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Marie-Noëlle Elissac-Foy : «Les relations publiques ne consistent pas à donner raison aux organisations, ni à masquer leurs erreurs»

16 juillet 2026, 21:30

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Marie-Noëlle Elissac-Foy : «Les relations publiques ne consistent pas à donner raison aux organisations, ni à masquer leurs erreurs»

Marie-Noëlle Elissac-Foy,fondatrice et directrice de The Talent Factory.

En cette Journée mondiale des relations publiques, nous faisons le point sur ce type de communication avec Marie-Noëlle Elissac-Foy, ancienne journaliste à La Sentinelle Ltd et «Chartered Public Relations Practitioner».

Combien de temps avez-vous passé dans la presse écrite ?

Une petite dizaine d’années – une période intense et formatrice – une vraie école pour moi. En réalité, j’ai découvert le journalisme avant même mes études, en faisant partie de la toute première équipe de 5-Plus avec Finlay Salesse. À mon retour à Maurice, j’ai poursuivi cette aventure dans la presse écrite à La Sentinelle Ltd (LSL), formée par Jean Claude de l’Estrac et Jacques Maunick... Une vraie école, qui a toujours aiguisé mon sens de la curiosité, mon intérêt pour l’humain, forgé mes valeurs, et guidé tout ce que je fais jusqu’à présent. Le métier de journaliste et sa déontologie font toujours partie de moi.

Cela fait combien de temps que vous l’avez quittée ?

J’ai quitté LSL en 2008 après avoir commencé comme secrétaire de rédaction, travaillé sur différentes publications liées à la culture et aux loisirs et terminé ma carrière comme première rédactrice en chef du magazine Essentielle.

La transition a-t-elle été difficile ?

Non. J’ai eu du chagrin en quittant LSL mais pas de regret. J’ai écouté cette petite voix dans ma tête qui me disait de tenter autre chose. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai vécu plusieurs vies professionnelles. Et cela m’enrichit.

Quelles différences faites-vous entre les relations publiques (RP) et la communication ?

Je ne les oppose pas. Pour moi, elles sont complémentaires. La communication répond à la question : «Que disons-nous ?». Les RP répondent à la question : «Que ressentent et que font nos publics après nous avoir entendus ?» Les RP sont avant tout une approche. Avant de convaincre, il faut comprendre. Le plus grand changement que j’ai observé au cours de ma carrière, c’est le rôle que jouent aujourd’hui les RP. Pendant longtemps, on faisait appel aux responsables des RP une fois que les décisions étaient prises. On leur demandait ensuite de les expliquer ou de les faire accepter. Aujourd’hui, les responsables de RP interviennent beaucoup plus en amont. Nous aidons les dirigeants à comprendre leur environnement, à écouter leurs stakeholders, à anticiper les réactions et à se poser les bonnes questions avant de prendre une décision. Au fond, les RP permettent d’apporter de la perspective et de donner du sens aux décisions. Et je pense que nous n’en avons jamais eu autant besoin.

Vous avez obtenu en 2020, le statut de «Chartered Public Relations Practitioner» auprès du Chartered Institute of Public Relations (CIPR), seul organisme mondial professionnel du domaine. Qu’est-ce que cela a changé dans votre pratique ?

Je voulais confirmer que j’étais bien à ma place dans ce métier, dans cette industrie. Ce fameux imposter syndrome… Cette accréditation – nous ne sommes que 1 000 à l’avoir dans le monde entier et deux à Maurice aujourd’hui – m’a rassurée sur ma pratique et mon approche. Cela me donne un sens plus accru de mes responsabilités. Par exemple, le CIPR possède des ressources très intéressantes pour nous apprendre à mieux appréhender l’intelligence artificielle et ses enjeux. De plus, j’ai la chance aussi de faire partie de l’Editorial Board du magazine Influence du CIPR.

Les RP impliquent-t-elles une forme de censure afin de dépeindre sous son meilleur jour une entreprise ou une association ?

C’est une idée reçue qui a longtemps collé aux RP. Pourtant, je ne vois pas du tout mon métier comme cela. Les relations publiques ne consistent pas à donner raison aux organisations, ni à masquer leurs erreurs. Elles consistent à créer les conditions d’un dialogue constructif entre une organisation et ses stakeholders, ses publics. Cela suppose d’abord d’écouter, de comprendre les attentes, les préoccupations et parfois même les critiques. Ce n’est qu’à partir de cette compréhension mutuelle que l’on peut construire une communication crédible. Une réputation ne se construit pas en embellissant la réalité. Elle se construit lorsque les paroles sont en cohérence avec les actes.

Cela vous est-il déjà arrivé de refuser un client en raison de sa mauvaise réputation ou image ?

Oui. Pour des questions de mauvaise réputation ou que cela ne s’alignait pas avec nos valeurs. J’ai du mal aussi à travailler sur des projets purement commerciaux. Il me faut trouver un sens à tout ce que l’on fait.

Peut-on redorer le blason d’une entreprise coûte que coûte ou y a-t-il des images qui sont indéfendables ?

Je ne crois pas que l’on puisse redorer le blason d’une organisation à n’importe quel prix. Les RP ne sont pas un coup de baguette magique. Une réputation est le reflet de ce que fait une organisation, de ses décisions et de ses comportements. Lorsqu’une entreprise commet une erreur, il est possible de reconstruire la confiance, à condition qu’il y ait une réelle volonté de reconnaître les faits et d’en tirer les leçons. Je crois qu’il y a une différence entre accompagner une organisation qui a commis une erreur et accompagner une organisation qui refuse de reconnaître ses responsabilités. Pour moi, c’est là que se situe la limite.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

L’impact, aussi modeste soit-il, que je peux avoir à travers mon travail. J’aime l’idée de contribuer à faire avancer une organisation, une cause ou un projet. J’aime aussi permettre à d’autres de prendre la parole et d’être reconnus pour ce qu’ils accomplissent. C’est un métier qui demande beaucoup de responsabilités, parce que la confiance est quelque chose de précieux. J’aime aussi découvrir les femmes et les hommes derrière les entreprises. Et je dirais toujours que j’ai eu de la chance de débuter dans cette industrie, il y a dix ans, en accompagnant le label Made in Moris. Cela a donné tout un sens à ce que je voulais faire dans les RP. Maurice est une petite île qui n’a pas de grandes ressources naturelles. Notre plus grande richesse, ce sont les femmes et les hommes qui entreprennent et font avancer notre économie. Ce sont ces histoires que j’aime raconter et mettre en lumière. Et puis, il y a mon équipe. Je mesure chaque jour la chance de travailler avec mes collaborateurs. Si The Talent Factory a pu grandir, c’est aussi grâce à eux.

Qu’est-ce que vous aimez moins ?

Les crises où l’on m’appelle un peu trop tard… Je préfère de loin enn bon dite avant les crises que le café noir des cellules de crise après !

Vous défendez une vision des relations publiques comme un levier d’impact positif. Vous avez évoqué la création d’un 18e Objectif de développement durable consacré à la communication responsable. Pourquoi ?

On peut avoir les meilleures politiques publiques, les technologies les plus innovantes ou les réglementations les plus ambitieuses. Si les citoyens ne les comprennent pas, ne leur font pas confiance ou n’y adhèrent pas, leur impact restera limité. On réduit souvent la communication à un simple outil pour informer. Je pense qu’elle est beaucoup plus que cela. Elle permet surtout d’accompagner les changements de comportement. On ne change pas une société uniquement avec de bonnes politiques. On la change quand les citoyens comprennent pourquoi le changement est nécessaire et choisissent d’en devenir les acteurs. La communication est un véritable levier de transformation.

Le thème du «World Public Relations Day 2026» est «L’âge d’or des relations publiques stratégiques». Le ressentezvous à votre niveau ?

Si oui, comment ? Oui, vraiment. Je dirais même que nous vivons une période assez fascinante pour notre métier. Regardez le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui. L’information circule à une vitesse incroyable, l’intelligence artificielle (lA) bouleverse nos façons de travailler, les opinions se polarisent et la confiance envers les institutions, le monde politique, les entreprises ou les médias, est de plus en plus fragile. Dans un contexte comme celui-là, les RP prennent une autre dimension. Nous pouvons aider les organisations à naviguer dans des situations qui sont souvent beaucoup plus complexes qu’elles n’en ont l’air.

L’IA est un outil extraordinaire. Elle peut nous faire gagner du temps, produire du contenu, analyser des données. Mais elle ne remplace pas le discernement. Elle ne lit pas une salle. Elle ne capte pas les non-dits. Elle ne comprend pas les émotions ou les conséquences humaines d’une décision.

C’est pour cela que je crois que nous sommes à l’âge d’or des RP stratégiques, parce que les organisations ont plus que jamais besoin de personnes capables de créer de la confiance et d’apporter du sens dans un environnement de plus en plus complexe. Finalement, plus la technologie avance, plus notre responsabilité est de rester profondément humains.

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