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Interview…
Vishnu Bundhun : Réunir 20 centenaires pour 20 ans comme patrimoine mondial
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Interview…
Vishnu Bundhun : Réunir 20 centenaires pour 20 ans comme patrimoine mondial
Vishnu Bundhun, directeur de l’Aapravasi Ghat Trust Fund.
Aujourd’hui 16 juillet, cela fait 20 ans que l’Aapravasi Ghat est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Vishnu Bundhun, directeur de l’Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF), explique pourquoi faire honneur à 20 centenaires en ce jour anniversaire.
■ «20 Centenarians for the 20th anniversary». C’est votre idée de réunir 20 centenaires pour le 20e anniversaire de l’inscription de l’Aapravasi Ghat sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco ?
En 1998 (NdlR : Vishnu Bundhun était alors ministre de la Sécurité sociale), avec le président de la République d’alors, Cassam Uteem, nous avions organisé une visite intitulée Centenarian meet. Le président de la République avait accepté de recevoir plus de 50 centenaires au château du Réduit. Ces personnes avaient peut-être 100 ans, mais elles n’avaient jamais eu l’occasion de visiter le château. Vingt-huit ans après, Maurice compte 237 centenaires. Les ancêtres sont passés par l’Aapravasi Ghat. Il fallait un geste de reconnaissance. J’ai le soutien du président de l’AGTF, du Board et du personnel pour cette initiative.
■ Comment avez-vous choisi les 20 centenaires ?
Ce sera mixed.
■ Pas seulement des descendants de travailleurs engagés venus d’Inde ?
Il y a aussi des personnes réduites en esclavage qui sont passées par l’Aapravasi Ghat. Tout comme des engagés d’origine chinoise. Depuis que je suis arrivé à l’AGTF, je fais en sorte qu’il y ait un rayonnement national et international.
■ Qu’est-ce que vous attendez de ces personnes à l’exceptionnelle longévité ?
On aurait pu couper un gâteau, distribuer des shields et c’était terminé pour les 20 ans de l’inscription. Nous faisons tout à fait autre chose. L’Unesco met l’accent sur l’histoire orale. Les camps sucriers, par exemple, n’existent plus. Nous comptons accueillir une personne âgée de 102 ans. Les centenaires pourront nous en parler. La Mauritius Broadcasting Corporation nous donne un coup de main pour recueillir leur témoignage. L’un, sur son expérience comme pionnier dans l’armée, l’autre, du cyclone Carol et de ses séquelles, etc. Ce sera une référence dans nos archives.
Nous avons cherché des personnes qui ont toujours la faculté de raconter et qui peuvent se déplacer. Au départ, nous avons pris contact avec la Medical unit du ministère de la Sécurité sociale pour les identifier. Cette unité assure le suivi médical de ces centenaires. Nous avons aussi eu l’aide du Senior Citizen Council. Saviez-vous que rien qu’à Port-Louis, il y a plus de 30 centenaires ? Comment les déplacer ? Je me suis tourné vers la clinique C-Care Wellkin. Elle a accepté tout de suite de mettre des véhicules médicalisés à notre disposition pour transporter des centenaires de leur domicile jusqu’à l’Aapravasi Ghat et d’assurer aussi le retour. La clinique va également mettre une ambulance et son équipe, en stand-by pendant la cérémonie. Il faut prendre toutes les précautions avec ces centenaires. Le ministère de la Santé n’aurait pas pu mettre 20 ambulances à notre disposition.
Nous voulons aussi garder une trace du passage des 20 centenaires à l’Aapravasi Ghat. Avec la vice-présidente du Board, Madhvi Etwaroo, qui est une artiste, nous avons pensé à une œuvre d’art. Garder l’empreinte des mains des centenaires sur une toile, qui sera exposée au Beekrumsing Ramlallah Interpretation Centre. Ces personnes ont connu la Seconde Guerre mondiale et tant d’autres événements. En tant que patrimoine mondial, l’Aapravasi Ghat a la même valeur que la tour Eiffel et le Taj Mahal, mais comment attirer l’attention du public ? En réunissant les centenaires, nous faisons quelque chose d’unique, nous contribuons au tourisme culturel. L’an dernier, l’Aapravasi Ghat a reçu environ 55 000 visiteurs étrangers. Dans le monde entier, les musées sont payants…
■ Le ministre des Arts et de la culture Mahen Gondeea s’est dit en faveur des entrées payantes.
Je dois le féliciter. Quand je suis arrivé, je lui ai parlé des équipements informatiques qu’il faut améliorer…
■ Le Budget 2026-2027 a accordé Rs 3 millions pour «upgrade IT equipment» de l’AGTF.
Il faudra d’abord améliorer les supports audiovisuels du Beekrumsing Ramlallah Interpretation Centre, avant d’envisager de rendre l’entrée payante. Je suis pour que cela soit payant pour les visiteurs étrangers, pas pour les Mauriciens. Il faut entretenir les infrastructures et ne pas toujours dépendre de l’État.
■ Pour la présente année financière, le budget de l’AGTF est de Rs 45,2 millions, comparé à Rs 43 millions l’an dernier, Rs 2 millions de plus, c’est pour quoi ?
Avec les recommandations salariales du Pay Research Bureau, le budget courant augmente. Il y a 45 employés. Plus de 60 % du budget sert à payer les dépenses courantes, le loyer etc…
■ Les bureaux de l’AGTF occupent deux étages du Hennessy Court Building à Port-Louis.
Le loyer est de Rs 346 000 par mois. Dans un budget de Rs 45,2 millions, c’est environ Rs 4 millions par an, ça fait beaucoup. Le bail s’achève en janvier 2027, nous étudions la possibilité d’aller ailleurs, pour que cela nous coûte moins cher.
■ Le mois prochain, cela fera un an depuis votre nomination comme directeur de l’AGTF. Comment se portent les relations avec les propriétaires de biens situés dans la zone tampon de l’Aapravasi Ghat ? Beaucoup ont exprimé leur mécontentement face aux règlements concernant le développement.
Nous ne sommes pas contre le développement. J’ai eu une réunion avec des représentants des sociétés chinoises, la Chinese Business Chamber, le Heen Foh Hall. J’ai aussi rencontré l’ambassade de Chine pour parler des engagés venus de Chine.
J’ai discuté avec le président de la Jummah Mosque. A chacun, j’ai demandé quel est le premier lieu de culte de leur confession, qui a été construit dans l’île. Avec mon équipe, nous irons sur place et nous en parlerons. Je vais aussi établir des liens avec les centres culturels. Mon souhait c’est que chaque Mauricien qui vient à l’Aapravasi Ghat, y trouve quelque chose qui lui appartient.
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