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Les lois derrière les promesses

31 juillet 2026, 08:30

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Le Finance Bill 2026, accompagné de l’Economic and Financial Measures (Miscellaneous Provisions) Bill, appartient à cette catégorie de textes qui dépassent largement la mécanique budgétaire. En près de 250 pages, ils modifient plus de 80 lois, réforment la fiscalité, les pensions, la dette publique, la TVA, les douanes et la gouvernance de plusieurs organismes publics. Une telle ambition législative exige une exigence démocratique équivalente.

C’est ici que les critiques de Paul Bérenger trouvent leur pertinence. Non parce que toutes ses objections seraient irréfutables, mais parce qu’elles soulèvent une question essentielle : celle du temps démocratique. Publier deux textes d’une telle ampleur au milieu de la nuit, puis les conduire de la première à la troisième lecture en une seule journée, réduit inévitablement la capacité du Parlement, des partenaires sociaux et de la société civile à en mesurer les conséquences. Une majorité peut voter rapidement ; une démocratie a besoin de comprendre avant de décider.

Cette réflexion prend tout son sens avec la réforme des pensions, devenue le point de cristallisation du débat national.

L’émotion qu’elle suscite est légitime. La pension universelle n’est pas seulement une prestation sociale ; elle est l’un des piliers du contrat social mauricien. Mais réduire le débat à la seule défense d’un acquis reviendrait à ignorer une réalité plus profonde : la soutenabilité du modèle.

Derrière l’affrontement politique se cache une équation démographique implacable. Maurice vieillit. Le nombre de retraités augmente plus vite que celui des actifs. Les dépenses sociales progressent plus rapidement que la richesse nationale. Ce n’est ni une idéologie ni un choix politique ; c’est une contrainte que tout gouvernement devra affronter.

Le véritable débat est donc celui de la justice entre les générations. Comme le rappelait récemment l’ancien ministre français de l’Économie Éric Lombard, le déficit pénalise d’abord les jeunes. Chaque roupie consacrée au service de la dette est une roupie qui ne finance ni l’éducation, ni la recherche, ni l’innovation, ni les infrastructures. À l’heure où la compétitivité dépend de l’intelligence artificielle, des biotechnologies ou de la transition énergétique, chaque arbitrage budgétaire est aussi un choix de société.

Cette réalité ne dispense toutefois pas le gouvernement de ses responsabilités. L’absence de concertation, les hésitations autour du means test, les revirements successifs et un déficit de pédagogie ont profondément fragilisé la réforme. L’abandon du ciblage des pensions, reconnu par le Premier ministre, coûtera Rs 6,2 milliards supplémentaires dès 2027. La pression budgétaire n’a pas disparu ; elle a simplement été reportée.

L’exécutif promet désormais de financer cet effort par une rationalisation de l’État : réduction des dépenses improductives, réforme fiscale, révision des investissements, cession d’actifs non stratégiques et modernisation des entreprises publiques. L’approche est cohérente sur le papier. Elle ne convaincra que si elle produit des résultats mesurables.

Les Mauriciens ont entendu trop de promesses de rationalisation pour se satisfaire d’annonces. La crédibilité du gouvernement dépendra de sa capacité à démontrer que chaque roupie économisée sera effectivement réinvestie dans les compétences, la recherche, l’innovation, la santé et les infrastructures de demain.

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