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«Monsieur Trump, votre stratégie est dépassée»

16 juillet 2026, 11:00

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«L’influence de la vanité sur une cervelle fragile engendre toutes sortes de désastres.» Jane AUSTEN

Je devine le sourire narquois du lecteur devant le titre racoleur de cet article émanant d’une toute petite île de l’océan Indien, loin de tout centre de décisions. Réflexion désintéressée et libre de tout formatage idéologique/politique, ou tout simplement réaction viscérale à l’encontre de l’actuel président des États-Unis d’Amérique ?

Monsieur le président, les récents événements au Moyen-Orient et la déconfiture subie par la première puissance mondiale ont mis en valeur l’importance et l’efficacité de la guerre asymétrique comme nouvel art de la guerre, dévoilant du même coup l’obsolescence de votre doctrine militaire. Les fanfaronnades sous les lustres de Versailles n’auront bluffé personne sur votre échec, nonobstant la signature fièrement et prématurément exhibée devant la presse internationale. Vos fréquentes menaces, voltefaces et déclarations contradictoires ressemblaient davantage à une saga télévisée qu’à des négociations diplomatiques aux conséquences graves pour l’économie mondiale.

L’obsolescence intervient lorsqu’un produit, une technologie, un mode de pensée se retrouve périmé ou démodé. Dans le domaine, plus précisément militaire, une doctrine devient obsolète lorsqu’elle n’est plus adaptée aux réalités du terrain face aux avancées technologiques ou encore aux transformations géopolitiques. Par exemple, votre stratégie du carpet bombing, ou bombardement à saturation, pratique née de la Seconde Guerre mondiale, visant à infliger un maximum de destruction et de victimes chez l’adversaire tout en minimisant les vôtres, est aujourd’hui dépassée. Vietnam, Afghanistan, Irak et, plus récemment, l’Iran sont autant d’exemples de l’inefficacité de cette stratégie.

Composante de cette doctrine, la base militaire de Diego Garcia, située à quelque 2 000 km de nos côtes. Obèses, de vieilles forteresses volantes somnolent sous le ciel tropical. Peu précises, elles ont pour mission de larguer des tonnes et des tonnes de bombes sur des populations effrayées, semant ainsi la mort sans discernement. Dommages collatéraux, me direz-vous cyniquement, pour utiliser cet euphémisme qui trivialise la valeur d’une vie humaine. Dans quelques dizaines d’années, Diego Garcia sera probablement rendue obsolète de par sa vulnérabilité face aux essaims de drones et de missiles de plus en plus performants. Les B-52 seront alors appelés à disparaître comme le dodo. Vous restera alors la possibilité de convertir cet atoll en Riviera, comme à Gaza, votre obséquieux et utopique projet dénué de tout humanisme. De moindre envergure, les récents pilonnages sans discernement d’Israël ont néanmoins choqué l’opinion publique et provoqué l’indignation et la condamnation du monde entier, tout en galvanisant le nationalisme du pays agressé.

Il est des pays qui naissent avec un capital de sympathie de par les valeurs et principes qu’ils incarnent. Conscients de leur responsabilité et respectueux du droit international, ils s’efforcent de rendre notre monde plus cohérent, plus équitable et moins antagoniste. Il y en a d’autres qui, au cours de leur existence, trahissent cet idéal de civilisation. Votre pays en fait maintenant partie et vous en portez une énorme responsabilité. Vous avez non seulement causé l’effritement moral de votre pays, mais aussi profondément divisé votre nation et plongé le monde dans l’incertitude.

Non, Monsieur le président, il n’y aura pas d’âge d’or ni d’empire américain. Vous avez perdu toute crédibilité, toute ascendance morale. Hier encore indispensables à l’équilibre du monde, les États-Unis sont aujourd’hui un facteur déstabilisant. Votre supériorité militaire, considérée comme invulnérable, est remise en question, inadaptée aux drones et missiles moins onéreux, plus précis, mobiles et donc indétectables. Vos logorrhées verbales sur la suprématie de votre pays, votre hargne à trouver des boucs émissaires à vos échecs, sont là les soubresauts d’un dealer désespéré. L’influence des USA sur les affaires du monde connaîtra de multiples revers face à la Chine, votre nouvel axe du mal. Une Europe décomplexée et libérée de votre tutelle militaire sera un élément modérateur et conciliateur entre l’Occident et l’Orient. De nouvelles alliances géopolitiques fondées sur le respect mutuel et non le rapport de force amèneront une ère de stabilité et de sécurité. La sortie de votre pays de l’OTAN, que vous souhaitez tant, accentuera davantage le déclin de votre pays sur la scène internationale. In fine, les USA redeviendront tout simplement une grande puissance parmi tant d’autres, comme au début du XXᵉ siècle. Votre slogan America First sera alors devenu caduc pour le plus grand bien de l’humanité.

Il y aurait davantage à dire sur votre personnalité que sur vos exploits. Las de vos mensonges, écœuré de votre insatiable cupidité, de votre égocentrisme, de votre narcissisme, de votre népotisme, j’ai consulté le dictionnaire Le Robert, que je cite : «Une fripouille est une personne malhonnête, sans scrupule, qui se livre à des tromperies et des escroqueries et ne recule devant aucun moyen pour servir ses intérêts.» Quant à vos prétentions au prix Nobel de la paix, j’opposerai cette citation du philosophe Spinoza : «La paix n’est pas l’absence de la guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.» Ces mots, qui donnent un sens à la coexistence pacifique des peuples, sont malheureusement absents de votre vocabulaire. Restera pour moi la grande énigme de votre élection à la présidence et la ferveur quasi messianique que vous suscitez, nonobstant votre totale absence de moralité. Non moins déconcertante est la complaisance que vous inspirez à certains de mes concitoyens, tout aussi appréciatifs de Poutine.

Un dernier mot sur votre future nouvelle ambassade. Au vu de son importance, elle intrigue et interpelle quant à sa réelle mission, n’en déplaise aux déclarations rassurantes de votre Chargé d’affaires exprimées dans la presse. La signature d’un accord de coopération logistique et militaire avec votre pays est d’une extrême gravité pour notre souveraineté nationale. Elle devrait par conséquent faire l’objet d’une consultation auprès de nos concitoyens. Face à un pays clamant haut et fort America First, aux dépens de toute autre considération, il serait naïf, voire criminel, de notre part de ne pas exercer une extrême prudence et vigilance envers cet accord.

P.-S. : Petit détail, mais combien symbolique et emblématique : un gigantesque drapeau étoilé flotte sur la future ambassade des États-Unis, outrepassant par sa taille le quadricolore de nos édifices publics. Manque de délicatesse, de bienséance envers le pays hôte, ou naturelle arrogance ?

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