Publicité
Transition énergétique
Solaire : Une aide pouvant atteindre Rs 75 000 par foyer
Par
Partager cet article
Transition énergétique
Solaire : Une aide pouvant atteindre Rs 75 000 par foyer
■ Pour le ministre de l’Énergie Patrick Assirvaden, l’accélération du solaire résidentiel constitue une réponse aux défis de sécurité énergétique et de transition écologique. © Rishi Etwaroo
«Le meilleur kilowatt est celui que l’on ne produit pas avec des énergies fossiles.» Derrière le nouveau Household Rooftop Solar Photovoltaic Grant Scheme, lancé officiellement hier au siège du Central Electricity Board (CEB) à Curepipe, se cache une ambition bien plus vaste qu’une simple aide financière. En soutenant l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toits des habitations, le gouvernement entend amorcer un changement durable dans la manière dont les Mauriciens produisent et consomment leur électricité, tout en réduisant la dépendance du pays aux hydrocarbures importés.
Le programme, dont la mise en œuvre a été entérinée par le Conseil des ministres le vendredi 24 juillet, prévoit une subvention pouvant atteindre Rs 75 000 par ménage, représentant 25 % du coût d’un système photovoltaïque éligible. Cette aide s’inscrit dans les mesures phares du Budget 2026-2027 en faveur de la transition énergétique.
L’initiative se veut ambitieuse. Sur une période de trois ans, 14 500 foyers devraient pouvoir en bénéficier grâce à une enveloppe globale de Rs 1,2 milliard. Pour cette première année de déploiement, 3 600 ménages seront éligibles. Le financement initial repose notamment sur une dotation de Rs 270 millions provenant du Climate Sustainability Fund, mis en place dans le cadre du dernier exercice budgétaire.
Réduire une dépendance coûteuse
Le lancement officiel du programme intervient dans un contexte énergétique particulièrement sensible. Les tensions géopolitiques continuent d’alimenter la volatilité des marchés internationaux, avec des répercussions directes sur les pays importateurs d’énergie comme Maurice.
Prenant la parole lors de la cérémonie, le ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden, a rappelé l’ampleur de cet enjeu. Selon lui, une seule cargaison de fioul lourd peut aujourd’hui coûter jusqu’à Rs 2 milliards lorsque les cours mondiaux s’envolent sous l’effet des crises internationales. Une facture qui pèse lourdement sur les finances publiques et souligne, selon le ministre, l’urgence de diversifier les sources d’approvisionnement énergétique.
Pour le gouvernement, le développement de la production d’électricité à partir du soleil constitue désormais un pilier de la stratégie nationale visant à renforcer la sécurité énergétique, à limiter l’exposition aux fluctuations des prix du pétrole et à accroître progressivement la part des énergies renouvelables dans le mix électrique du pays.
Quels systèmes sont concernés ?
Le nouveau dispositif finance les installations photovoltaïques destinées à un usage résidentiel.
Les ménages pourront opter pour un système hybride, combinant panneaux solaires et batteries de stockage, d’une capacité pouvant atteindre 5 kW. Une seconde option permet l’installation d’un système de 3,5 kW sans batterie, offrant une solution plus abordable pour les foyers souhaitant produire une partie de leur propre électricité.
L’introduction des batteries répond à un objectif précis : permettre aux ménages de conserver l’électricité produite pendant la journée afin de l’utiliser en soirée ou lors d’éventuelles perturbations du réseau, améliorant ainsi leur autonomie énergétique.
Au-delà de la réduction de la facture d’électricité, cette approche contribue également à diminuer la pression exercée sur le réseau national durant les périodes de forte demande.
L’un des messages forts du lancement a porté sur la simplicité des démarches administratives.
Le Senior Engineer du CEB, Rajsingh Busgeeth, a assuré que la procédure a été conçue afin d’être accessible au plus grand nombre.
Une fois le dossier accepté, le demandeur devra signer un Connection Agreement avec le CEB. Il lui faudra ensuite régler les frais de raccordement, avant qu’une équipe technique ne procède à une visite de l’habitation afin de vérifier la conformité de l’installation.
Cette inspection sera suivie du remplacement du compteur électrique existant par un compteur adapté aux installations photovoltaïques. Une fois ces étapes complétées, le système pourra être officiellement raccordé au réseau.
L’objectif est de permettre aux particuliers de produire leur propre électricité dans un cadre sécurisé, conforme aux normes techniques du CEB.
Une aide qui peut être complétée
La subvention gouvernementale ne constitue pas le seul levier financier prévu.
Les ménages qui ne disposent pas des fonds nécessaires pour financer la totalité du projet pourront également solliciter un prêt auprès de la Development Bank of Mauritius. Cette facilité de crédit, accordée sous certaines conditions d’éligibilité, permettra de financer la partie du coût restant après déduction du grant.
Cette combinaison entre aide directe et financement bancaire vise à rendre le solaire accessible à un plus grand nombre de familles, y compris celles qui ne pourraient pas supporter l’investissement initial.
Une évolution des politiques énergétiques
Le Household Rooftop Solar Photovoltaic Grant Scheme s’inscrit dans la continuité des précédents programmes du CEB destinés aux particuliers. Toutefois, cette nouvelle formule marque une évolution importante en privilégiant des installations plus performantes, capables non seulement de produire de l’électricité, mais aussi de la stocker lorsque des batteries sont intégrées.
Cette orientation traduit une volonté de mieux répondre aux défis posés par l’intégration croissante des énergies renouvelables dans le réseau électrique national. Le stockage de l’énergie constitue en effet un élément clé pour améliorer la stabilité du système tout en valorisant davantage l’électricité produite localement.
Parallèlement à cette subvention, le gouvernement a également annoncé plusieurs mesures complémentaires destinées à favoriser le recours au solaire. Le tarif de rachat de l’électricité injectée dans le réseau a été revu à la hausse, tandis que les panneaux photovoltaïques, batteries, onduleurs et autres équipements bénéficient désormais d’une exemption de la TVA.
Un geste pour le portefeuille… et pour la planète
Au-delà des chiffres, cette mesure touche directement le quotidien des familles mauriciennes.
Produire une partie de son électricité permet de mieux maîtriser ses dépenses énergétiques, tout en contribuant à réduire les émissions de gaz à effet de serre associées à la production d’électricité à partir des combustibles fossiles.
Chaque toit équipé de panneaux photovoltaïques représente une petite centrale électrique capable de participer à l’effort collectif en faveur de la transition énergétique. Cumulées à l’échelle de plusieurs milliers de foyers, ces installations pourraient permettre de réduire progressivement la consommation de fioul utilisé dans les centrales thermiques.
Les ménages raccordés au réseau pourront également revendre au CEB le surplus d’électricité produit par leurs panneaux photovoltaïques mais non consommé. Dans le cadre du nouveau dispositif, le tarif de rachat a été revalorisé de 15 %, passant de Rs 4,20 à Rs 4,83 par kilowattheure (kWh), offrant ainsi une source d’économies, voire de revenus complémentaires pour les foyers équipés.
Dans un contexte où les conséquences des changements climatiques se font sentir avec une intensité croissante, tant sur le plan environnemental qu’économique, cette transition apparaît désormais comme un enjeu stratégique autant qu’une nécessité.
Avec un programme doté de Rs 1,2 milliard, visant 14 500 foyers en trois ans et une première vague de 3 600 bénéficiaires dès cette année, le gouvernement espère faire du solaire résidentiel un pilier de la politique énergétique nationale. Reste désormais à voir si les ménages répondront présents et si cette nouvelle impulsion permettra d’accélérer durablement la mutation énergétique du pays.
Publicité
Publicité
Les plus récents