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Dans les écoles
Les portables restent dans les cartables… la réforme à l’épreuve du terrain
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Les portables restent dans les cartables… la réforme à l’épreuve du terrain
Dès la rentrée du troisième trimestre, les téléphones portables personnels seront interdits dans les établissements scolaires.
La sonnerie retentira, mais cette fois, ce ne sera plus celle des téléphones. À compter de la rentrée du troisième trimestre, les appareils mobiles personnels seront bannis des établissements scolaires. Cette mesure, voulue par les autorités, vise à réduire les distractions en classe, limiter l’exposition des élèves aux réseaux sociaux et favoriser un environnement d’apprentissage plus serein. Si cette interdiction modifiera les habitudes de milliers de collégiens, elle ne constitue pas une première. Plusieurs pays ont déjà franchi le pas récemment, avec des résultats jugés encourageants : davantage de concentration, moins d’incidents liés aux réseaux sociaux et un climat scolaire plus apaisé.
À Maurice également, certains établissements ont pris les devants. Le Curepipe College applique déjà cette politique depuis l’année dernière. Selon sa direction, les effets sont visibles : les élèves sont plus attentifs en classe, participent davantage aux travaux de groupe et renouent avec les échanges durant les récréations. Une expérience qui conforte le choix des autorités de généraliser cette pratique à l’ensemble des établissements (voir ci-contre). Si cette interdiction fait globalement consensus, les syndicats d’enseignants rappellent qu’elle ne portera ses fruits que si elle est accompagnée de règles claires appliquées de manière uniforme.
Un consensus sous conditions
Le président de la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU), Yugeshwur Kisto, affirme que le syndicat souscrit pleinement aux objectifs des nouvelles Education (Control and Use of Personal Mobile Devices on School Premises) Regulations 2026, qui visent à préserver un environnement d’enseignement «serein, sécurisé, discipliné et propice à la réussite des élèves». Mais le défi est de trouver un équilibre entre les avantages des technologies numériques et les exigences d’un cadre favorisant la concentration et la qualité des apprentissages. Il rappelle d’ailleurs que les outils numériques conservent leur place lorsqu’ils sont utilisés par les enseignants à des fins pédagogiques.
La GSSTU plaide toutefois pour une application uniforme dans tous les collèges, des campagnes de sensibilisation auprès des élèves, des parents et du personnel éducatif, ainsi que des procédures transparentes concernant la confiscation, la conservation et la restitution des téléphones. Le syndicat souhaite également qu’un mécanisme de suivi soit mis en place afin d’évaluer les effets de cette réforme et d’apporter les ajustements nécessaires. Pour Yugeshwur Kisto, la réussite de cette mesure dépendra avant tout de l’engagement de tous les acteurs de la communauté éducative. «La discipline scolaire est une responsabilité partagée», rappelle-t-il.
Même analyse de Suttyhudeo Tengur, négociateur de la Government Hindi Teachers’ Union, qui estime que Maurice s’inscrit dans une tendance déjà adoptée dans de nombreux pays. Les téléphones, dit-il, nuisent à la concentration des élèves et peuvent être à l’origine de difficultés en milieu scolaire. Il estime cependant qu’une simple décision administrative ne suffira pas. Un cadre légal clair devra définir les modalités de conservation des appareils, les situations exceptionnelles où leur utilisation sera autorisée et les responsabilités des différents intervenants. Le syndicaliste insiste sur la nécessité pour les établissements de disposer de moyens permettant aux parents de communiquer avec leurs enfants en cas d’urgence, sans remettre en cause l’interdiction.
Au primaire, la problématique se pose différemment, reconnaît Vishal Baujeet, président de la Government Teachers’ Union, la plupart des élèves ne disposant pas de téléphone portable à l’école. Il estime néanmoins que les nouvelles dispositions vont dans la bonne direction en encadrant l’utilisation des appareils mobiles et en mettant l’accent sur le bienêtre des élèves et en demandant au personnel de montrer l’exemple. Si les nouvelles règles ne leur interdisent pas d’utiliser leur téléphone portable, celui-ci devrait être réservé aux besoins pédagogiques ou situations particulières et utilisé avec discrétion, hors de la présence des élèves. «Toutes les parties concernées doivent adopter une utilisation responsable et appropriée des téléphones mobiles dans l’intérêt du bienêtre des élèves», souligne-t-il.
Au-delà du texte réglementaire, tous les intervenants s’accordent sur un point : le succès de cette réforme dépendra de sa mise en œuvre. Entre règles claires, sensibilisation et adhésion de toute la communauté éducative, l’interdiction des téléphones portables pourrait bien marquer un changement durable dans le quotidien des écoles.
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Questions à… Neetesh Sewpal, recteur et directeur du Curepipe College : «Les élèves recommencent à discuter entre eux»

Vous avez instauré cette interdiction avant sa généralisation. Aujourd’hui, quel bilan en faites-vous et en quoi cette mesure a-t-elle changé le quotidien de votre établissement ?
Nous constatons un changement positif dans le comportement des élèves. Ils sont davantage concentrés en classe et moins préoccupés par les notifications ou échanges sur leur téléphone. Un autre aspect important est le retour des interactions sociales. Les élèves recommencent à discuter entre eux, à créer des liens et à partager davantage. Même pendant la récréation, ils sont désormais plus nombreux à participer à des jeux et à échanger plutôt qu’à rester absorbés par leurs écrans. Sur le plan académique, les enseignants constatent également plus d’implication, davantage de travaux de groupe et une meilleure participation en classe.
Mettre en place une telle interdiction n’est pas toujours simple. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées lors de son introduction, que ce soit avec les élèves, les parents ou le personnel enseignant ; et comment les avez-vous surmontées ?
Dans un collège privé, nous avons la possibilité d’adapter nos Rules and Regulations et il suffit ensuite d’informer les parents des nouvelles dispositions. Mais dans notre cas, cette démarche est surtout née d’une demande des parents et des enseignants eux-mêmes. Après la période du Covid-19, nous avions introduit l’utilisation des tablettes en classe, mais nous avons constaté qu’il fallait également trouver une solution pour encadrer l’utilisation des téléphones personnels.
Au départ, les élèves devaient déposer leurs appareils devant le tableau à chaque début de période, mais cette procédure prenait du temps et pouvait perturber le déroulement des cours. Nous avons donc mis en place un système de lockers. Chaque matin, l’enseignant chargé de la prise des présences récupère les téléphones des élèves, qui leur sont ensuite restitués à la fin de la journée scolaire, vers 14h15.
Les parents nous expliquaient également qu’il devenait difficile, même à la maison, de capter l’attention de leurs enfants tant ils sont absorbés par leurs écrans. Leur soutien a donc été essentiel dans la réussite de cette initiative. Les enseignants doivent aussi montrer l’exemple. Le téléphone n’est pas interdit pour eux, mais son utilisation doit se faire uniquement dans des espaces dédiés, hors de la présence des élèves.
À l’approche de la généralisation de cette interdiction dans toutes les écoles à partir du troisième trimestre, quels conseils donneriez-vous aux autres recteurs ?
La première condition est de disposer d’un cadre légal clair pour encadrer cette mesure. Nous avions d’ailleurs évoqué cette nécessité, lors de nos échanges avec le ministre, dans le cadre des consultations sur le Blueprint. Ensuite, il ne suffit pas de demander aux élèves de garder leur téléphone dans leur sac en mode silencieux : cette solution est difficile à faire respecter. Je conseille aux recteurs de prévoir un espace sécurisé où les appareils sont déposés dès le début de la journée. Les élèves chercheront toujours à contourner les règles ; il faut donc anticiper avec une organisation simple, claire et applicable par tous.
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