers, des mulets, des carangues, des Bretons. Les poissons reviennent doucement.»
Autour de lui, plus aucune trace de pétrole n’est visible. Les habitants ont retrouvé le chemin du lagon. «On ne voit plus le fioul sur l’eau. Les gens reviennent profiter de la mer. On se sent davantage en sécurité.» Puis il nuance aussitôt. «Mais on n’oublie pas ce qu’on a vécu.»

■ Le lagon de Mahébourg, dominé par la silhouette emblématique de la montagne du Lion, a retrouvé ses eaux turquoise. Une image apaisante, qui contraste avec les souvenirs encore bien vivaces de l’échouement du «MV Wakashio».
À quelques pas, Devanand Kalka observe des enfants qui jouent face à la mer. «Regardez-les... Ils profitent simplement de leurs vacances.» Il inspire profondément. «Aujourd’hui, on peut à nouveau respirer l’air du lagon. Pendant longtemps, venir s’asseoir ici n’était plus un plaisir. La catastrophe du MV Wakashio est toujours dans les esprits, même si nous avons appris à vivre avec.»
Sous le sable, le pétrole est toujours là
À Rivière-des-Créoles, le décor est différent. L’eau est plus sombre à l’embouchure de la rivière et les mangroves dominent le paysage. Rajen Rattaih montre du doigt certaines racines encore noircies. «Elles ont gardé les marques du pétrole.» Pour lui, la catastrophe appartient autant au présent qu’au passé. «Les visiteurs voient une mer propre. Nous savons ce qu’il y a dessous.»
Les pêcheurs viennent régulièrement retourner le sable pour récupérer des vers servant d’appâts. «Dès qu’ils creusent un peu, ils retrouvent encore du fioul. Il est toujours enfoui sous le sable.» Le constat est partagé par Ganmagay Cheekhoree. Autrefois, les habitants venaient également récolter le «bétail», un coquillage utilisé dans les currys. «Aujourd’hui, quand on fouille le sable, on tombe parfois sur du pétrole. Beaucoup préfèrent jeter les coquillages plutôt que de prendre le risque de les manger.»

■ À travers leurs récits, les habitants du Sud-Est racontent six années de patience, d’adaptation et d’espoir face à la lente reconstruction de leur environnement, nommément Pierre Radegonde, Devanand Kalka, Ganmagay Cheekhoree, et Rajen Rattaih.
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